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Burkina Faso

Les conditions de vie des personnes déplacées se dégradent

Les équipes MSF ont distribué des articles ménagers essentiels – seaux, jerrycans, gobelets etc. – et des tentes à plus de 2 000 familles de déplacés à Silmangué dans le Centre-Nord. Burkina Faso, juin 2020. © Noelie Sawadogo/MSF
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La région Centre-Nord du Burkina Faso accueille 386 000 personnes déplacées, qui ont fui les affrontements entre groupes armés, les attaques et les massacres. Un chiffre qui a quasiment doublé ces six derniers mois, alors que la situation sécuritaire se dégrade. Isolées et sans accès ou presque aux soins de santé, ces populations sont désormais exposées aux risques épidémiques avec la saison des pluies qui s'installe.

    À Pissila, une ville située à une trentaine de kilomètres de Kaya, Nabonswendé se rappelle de la première pluie du mois de mai. « L’eau s’est infiltrée dans toutes les tentes et nous n’avons pas pu dormir de la nuit », raconte-t-il. « Si nous ne pouvons pas retourner chez nous pour le moment, notre souhait est au moins de pouvoir réparer nos tentes, afin que l’eau ne puisse pas entrer ; sinon, nous allons souffrir durant cette période pluvieuse. »

    Le nombre de déplacés augmente avec le temps, ainsi que leurs besoins, associés à ceux des communautés d’accueil.
    Hassan Maïyaki, chef de mission MSF au Burkina Faso

    Installé sur ce site depuis une année, Nabonswendé espère un jour pouvoir retourner dans son village, où les conditions de vie sont nettement meilleures. « Beaucoup d’efforts sont déployés pour nous soutenir, mais pouvoir retourner chez nous est la meilleure chose qui pourrait nous arriver. Nous sommes des cultivateurs et quand il pleut, notre place est aux champs, pour pouvoir nourrir nos familles. »
     

    Un peu plus loin, dans la commune de Pensa, les déplacés font face à une situation similaire, liée au logement. Originaire de Wapassi, Awa redoute également la saison des pluies. « Ça fait 12 mois que nous sommes logés dans le bâtiment de la mairie. Lorsqu’il pleut la nuit, nous ne pouvons pas dormir, car l’eau s’infiltre par les toits. Avant, au moins nous étions chez nous. Aujourd’hui, c’est la misère. »

    Les tentes et les structures d’urgence comme les latrines ne résistent pas aux intempéries. Les conditions de vie insalubres sur les sites de déplacés exposent les personnes à la menace de maladies comme le paludisme, le choléra, la dysenterie, etc. Les enfants sont plus particulièrement exposés.

    De nombreux parents n’ont pas les moyens de payer une consultation médicale, ayant perdu toute source de revenus lorsqu’ils ont fui leur foyer. Pour Nabonswendé, beaucoup de gens s’endettent pour pouvoir accéder aux soins médicaux. « Quand nos enfants sont malades, il faut les amener à l’hôpital, même si cela implique de s’endetter, parce que nous n’avons pas d’argent. »

    « La gratuité des soins offerts par MSF nous permet au moins d’évacuer ce souci. Il faut d’abord être en bonne santé pour vouloir le reste », confie Nabonswendé. À Pissila, MSF est présente dans un centre de santé et déploie des cliniques mobiles pour atteindre les personnes dans les zones périphériques.

    ‘Pas assez d’espace pour tout le monde’

    Malgré la présence de plusieurs organisations sur le terrain et l’assistance apportée jusqu’à présent pour combler les manques à court et moyen termes, les besoins des déplacés restent énormes. Le peu de ressources disponibles, malgré le nombre croissant de personnes déplacées, rend également les choses difficiles pour les communautés d’accueil et alimente des tensions.

    « Nous étions déjà nombreux quand une nouvelle vague est arrivée », raconte un habitant de la ville de Bourzanga. « Couvrir les besoins en eau potable pour tout le monde est un grand défi. Désormais, avec les pluies, la qualité de l’eau va se détériorer et cela risque de générer des maladies. La nourriture, l’hébergement et les latrines sont également un problème. Nous leur avons montré où il était possible d’installer des abris loin des zones inondables, mais il n’y a pas assez d’espace pour tout le monde. »

    Les priorités restent l’eau potable, la nourriture, les abris et les soins de santé, pour les personnes déjà sur place comme pour les nouveaux arrivants.

