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One - and only one - room in this five-story abandoned concrete dormitory features bunk-bed cots for refugees and migrants to sleep. Flooding throughout the building is a frequent problem. Bihać, Bosnia, July 2018. © Kamila Stepien

Balkans

Bosnie : 4 000 personnes bloquées sur la «nouvelle route des Balkans»

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Plus de 4 000 migrants et réfugiés sont installés dans des camps informels et des squats en Bosnie-Herzégovine, à proximité de la frontière croate.

    Le nombre de personnes qui arrivent dans le pays, par ce qui semble être une nouvelle «route des Balkans», ne cesse d’augmenter depuis des mois. L’absence de coordination et de réactivité des autorités laisse ces personnes sans accès aux soins de santé ou aux services de base.

    Des conditions d’accueil indignes

    Ces populations, venues pour la plupart du Pakistan, d’Afghanistan, de Syrie ou d’Irak, sont installées autour de deux points principaux et sont composées d’adultes, de familles et de mineurs non accompagnés qui ont fui les conflits ou la pauvreté de leurs pays.

    Cette situation est relativement nouvelle pour la Bosnie-Herzégovine qui, jusqu’à cette année, ne voyait transiter par son territoire qu’un faible nombre de personnes en migration.

    Près de 3 000 personnes sont ainsi installées près de la ville de Bihać, dans le nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine, autour et à l’intérieur d’un immeuble abandonné et dans un état de dégradation avancé.

    Cette structure de cinq étages est désormais remplie de personnes qui dorment sur des couvertures, des lits de fortune, sous des tentes et des bâches de plastique, ou derrière des draps, installés pour apporter un semblant d’intimité. Les fenêtres sont inexistantes et les sols couverts de boue et d’eau de pluie. Les abris de fortune se sont multipliés autour de cet immeuble abandonné, sur une colline avoisinante.

    À 400 kilomètres au nord de Bihać, ce sont près de 1 000 autres personnes qui se sont installées autour de la ville de Velika Kladuša, dans des tentes et des abris improvisés, faits de bâches de plastique et de matériaux de récupération.

    Des tranchées ont été creusées autour des abris pour tenter de contenir les flots d’eau et de boue qui se forment lors des tempêtes estivales.

    Un accès restreint aux soins basiques

    Depuis juin 2018, les équipes de MSF travaillent sur ces deux sites. En coopération avec les autorités sanitaires locales, MSF gère une clinique mobile pour répondre aux besoins médicaux les plus élémentaires et urgents et proposer des références vers une structure de soins secondaires, située dans le canton de Una-Sana pour les cas les plus complexes.

    «Un manque de coordination et de réactivité en Bosnie-Herzégovine ont conduit à créer des conditions d’accueil inadéquates pour ces réfugiés et migrants, et cela pourrait avoir des conséquences sérieuses sur leur santé, leur sécurité et leur bien-être», déclare Matias Gil, chef de mission MSF pour la Serbie et la Bosnie-Herzégovine.

    «Non seulement ils n’ont pas accès à des soins médicaux, mais ils manquent également d’une assistance de base, qui comprend la fourniture d’abris, de nourriture, de vêtements ou de services d’hygiène», poursuit Matias Gil.

    Nouvelles routes et problèmes récurrents

    Les personnes qui arrivent en Bosnie et tentent de traverser le pays arrivent de camps et de campements informels situés en Serbie, mais certaines ont également emprunté de nouvelles routes depuis la Grèce, l’Albanie et le Monténégro.

    «Ils sont bloqués en Bosnie-Herzégovine. En l’absence de chemins sûrs pour déposer une demande et obtenir l’asile, ils sont obligés d’emprunter des chemins risqués et de traverser illégalement des frontières», indique Matias Gil. «Nous sommes également préoccupés par les refoulements et les violences envers les réfugiés et migrants qui ont été signalés du côté croate de la frontière.»

    MSF avait documenté en 2017 les violences faites aux réfugiés et migrants aux frontières de la Serbie avec la Hongrie, la Bulgarie et la Croatie dans un rapport intitulé «Games of Violence».

    MSF a également été témoin des conditions inhumaines dans lesquelles les personnes en migrations ont été obligées de vivre dans les Balkans durant les hivers précédents.

    En Serbie, les équipes de MSF avaient pris en charge des cas d’hypothermie et de gelure, tandis que la clinique MSF de Belgrade avait constaté une augmentation des maladies respiratoires chez ses patients. «Si la situation perdure en Bosnie-Herzégovine, nous craignons d’être confrontés à des problèmes similaires : des maladies respiratoires ou de peau, une détérioration de l’état de santé mentale et une augmentation des violences envers les migrants», conclut le chef de mission MSF, Matias Gil.