× Fermer

République centrafricaine

Bambari, un symbole de paix aujourd’hui à feu et à sang

Toutes les actualités 
Depuis le 14 mai 2018, un nouveau cycle de violences intercommunautaires s’est déclenché à Bambari, ville du centre de la République centrafricaine qui avait connu une relative stabilité en 2017, alors que le reste du pays s’enfonçait dans un conflit de plus en plus fracturé.

    L’équipe chirurgicale de MSF, qui soutient l’hôpital, a pris en charge 17 blessés, dont deux ont malheureusement succombé à leurs blessures. 

    Tout a commencé à la découverte de corps sans vie sur l’axe sud de Bambari. Les tenants et aboutissants de ces meurtres ne sont pas clairs, mais les conséquences sont malheureusement trop communes en République centrafricaine, où chaque incident déclenche des cycles de revanches et de représailles dont pâtissent toutes les communautés et en particulier les civils.

    La ville de Bambari qui était prônée comme l’exemple d’une réussite du désarmement, depuis une intervention des forces de la mission onusienne (MINUSCA) en février 2017, est aujourd’hui à nouveau un champ de bataille entre hommes armés. La ville est désertée de sa population, ses maisons brûlées, des bâtiments officiels occupés… La population ne connaît que trop bien ces cycles de violences, de peur et de mort. En quelques heures à peine, plus de 300 hommes, femmes et enfants avaient rejoint l’hôpital dans l’espoir d’y être plus en sécurité que dans leur quartier.

    Les 300 déplacés qui avaient initialement cherché refuge à l’hôpital ont quitté la ville aussi rapidement que possible avec une grande partie des habitants de Bambari.

    «Nous avons entendu des tirs toute la journée du 15 mai. À l’hôpital où nous travaillons, nous avons pris en charge 17 blessés, victimes des violences, principalement des blessés par balle», explique Dismas Vuningoma, coordinateur du projet MSF à Bambari. «Les 300 déplacés qui avaient initialement cherché refuge à l’hôpital ont quitté la ville aussi rapidement que possible avec une grande partie des habitants de Bambari. Ils n’ont même pas pris le temps d’aller jusqu’au pont, ils ont sauté dans la rivière pour traverser et trouver un peu de sécurité de l’autre côté».

    Bambari porte encore les stigmates de la crise de 2013-2014. De chaque côté de la rivière qui sépare la ville, près de 39 000 déplacés d’une communauté ou de l’autre qui n’avaient jamais pu rentrer chez eux, ou seulement jusqu’à l’éclatement de nouvelles violences, vivent encore dans des camps. Bambari a toutefois été un symbole de paix tout au long de 2017, le commerce avait commencé à reprendre et des milliers de nouveaux déplacés n’hésitaient pas à venir s’y réfugier pour son accalmie. Car ne nous faisons pas d’illusion, déclarer Bambari une «ville sans armes» n’a fait que repousser le problème en périphérie, notamment sur l’axe Sud de la ville vers Alindao, l’axe Est vers Ippy, ainsi que dans toutes les zones minières de Ndassima, au Nord, dont les groupes armés se disputent le contrôle.

    De janvier à avril 2018, les équipes MSF à Bambari ont traité 113 blessés en provenance de ces zones de guerre. Elles ont également renforcé les activités médicales par le biais de cliniques mobiles pour les nouveaux déplacés en provenance des régions de Ndassima et d’Ippy qui se sont regroupés en périphérie de la ville.

    «La plupart sont venus sans rien, marchant plusieurs jours, seuls ou avec leurs enfants. Ils se sont installés dans les quartiers en périphérie de l’aéroport, dans des familles d’accueil ou des abris construits avec des herbes sèches qui ne protègent guère de la pluie», continue Dismas Vuningoma. «Les conditions de vie y sont déplorables : pas d’eau courante, pas d’électricité, pas d’accès à des soins de base».

    À la fin de 2017, le nombre de déplacés était le plus élevé jamais atteint depuis la crise de 2014.

    Aujourd’hui, la violence a atteint Bambari, causant des pertes humaines et de nouveaux déplacements de population, ceci quelques semaines après que la ville de Bangui, elle aussi épargnée par le gros des violences en 2017, soit affectée par les pires combats depuis 2015.

    «Cette semaine, une nouvelle ville en République centrafricaine est devenue le théâtre de violents combats, réduisant, une fois de plus, le nombre de lieux où la population centrafricaine pouvait espérer vivre en paix avec sa famille», déplore Paul Brockmann, chef de mission MSF en RCA. «À la fin de 2017, le nombre de déplacés était le plus élevé jamais atteint depuis la crise de 2014. Hier encore, nous avons observé des centaines de personnes fuir Bambari en quête de sécurité. La population centrafricaine semble réellement prise dans un cycle sans fin de violences indiscriminées».

    MSF travaille en République centrafricaine depuis 1997, où ses équipes offrent des soins de santé primaire et des soins hospitaliers à Bria, Bangassou, Bambari, Kabo, Batangafo, Paoua, Bossangoa, Boguila, Carnot et Bangui. Son équipe d’urgence apporte actuellement un soutien aux populations de Ippy, qui sont affectées par les combats dans la zone. Selon le HCR, près de 690 000 centrafricains sont déplacés par les violences dans le pays, 569 000 réfugiés à l’étranger.