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MSF Venezuela Caracas Mental health

Venezuela

Entretien avec Kristel Eerdekens – coordinatrice des opérations MSF

District de Petare, Caracas, considéré comme l'un des quartiers les plus dangereux d'Amérique latine. MSF fournit une assistance médicale et psychologique aux victimes de la violence à Caracas. Venezuela. Novembre 2016. © Marta Soszynska/MSF
Témoignages 
Depuis plusieurs semaines, le Venezuela fait la une des journaux, car les tensions politiques atteignent de nouveaux sommets, dans un pays en proie depuis des années à des crises économiques et politiques, qui ont eu un impact majeur sur le quotidien de la population. Depuis 2015, MSF propose une assistance médicale au Venezuela. Kristel Eerdekens, coordinatrice des opérations MSF, nous décrit la situation.

    En quoi consiste l’action de MSF au Venezuela ?

    Aujourd’hui, MSF compte quatre programmes médicaux au Venezuela. Nous travaillons en collaboration avec les organisations locales et les institutions publiques pour fournir une assistance médicale et psychologique aux victimes de violences, notamment de violences sexuelles, à Caracas, l’une des villes les plus violentes du monde. Nous militons en faveur d’une approche globale, combinant soins médicaux et soutien psychologique, qui traite les violences sexuelles comme une urgence médicale.

    Depuis quelques années, nous soutenons également un programme de lutte contre le paludisme dans la municipalité de Sifontes, dans l’État de Bolívar, une zone qui compte de nombreuses mines d’or non officielles, et qui attire des personnes de tout le pays. Le paludisme s’est répandu rapidement dans la région en raison de la forte mobilité de la population, des mauvaises conditions sanitaires dans lesquelles elle vit, et du manque de moyens alloués au programme de lutte contre le paludisme. 

    Depuis février 2019, une équipe de MSF est basée à Carúpano, dans l’État de Sucre, et travaille en collaboration avec l’Institut de lutte contre le paludisme pour soutenir le programme vénézuélien de traitement du paludisme afin de maîtriser la maladie.

    En collaboration avec une association partenaire locale, nous soutenons également un programme de soins primaires axé sur la santé sexuelle et reproductive dans le nord du pays. Bien que celui-ci soit encore en phase initiale, il offre une assistance essentielle à une population souffrant de graves pénuries de médicaments. 

    MSF Venezuela
    En février 2019, MSF a mené une campagne de distribution de moustiquaires de lit dans la municipalité de Sifontes, dans l'État de Bolivar. À cette occasion, MSF a collaboré avec le Programme national de lutte contre le paludisme pour offrir des tests rapides à la population.Venezuela. Février 2019. © Diana Puyo/MSF

    En ces temps incertains, nous sommes également en alerte et prêts à répondre à d’éventuelles flambées de violence et aux conséquences médicales des crises économiques, sociales et politiques. Nous avons déjà effectué - et allons probablement continuer d’effectuer - des dons de fournitures médicales aux hôpitaux dans différentes régions du pays afin de les aider à surmonter une éventuelle dégradation de la situation. Nous formons également le personnel médical local à la gestion d’afflux massifs de blessés, et proposons une aide psychologique d’urgence aux groupes de protection civile et aux secouristes bénévoles. 

    Quelle est la situation médicale dans le pays ?

    Le Venezuela traverse une crise politique et économique qui touche toutes les couches sociales du pays. C’est un environnement difficile pour MSF car nous ne disposons d’équipes que dans quelques localités. Par conséquent, il est difficile pour nous de donner une description complète des besoins médicaux dans le pays. Depuis 2015, les données médicales publiées sont très limitées, ce qui empêche de fournir une analyse plus globale de la situation.

    Dans les localités où nous travaillons, nous voyons des professionnels de santé compétents et dédiés qui font tout leur possible pour servir leurs communautés, malgré les difficultés. Ils font face à des interruptions et à des irrégularités d’approvisionnement de médicaments, et l’entretien des infrastructures et équipements médicaux est quasi inexistant.

    MSF Venezuela Malaria
    Un promoteur de la santé de MSF explique aux membres de la communauté comment le paludisme affecte le fonctionnement des différents organes de l'organisme, et aborde certaines idées fausses sur la maladie. Venezuela. Février 2019. © Diana Puyo/MSF

    L’hyperinflation que connaît le pays, et le manque d’investissements dans le système de santé, rendent très difficile la fourniture de soins de qualité. Nous voyons également des professionnels de santé - y compris au sein de nos équipes - qui décident de quitter le pays.

    Cela a entraîné une résurgence de maladies auparavant maîtrisées, telles que le paludisme, et d’épidémies évitables, telles que la diphtérie et la rougeole. Dans les années 1960, le Venezuela était un pionnier de la lutte contre le paludisme. Le pays dispose d’ailleurs toujours des connaissances et des institutions nécessaires. Toutefois, dans les zones les plus touchées par le paludisme, le système de santé est fortement sous pression, ce qui a un impact sur le programme de lutte contre le paludisme.

    Les Vénézuéliens qui ont fui au Brésil et en Colombie et été pris en charge par nos équipes, ont rapporté que les pénuries de nourriture et le manque d’accès à des soins de qualité étaient les raisons de leur départ. 

    Que prévoit MSF pour la suite ?

    MSF maintient son engagement de fournir des soins médicaux au peuple vénézuélien, de façon adaptée aux besoins identifiés. Nous sommes déterminés à renforcer nos activités existantes et à les étendre le cas échéant. Si besoin, nous continuerons également de proposer un soutien médical aux Vénézuéliens qui ont quitté le pays pour rejoindre le Brésil, la Colombie ou d’autres pays de la région.