    « Pour que nous puissions continuer à répondre aux besoins sanitaires de ces populations, il faut qu’elles puissent avoir accès à des conditions d’hygiène et de logement décentes, un cadre de vie propre et des latrines, surtout en cette saison pluvieuse », déclare Hassan Maïyaki, chef de mission pour Médecins Sans Frontières au Burkina Faso. 

    Les équipes MSF ont distribué des kits d’hygiène, des produits de première nécessité et de l’eau potable. Un des derniers exemples de ces activités de distribution a eu lieu à Silmangué dans le Centre-Nord, à environ 170 kilomètres de Kaya, où MSF a distribué des d’articles ménagers essentiels – seaux, jerrycans, gobelets etc. – et des tentes à plus de 2 000 familles de déplacés. Mais pour Maïyaki il faut bien plus. « Le nombre de déplacés augmente avec le temps, ainsi que leurs besoins, associés à ceux des communautés d’accueil », continue-t-il.

    Pics de paludisme et de malnutrition imminents

    Avec des déplacements d’une telle ampleur, combinés avec un surpeuplement des camps, un faible accès à l’eau et des installations sanitaires médiocres, les conditions sont propices à la propagation de maladies. La saison des pluies au Burkina s’accompagne inexorablement d’une recrudescence du nombre de cas de paludisme à travers les eaux stagnantes, favorisant la prolifération des moustiques.

    En 2019, le paludisme était la maladie la plus fréquente chez les patients MSF de la région Centre-Nord. Cette année ne sera pas différente et 7 231 personnes atteintes du paludisme ont déjà été prises en charge.

    « Plus de 60 % des personnes déplacées dans la région centre-nord sont des enfants, la population la plus vulnérable face au paludisme », précise Maïyaki.

    L’application d’un diagnostic précoce, ainsi que celle d’un traitement adéquat du paludisme, sont essentiels pour réduire les décès. Cependant, l’accès aux soins médicaux dans la région est devenu difficile avec la fermeture d’au moins 21 structures sanitaires et 38 autres fonctionnant à minima depuis la fin du mois de mai.

    Les autorités sanitaires régionales se concentrent sur la prévention et l’élimination des conditions propices à la prolifération de moustiques et d’autres porteurs de maladies. Les équipes MSF se tiennent prêtes à soutenir les autorités sanitaires locales en cas de flambée de paludisme. 

    La malnutrition est une autre menace sanitaire renforcée par la saison des pluies coïncidant avec la période de soudure saisonnière. Entre janvier et juin 2020, MSF a fourni des aliments thérapeutiques à 1 580 enfants souffrant de malnutrition. Ce nombre augmentera probablement à mesure que la nourriture se raréfiera au cours des prochaines semaines.

    En 2020, plus de 2,2 millions de personnes ont besoin d’assistance selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Il est primordial de continuer à orienter les fonds et les ressources humaines vers l’amélioration des conditions de vie des plus vulnérables. « L’ampleur de la situation est telle qu’elle nécessite une intervention massive et une approche plus globale afin de garantir l’assistance apportée aux populations », conclut Hassan Maïyaki, le chef de mission MSF.

    Plus de 921 000 personnes sont actuellement déplacées...

    ... au Burkina Faso, d’après les Nations unies. Les équipes médicales de Médecins Sans Frontières (MSF) présentent dans le Centre-Nord fournissent des soins de santé primaires aux populations à Kaya, Pissila, Barsalogho, Pensa (province du Sanmatenga) ; Tougouri, Bouroum, Silmangué (Namentenga) ; Kongoussi, Bourzanga (Bam).

    En plus des postes de santé avancés, MSF déploie des cliniques mobiles pour la prise en charge médicale des populations dans les zones périphériques.

    MSF a travaillé pour la première fois au Burkina Faso en 1995. En ce moment, nos équipes apportent une assistance médicale et humanitaire aux populations dans les régions du Sahel, du Centre-Nord, du Nord et de l'Est. En 2019, nos équipes ont effectué 112 611 consultations à travers le pays. De même, MSF tente d’améliorer l’accès à l’eau potable à travers son approvisionnement par camion-citerne.

    Depuis que l'épidémie de Covid-19 a été déclarée début mars au Burkina Faso, MSF a mis en place deux centres de traitement pour aider à la prise en charge des patients dans la capitale, Ouagadougou, et dans la deuxième plus grande ville du pays, Bobo-Dioulasso.

    Par ailleurs, MSF a soutenu des structures de santé ainsi que des activités de sensibilisation communautaire. À Fada, en plus des activités de sensibilisation, et dans un souci de préparation à l’apparition de cas de Covid-19, les équipes MSF ont établi un centre d’isolement pour accueillir d’éventuels cas de Covid-19.