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Personnes déplacées, Nigéria, MSF, Benedicte Kurzen

Nigéria

En photo : auprès des Nigérians qui fuient la violence à Anka

Des enfants déplacés jouent dans le couloir d'une ruine abandonnée utilisée comme abri par des familles peules. Nigéria. 2019. © Benedicte Kurzen/NOOR
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Des groupes criminels et des violences extrêmes dans l'État de Zamfara, dans le nord-ouest du Nigéria, ont poussé des centaines de milliers de personnes à fuir leurs villages et à chercher refuge à Anka.

    Après avoir dispensé des soins d'urgence dans divers endroits de la ville pendant plusieurs semaines, l'équipe d'urgence de MSF fournit actuellement des soins de santé primaires et assure la distribution des fournitures de base aux nouvelles familles déplacées dans un campement informel en ville.

    Muhammad* se dresse tristement dans un vaste terrain pierreux sur le chantier de construction du nouveau palais de l'émir d'Anka, un dirigeant traditionnel nigérian. 

    Le projet de construction du palais a été suspendu et des centaines de personnes déplacées de nombreux villages de l'État de Zamfara vivent dans des bâtiments inachevés et des abris construits ici par MSF.

    Muhammad* a trois ans et il est atteint de mutisme. Sa famille a dû fuir leur village après que des hommes armés l'ont attaqué. Nigéria. 2019. © Benedicte Kurzen/NOOR

    « Le village de Muhammad, comme tous les villages de gens ici, a été attaqué et détruit par des groupes armés. Nous pensons que ce sont ces expériences qui l'ont rendu si introverti », explique Anja Batrice, médecin MSF à Anka.

    « Les gens ici ont tout perdu, poursuit Anja. Les attaques meurtrières les ont forcés à fuir leurs villages, laissant tous leurs biens derrière eux. Ils vivent maintenant dans des abris de fortune, sur le chantier, et dans les bâtiments scolaires. Les gens ont honte de leurs mauvaises conditions de vie ici. »

    Soins médicaux aux personnes déplacées

    Anja et son équipe de médecins et d’agents de santé gèrent une clinique sous tente à Anka dans laquelle Aisha*, 10 ans, est venue accompagnée de sa mère, Zuwaira*.

    Il y a sept mois, avec leur famille, elles ont fui leur maison à la suite d'attaques répétées d'hommes armés, qui ont exigé de l'argent et qui les ont menacées.

    « Nous leur avons apporté de l'argent, mais ils ont dit que nous mentions et que nous devions en avoir davantage, explique Zuwaira. Ils ont menacé de nous tuer s’ils découvraient que nous leur cachions plus d’argent. »

    Les assaillants sont retournés au village plusieurs fois, volant ou détruisant les biens de la population et utilisant parfois la violence.

    « Une fois, ils ont enlevé trois jeunes hommes, poursuit la mère d’Aisha. Pendant longtemps, nous n’avons pas eu de leurs nouvelles. Nous savons maintenant qu'ils ont été tués. »

    Aisha est quant à elle atteinte de paludisme et va bénéficier d’une prise en charge par MSF.

    De mai à septembre, l’équipe d’urgence de MSF au Nigéria a assuré 12 677 consultations pour les personnes déplacées de la ville d’Anka. En outre, entre avril et juin, 1 000 familles ont bénéficié de distributions d’articles non alimentaires, notamment d’ustensiles de cuisine et d’hygiène personnelle.

    À la recherche d’un toit

    Le médicament qu'Aisha a reçu à la clinique MSF semble avoir eu un effet. Hier, elle était malade et somnolente sur le sol de la clinique sous tente ; aujourd'hui, elle joue avec les autres enfants. « J'espère qu'ils pourront tous retourner dans leurs villages », déclare Anja Batrice.

    Nombre d’entre eux ne peuvent en effet rentrer chez eux et certains ont tout perdu, comme Amina, qui a dû vendre une grande partie de son bétail pour payer une rançon.

    Personnes déplacées, Nigéria, MSF, Benedicte KurzenAmina, 30 ans, porte ses jumeaux dans l'immeuble abandonné dans lequel elle vit. Nigéria. 2019.  © Benedicte Kurzen/NOOR

    Elle a emmené son fils Husseini, 5 mois, à l’hôpital général d’Anka, car il était souffrant et dénutri. MSF y gère un service de pédiatrie de 135 lits.

    La plupart des enfants sont traités pour le paludisme, la malnutrition et des infections des voies respiratoires. Certains sont dans un état sévère et ont besoin de soins intensifs.

    Les enfants doivent parfois partager des lits, car les capacités maximales d’accueil sont souvent dépassées. Pendant la haute saison du paludisme, il peut y avoir trois enfants par lit.

    À l'hôpital, Husseini a reçu de la nourriture thérapeutique et peut maintenant sortir. Mais pour sa mère, le problème reste entier. Elle a deux enfants, des jumeaux, et peu de moyens.

    « Je n’ai pas assez de lait pour les deux enfants, déplore-t-elle. Les médecins m'ont donné un médicament pour faciliter l’allaitement, mais il ne fonctionne pas. Maintenant, j'achète du lait maternisé, qui coûte très cher. »

    De janvier à septembre 2019, les équipes MSF à Anka ont traité 7 445 enfants atteints de malnutrition.

    « Avec des chiffres aussi élevés, ici à Anka, nous devons également nous attendre à de nombreux cas de malnutrition dans des zones où nous ne pouvons pas aller pour des raisons de sécurité », déclare le Dr Valerie Weiss, médecin MSF.

    Dans la partie nord de l'État de Zamfara, les rares hôpitaux fonctionnels sont débordés par le nombre de patients et par le manque de fournitures médicales de base.

    En outre, la plupart des villages isolés sont inaccessibles, et fournir des soins de santé primaires aux communautés locales est gravement perturbé par l'insécurité.

    En septembre, les équipes de MSF ont assuré une évaluation des situations d’urgence à Zumri et à Shinkafi, deux zones particulièrement touchées par les violences.

    À Zumri, en une seule journée de dépistage, l’équipe a trouvé soixante-treize enfants atteints de malnutrition aiguë, dont huit présentant des complications médicales.

    MSF collabore avec les autorités sanitaires locales pour démarrer un soutien nutritionnel d'urgence dans ces endroits.

     

    * Les noms ont été changés pour respecter l’anonymat des patients.