× Fermer
MSF Malawi Travailleuses du sexe

Malawi

Les travailleuses du sexe en première ligne face au VIH

Un agent de la santé communautaire de MSF lors d'une séance de sensibilisation pour un groupe de travailleuses du sexe à Nsanje. Malawi. Janvier 2019. © Isabel Corthier/MSF
Toutes les actualités 
Le programme lancé par MSF dans quatre districts du sud du Malawi, aide des milliers de femmes travailleuses du sexe à surmonter les entraves à l’accès aux services de santé, en les formant et en les employant comme professionnelles de santé au sein de leurs communautés.

    Bernadette* a perdu ses deux parents à sept ans, et a été recueillie par ses grands-parents, qui l’envoyaient à l’école sans manger.

    « J’ai commencé à vendre mon corps contre tout un tas de choses parce que mes grands-parents n’avaient pas les moyens de subvenir à mes besoins. C’est comme ça que je suis tombée enceinte et que j’ai dû arrêter l’école », explique Bernadette, qui a quitté son village pour se rendre fin 2018 à Dedza, au Malawi. « Quand je suis devenue travailleuse du sexe, je ne connaissais rien des préservatifs et des méthodes de planning familial. J’avais entendu parler du VIH, mais n’avais jamais imaginé le contracter moi-même », poursuit-elle.

    « C’était la première fois que je recevais des informations sur les questions de dépistage du VIH et de santé sexuelle », explique Bernadette après qu’Emily, professionnelle de santé communautaire de MSF, a organisé une séance d’information sur la santé au bar où elle travaille et vit. « Je l’ai vu comme l’opportunité incroyable de vivre en bonne santé, quelles que soient les circonstances. » Emily a écouté attentivement ce qu’elle avait à dire parce qu’elle est travailleuse du sexe également, elle sait donc ce que Bernadette a traversé et ce qu’elle vit au quotidien.

    Au Malawi, où la pauvreté et le chômage restent très élevés, de nombreuses femmes comme Bernadette, sont contraintes de vendre leur corps, proposant des services sexuels contre une quelconque forme de paiement, pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles.

    Le Malawi présente l’un des taux de VIH les plus élevés du monde, et bien que les autorités aient mis d’importantes mesures en place pour lutter contre l’épidémie, les travailleuses du sexe restent particulièrement exposées au virus. Étant bien moins informées et prises en charge par le système de santé que le reste de la population, les travailleuses du sexe ont cinq fois plus de risques de contracter le VIH, et sont davantage exposées aux grossesses non désirées et aux IST (infections sexuellement transmissibles).

    Les travailleuses du sexe dénoncent souvent des attitudes stigmatisantes et des violences dans leur vie quotidienne (de la police, des clients, des propriétaires de bars, et même de leurs compagnons), bien que ces risques soient vus par la plupart d’entre elles comme faisant partie de leur travail.

    Par le passé, la plupart des travailleuses du sexe renonçaient à se rendre dans les centres de santé par peur des discriminations et de la stigmatisation, particulièrement dans le cas où on les dépistait porteuses du VIH.
    Alice Matambo, professionnelle de santé communautaire de MSF basée à Dedza

    «Si ces femmes nécessitaient une prophylaxie postexposition (PPE) [traitement permettant de prévenir le risque d’infection au VIH si pris dans les 72 heures suivant l’exposition], elles préféraient ne pas se rendre à l’hôpital parce qu’elles savaient qu’elles ne recevraient aucune aide. Les travailleuses du sexe nécessitent des soins au quotidien : si un préservatif se déchire, si elles souffrent d’une IST, ou si elles doivent se faire dépister le cancer du col de l’utérus », continue Alice.

    Reconnaissant ses Lacunes, MSF est en Collaboration avec le ministère de la Santé pour fournir des services répondant au besoin spécifiques des travailleuses du sexe. Pour entrer en relation avec les travailleuses du sexe dans les villes de Dedza, de Mwanza, de Zalewa et de Nsanje, MSF a formé des travailleuses du sexe, telles qu’Emily ou Alice, à la fonction de professionnelles de santé communautaires, car elles connaissent elles-mêmes les risques et les enjeux associés à la prostitution.

    Cette expérience commune leur permet de créer discrètement du lien avec d’autres travailleuses du sexe, de comprendre leur état de santé et de leur expliquer les services médicaux dont elles ont besoin. De plus, le personnel médical du projet a été spécialement formé pour adapter ses services aux travailleuses du sexe.

    « Nous accueillons les travailleuses du sexe avec douceur et respect afin qu’elles nous acceptent et qu’elles demandent notre soutien médical », explique Emily. 

    Margret, professionnelle de santé communautaire de MSF basée à Mwanza, explique le mode de fonctionnement du programme. « Mon travail consiste à faire du porte-à-porte et à me rendre dans les magasins d’alcool et les bordels pour rencontrer les travailleuses du sexe et les informer sur le dépistage du VIH et la façon dont elles peuvent préserver leur santé. Pour celles qui acceptent de se faire dépister, nous organisons des visites à domicile », explique-t-elle.

    Les professionnelles de santé communautaires orientent également les travailleuses du sexe vers les cliniques multidisciplinaires de MSF installées dans les structures du ministère de la Santé ou dans des salles louées au sein des communautés, à proximité des lieux de vie et de travail des travailleuses du sexe. 

