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MSF South Africa HIV

Afrique du Sud

Le projet de lutte contre le VIH à Eshowe a atteint son objectif des 90-90-90 un an avant l’échéance de 2020

Un agent de santé communautaire passe devant une longue file de patients à la clinique Eshowe Gateway pour aller chercher des ARV (traitements antirétroviraux) pour les membres de son groupe communautaire de thérapie antirétrovirale (ART). KwaZulu-Natal. Afrique du Sud. Mai 2016. © Greg Lomas/MSF
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MSF a publié les résultats d’une étude de suivi de son projet communautaire de lutte contre le VIH et la tuberculose à Eshowe, dans le KwaZulu-Natal. Ceux-ci montrent que le projet a atteint son objectif des 90-90-90, fixé par l’ONUSIDA, un an avant l’échéance de 2020.

    Les objectifs 90-90-90 ont été fixés par l'ONUSIDA en 2013 dans le but d'intensifier le dépistage et le traitement du VIH. Les objectifs indiquent que d'ici 2020 :

    • 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut,
    • 90 % des personnes qui savent qu'elles sont séropositives suivent un traitement antirétroviral,
    • 90 % des personnes sous traitement antirétroviral atteignent une charge virale indétectable.

    L'enquête s'est terminée avec le résultat 90-94-95, ce qui signifie que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 94% des personnes vivant avec le VIH étaient sous traitement antirétroviral et 95% d'entre elles avaient une charge virale réduite. Les résultats appuient l'opinion de MSF selon laquelle les interventions au niveau communautaire peuvent atteindre avec succès et soutenir directement davantage de personnes vivant avec le VIH qui n'ont pas accès aux services de santé conventionnels, ce qui est essentiel pour prévenir l'épidémie de VIH.

    Ces résultats confirment l’idée de MSF selon laquelle les interventions au niveau communautaire permettent d’atteindre plus facilement et de soutenir davantage de personnes atteintes du VIH qui n’ont pas accès aux services de santé conventionnels, ce qui est essentiel pour combattre l’épidémie de VIH. 

    Les résultats démontrent la possibilité d'atteindre les objectifs 90-90-90

    Ces résultats, qui corroborent plusieurs études de la population séropositive, notamment deux publiées lors de la conférence SAAIDS (Southern African AIDS Conference - conférence sur le SIDA en Afrique australe) cette semaine, sont la preuve qu’il est possible d’atteindre l’objectif des 90-90-90 en Afrique du Sud. D’autres données indiquent également une baisse des nouvelles infections dans certaines zones. L’objectif des 90-90-90 est un important indicateur de réussite de la réponse d’un pays au VIH ; en Afrique du Sud, on estime que les résultats nationaux sont de 85-71-86 (Human Sciences Research Council, 2018).

    Nous avons démontré qu’il était possible d’atteindre les 90-90-90 dans une zone qui présente l’un des taux d’infections par le VIH les plus élevés du pays, avec une personne sur quatre atteinte du virus. Ces résultats sont la preuve de l’engagement total de la communauté. Tout le monde, de la société civile locale aux groupes de patients, en passant par le personnel de santé, les guérisseurs et chefs traditionnels, a participé à la conception et à la réussite de ce projet, dès le début. Nous avons contribué à placer sous traitement 94% des personnes dépistées comme séropositives, notamment les personnes moins enclines à se faire dépister le VIH et à suivre un traitement, telles que les hommes.
    Liesbet Ohler, référent médical MSF du projet à Eshowe

    Une amélioration considérable en cinq ans

    L’étude de population menée par Épicentre de MSF sur 3 286 personnes âgées de 15 à 59 ans vient compléter une étude menée en 2013 par MSF et Épicentre dans la même zone afin d’établir les activités prioritaires. L’étude de 2018 a révélé une importante augmentation de la sensibilisation de la population au statut sérologique (augmentation de 14%) et de la mise sous traitement des personnes atteintes du VIH (augmentation de 24%) entre 2013 et 2018. Chez les hommes, on observe également une forte augmentation du nombre de personnes informées de leur statut sérologique (le premier 90), de 68 à 83%, et de personnes sous traitement (le deuxième 90), de 68 à 87%. 

    De manière générale, la part de personnes atteintes du VIH qui présentent une charge virale supprimée* est passée de 56% (2013) à 84%(2018), ce qui entraîne une forte réduction du nombre de personnes susceptibles de transmettre le VIH, et ainsi une baisse des nouvelles infections. Les résultats préliminaires de l’incidence du VIH indiquent une tendance à la baisse, de 1,2% en 2013 à 0,2% en 2018. 

    Plusieurs défis demeurent

    Toutefois, MSF ne considère pas les résultats de cette étude comme une victoire incontestée car il reste d’immenses défis à relever pour certaines tranches d’âge. « Bien que l’incidence ait baissé chez les femmes de 15 à 29 ans, passant de 2,9 à 1,2%, ce chiffre reste élevé et montre que les adolescentes et les jeunes femmes restent exposées au risque de transmission », explique le Dr Laura Trivino, coordinatrice médicale de MSF en Afrique du Sud. « Des difficultés demeurent pour atteindre les hommes, qui obtiennent globalement des résultats moins positifs en matière de traitement. Plus de la moitié des jeunes hommes, âgés de 15 à 29 ans et qui ont été dépistés porteurs du VIH, ne sont toujours pas sous traitement. Nous espérons que ces résultats nous aideront à axer nos efforts collectifs sur l’accès à ces groupes qui restent les plus vulnérables face au VIH. » 

    Fléchir la courbe en collaboration avec la communauté

    Le projet « Bending the Curves » (infléchir les tendances), lancé en 2011 avant que l’ONUSIDA ne fixe l’objectif des 90-90-90 en 2013, visait à infléchir les tendances des nouvelles infections par le VIH, ainsi que des maladies et décès causés par le VIH. De nombreuses activités ont été lancées en partenariat avec les communautés et le ministère de la Santé du KwaZulu-Natal afin de prévenir les infections par le VIH, d’accroître le dépistage du virus, de placer les personnes sous traitement, et de soutenir leur adhésion, leur maintien sous traitement et leur suppression virale.

    Aujourd’hui, le projet couvre dix cliniques et deux hôpitaux. Très tôt, le projet a investi dans des stratégies de prévention et de dépistage du VIH au sein des communautés, notamment de vastes opérations de dépistage porte-à-porte par des travailleurs de santé non professionnels, avec plus de 120 000 dépistages porte-à-porte effectués entre 2012 et 2018. Entre 2015 et 2018, 1,35 million de préservatifs ont été distribués chaque année.

    Comment Eshowe a-t-elle atteint les 90-94-95 ? Je dirais que c’est la force du partenariat. Nous avons bénéficié de l’engagement total des chefs traditionnels et de l’étroite collaboration des ministères de la Santé et de l’Éducation à tous les niveaux.
    Musa Ndlovu, coordinateur adjoint de MSF à Eshowe

    « Au début du projet, il était presque impossible pour les gens d’imaginer parler du VIH. Aujourd’hui, les habitants arrêtent même nos véhicules MSF pour demander des tests de dépistage du VIH. Nous ne l’avons pas fait pour la communauté, nous l’avons fait avec elle », termine Musa Ndlovu.

     

    * Une charge virale supprimée signifie que le traitement antirétroviral parvient à supprimer la charge du virus VIH dans le sang d’une personne, ce qui sauvegarde l’état de santé global et réduit fortement les probabilités de transmission du VIH.