
À Dahiyeh, dans le sud de Beyrouth, MSF contribue au rétablissement des services essentiels malgré les menaces militaires et les déplacements forcés de population
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Dahiyeh, banlieue densément peuplée du sud de Beyrouth, est devenue de facto une ligne de front urbaine, subissant d'importants dégâts suite aux centaines de frappes aériennes israéliennes depuis l'escalade du 2 mars 2026. Le quartier a également fait l'objet de plusieurs ordres d'évacuation – le dernier en date, le 1er juin, lorsque l'armée israélienne a menacé de mener des frappes sur la zone – contraignant de nombreux habitants à fuir à nouveau. Présente sur place afin d’aider à rétablir les services essentiels, Médecins Sans Frontières (MSF) s'inquiète des déplacements forcés et de l'insécurité qui pèse sur la population.
Autrefois un quartier urbain dynamique, Dahiyeh subit aujourd'hui les conséquences durables des attaques israéliennes à répétition à de multiples niveaux. Les destructions ont gravement affecté les routes, les services publics et les infrastructures d'eau, privant des milliers d'habitants d'un accès fiable aux services essentiels, et exposant les communautés à des risques sanitaires croissants. Depuis le début du conflit, la plupart des établissements de santé de la région ont été touchés : les centres de soins de santé primaires et les hôpitaux ont perdu leur personnel suite aux déplacements de population, ont été endommagés ou ont dû fermer en raison de graves problèmes de sécurité, restreignant encore davantage l'accès aux soins.
Jamila, déplacée et mère de famille de 50 ans, a passé deux mois sous des tentes aux abords de Dahiyeh, sans ressources ni soutien, avec son fils Wissam, âgé de 14 ans et souffrant de troubles de la parole.
« Personne ne se soucie de moi », déplore-t-elle. « J'ai passé des jours sans eau ni nourriture. Je ne pouvais même pas me laver. »
Sa situation est loin d'être un cas isolé : à Dahiyeh, des milliers de familles déplacées font face à la perte de leur logement et à l'éclatement de leurs réseaux de soutien, ce qui rend toute perspective de reconstruction extrêmement difficile.
Face à cette situation, MSF a intensifié son intervention d'urgence en mars, déployant 9 cliniques mobiles pour fournir des soins médicaux directement aux communautés qui n'ont plus accès aux structures de santé. Ces unités mobiles proposent toute une gamme de services essentiels, notamment des consultations médicales pour le soutien en santé mentale, les affections aiguës et chroniques, la santé sexuelle et reproductive et la vaccination. Au cours des six dernières semaines, les équipes de MSF ont réalisé plus de 2 730 consultations médicales.
Malheureusement, la moitié de nos cliniques mobiles ont dû suspendre leurs activités en raison de problèmes de sécurité et de nouveaux mouvements de population en dehors de Dahiyeh ; elles reprendront leurs activités dès que la situation le permettra.
En parallèle, MSF soutient la réhabilitation de six centres de soins de santé primaires, endommagés par les frappes israéliennes, tout en distribuant des articles non alimentaires et des kits d'hygiène aux populations touchées. MSF met également en œuvre des activités d'accès à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène (WASH) en étroite collaboration avec les municipalités. Ces efforts visent à rétablir l'accès à l'eau potable et à améliorer l'assainissement pour plus de 30 000 personnes. Par conséquent, cela réduit également les risques immédiats d'épidémies, et améliore plus largement les conditions de vie.
« Les populations vulnérables – notamment les enfants, les personnes âgées, et celles qui souffrent de pathologies préexistantes – sont particulièrement exposées aux risques, car les services essentiels deviennent plus difficiles d’accès ou cessent de fonctionner correctement », explique Guilherme Bothelo, coordinateur du projet d’urgence MSF à Beyrouth.
« La capacité de MSF à rapprocher les soins médicaux des communautés est essentielle, et complète les services existants en période de forte tension. Dans le même temps, notre objectif est que ce soutien reste temporaire, jusqu’à ce que les autorités sanitaires locales retrouvent et renforcent leur capacité à assurer les soins de manière autonome. »
Les obstacles à un retour en toute sécurité
Depuis mars, de nombreuses familles à travers le pays ont été contraintes de fuir leur domicile à plusieurs reprises, tandis que d'autres restent dans une situation précaire. Les ordres de déplacement forcé émis par l'armée israélienne continuent de provoquer des mouvements de population répétés, suscitant de vives inquiétudes quant à la possibilité pour les habitants de retourner en toute sécurité chez eux. La destruction généralisée des services publics – notamment des réseaux d'eau, des établissements de santé et des infrastructures essentielles – constitue un obstacle majeur au retour. Sans un accès fiable à ces services, celui-ci n'est ni envisageable ni sûr pour de nombreuses familles.
« La situation à Dahiyeh illustre l’urgence de répondre aux besoins humanitaires immédiats et aux conséquences à long terme de l’escalade au Liban », déclare Guilherme Bothelo.
« Alors que les frappes israéliennes s’intensifient considérablement dans le sud du pays et dans la Bekaa, nous craignons que de telles situations ne se multiplient, forçant davantage de personnes à quitter leur foyer et dégradant encore davantage les conditions d’une vie digne pour des communautés entières. Cela exercerait une pression encore plus forte sur un système de santé déjà fragilisé par des crises successives. »