    Les travailleuses du sexe peuvent accéder à ces cliniques en toute discrétion, à des horaires adaptés à leur travail. Lors des visites, les cliniciens fournissent des services de dépistage du VIH, de traitement et de conseil ; des services de dépistage de la tuberculose et de transfert en cas de traitement ; des services de santé sexuelle et reproductive, y compris le dépistage et le traitement des IST, l’accès à différentes méthodes de contraception, le dépistage du cancer du col de l’utérus, et des traitements contre les violences sexuelles, qui sont soit proposés sur place, soit dans des structures dédiées après transfert.

    « Grâce à ces services, je me sens plus forte qu’avant et j’exige que mes clients se protègent. Je sais mettre un préservatif correctement, et nous disposons maintenant de lubrifiants pour éviter les accidents », explique Bernadette.

    De nombreuses travailleuses du sexe employées par MSF expliquent avoir dû vendre leur corps après être tombées enceintes jeunes et avoir été abandonnées par leurs familles ou perdu le soutien de leur mari pour s’occuper des enfants. Elles sont souvent rejetées par leurs familles et leurs communautés et soumises à de mauvais traitements ou à des comportements hostiles en raison de leur travail.

    L’instauration du programme a permis de réduire le niveau de stigmatisation auquel les travailleuses du sexe sont exposées dans leurs zones et a eu un impact positif sur leur accès au dépistage du VIH et aux soins de santé sexuelle. 

    « Avant, les gens nous voyaient comme des animaux, mais ça a changé maintenant », explique Margaret. « Aujourd’hui, les gens ont une meilleure image des travailleuses du sexe. Aujourd’hui, les gens comprennent que le VIH touche tout le monde. Et si nous voulons nous débarrasser du VIH une bonne fois pour toutes, il faut accepter et reconnaître que, même si nous sommes différents, nous sommes tous des êtres humains. »

    *Sauf indication contraire, les noms ont été modifiés dans le texte

    Le projet MSF dédié aux professionnel(le)s du sexe au Malawi

    Depuis 2014, MSF coopère, dans le cadre de son projet adressé aux « populations clés », avec le ministère de la Santé et ses partenaires nationaux pour accroître la couverture de santé des travailleuses du sexe et des HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes), personnes souvent discriminées par les systèmes de santé, le long des principaux axes de transport et dans les centres économiques entre le Mozambique et le Malawi. Au Malawi, le projet se concentre sur les travailleuses du sexe dans les districts de Mwanza, de Dedza et de Nsanje, et à Zalewa, dans le district de Neno. Tous les sites du projet combinent des activités de proximité menées par des cliniques multidisciplinaires installées dans les structures du ministère de la Santé ou au sein de la communauté, qui répondent aux besoins spécifiques des travailleuses du sexe, tels que l’accès aux préservatifs et à la PPE, médicament qui réduit le risque de transmission du VIH. Dans tous les sites, MSF forme et emploie des travailleuses du sexe comme professionnelles de santé communautaire, afin qu’elles sensibilisent leurs collègues par le biais de réseaux discrets et d’engagement au sein de la communauté.

    Fin 2018, 5 171 travailleuses du sexe étaient inscrites au projet de MSF au Malawi et 1 797 étaient en recherche active de soins réguliers. Environ 50% des patientes inscrites sont séropositives, dont 85% présentent une charge virale indétectable. Cela signifie que les femmes prennent correctement leur traitement, qu’elles ont de fortes chances de rester en bonne santé et peu de risques de transmettre le virus en cas de rapports non protégés.

    Services de santé proposés par le projet MSF de prise en charge des travailleuses du sexe

    Services à la communauté : les professionnelles de santé communautaires mènent régulièrement des séances d’information sur les questions de santé au sein de la communauté ou au domicile des travailleuses du sexe sur des sujets aussi variés que les rapports protégés, la prévention du VIH et des IST, les violences sexuelles et à caractère sexiste, l’hygiène, le planning familial et la contraception, la tuberculose et le cancer du col de l’utérus. Elles fournissent également aux travailleuses du sexe des préservatifs, du lubrifiant, des moyens contraceptifs d’urgence, des doses initiales de PPE, des tests de grossesse et des services de dépistage des violences sexuelles. Sur rendez-vous, des conseillères formées se rendent au domicile des travailleuses du sexe pour leur fournir des services de dépistage du VIH, de la tuberculose et des IST, des conseils, et les adresser à un spécialiste le cas échéant.

    Cliniques multidisciplinaires : des cliniciens formés proposent un ensemble complet de soins de santé sexuelle et reproductive, et de lutte contre le VIH, en recourant à une approche douce pour les travailleuses du sexe : dépistage et initiation au VIH, conseils, recharges d’antirétroviraux, soins contre le VIH et suivi de la charge virale, dépistage de la tuberculose et transferts, dépistage des IST et traitement, planning familial, prise en charge des victimes de violences sexuelles, dépistage et traitement de la charge virale et du cancer du col de l’utérus. Les cliniques multidisciplinaires visent à répondre aux besoins de santé de chaque travailleuse du sexe en une seule visite, à profiter de chaque contact avec une travailleuse du sexe pour répondre à tous ses besoins de santé au cours d’une seule visite.