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Bangladesh, Myanmar

À la rencontre de réfugiés rohingyas du camp 18

Témoignages 
Hasina, Fatima, Mohamed sont des Rohingyas déracinés qui vivent au Bangladesh. Ils ne se connaissent pas, mais ils partagent le destin des centaines de milliers d’autres Rohingyas qui ont fui les violences au Myanmar l’an dernier.

    Ils ont un point commun, ils vivent tous les trois avec leur famille dans le camp 18. Voici leur témoignage.  

    De même qu’une ville est organisée en quartiers, le site de Kutupalong-Balukhali au Bangladesh est divisé en 22 camps. Cet immense camp de réfugiés n’a cessé de s’étendre. Plus de 620 000 Rohingyas y sont installés. Ils ont fui le Myanmar après que les violences aient éclaté en août 2017. Et ils ont construit des abris sur ce relief vallonné du district de Cox’s Bazar. Ensuite, une route a été tracée du nord au sud du camp pour pouvoir circuler et acheminer l’aide au milieu de ces innombrables collines.
     

    En suivant cette route, on arrive dans le camp 18 qui se trouve dans le sud-ouest du site de Kutupalong-Balukhali. Ce camp ne se distingue guère des autres si ce n’est qu’il fait partie des secteurs récemment aménagés pour accueillir les réfugiés rohingyas et désengorger des zones surpeuplées dans l’est du site.

    Pour le reste, il présente le même visage avec ses sentiers plus ou moins escarpés qui serpentent au milieu des abris alignés les uns à côté des autres. Le camp 18 compte plus de 29 300 Rohingyas, soit environ 6 500 familles. C’est là que vivent Hasina, Fatima et Mohammed, trois chefs de famille.  

    Hasina, 35 ans

    Hasina est veuve. Après que son mari ait été tué au Myanmar, elle a pris la fuite avec ses cinq enfants : deux garçons et trois filles. Hasina est arrivée en octobre dernier dans le district de Cox’s Bazar. Elle a de la famille qui habite dans la même rue et l’aide un peu. Mais la vie quotidienne n’est pas facile pour elle. D’abord, le point d’eau qui se trouvait à proximité est hors service et il faut aller dans un autre quartier du camp pour avoir de l’eau.

    Ensuite, elle a besoin de bois pour cuisiner. Or ses enfants sont petits et elle a peur de les envoyer dans la forêt pour en ramasser, parce qu’il faut aller loin pour en trouver et il n’y a plus un arbre aux alentours. Il faut parfois jusqu’à trois heures de marche pour ramasser du bois. En revanche, dans d’autres camps, quelques Rohingyas sont plus chanceux, ils ont reçu des réchauds à gaz.

    Aujourd'hui, avec l’arrivée de la mousson, Hasina doit faire face à d’autres difficultés. Elle a peur que son abri ne résiste pas aux intempéries, aux fortes pluies et aux bourrasques de vent. Son abri est, comme tous les autres, une petite construction fragile : des piliers en bambous plantés dans le sol et de fines tiges de bambou tressées pour former des murs, le tout étant recouvert d’une bâche en plastique.

    Pour éviter que les toits ne s’envolent, beaucoup de réfugiés posent dessus quelque chose de lourd, le plus souvent des sacs remplis de terre. Tous les abris sont faits de la même manière, avec du bambou. Les Rohingyas les construisent eux-mêmes avec ce que leur donnent des acteurs de l’aide humanitaire.

    Fatima, mère de quatre enfants

    Fatima Khatun a d’abord habité le camp 16, situé plus vers l’est, un camp surpeuplé qu’elle a dû quitter pour venir dans le camp 18. Pour s’y installer, elle a reçu un kit avec les matériaux nécessaires pour construire un abri, accompagné du mode d’emploi. Mais Fatima est veuve et comme elle ne pouvait se charger de la construction de son abri seule, elle a demandé l’aide du maji (le responsable rohingya du quartier où elle vit) qui lui a envoyé des volontaires pour le faire.

    Fatima est réfugiée au Bangladesh, depuis octobre dernier, avec ses quatre enfants de 3, 7, 9 et 11 ans. Ce n’est pas la première fois qu’elle est au Bangladesh. Déjà en 1992, elle avait fui le Myanmar parce que les autorités soumettaient les Rohingyas à des travaux forcés. Elle avait alors vécu deux ans dans un camp au Bangladesh avant de retourner dans son village. Là, ils n’avaient plus de maison, elle avait été détruite et sa famille en avait reconstruit une autre.

    L’an dernier, elle a fui le Myanmar une seconde fois. Ce n’était plus possible de rester là-bas.

    Autre point positif pour les réfugiés rohingyas, il y a de nombreuses structures de soins dans le camp. MSF notamment a ouvert dans les différents camps cinq hôpitaux, dix postes de santé et trois centres de santé qui fonctionnent 24h/24. Et quand un de ses deux fils est tombé malade, Fatima l’a emmené consulter. Elle est allée au dispensaire de MSF qui se trouve dans le camp 18. Là, on lui a dit que son fils avait les oreillons.

    Soins médicaux, distribution de nourriture, distribution de biens de première nécessité comme des moustiquaires et des bidons d’eau, mais aussi forage de puits pour fournir de l’eau... L’aide humanitaire revêt ces diverses formes dans le camp de Kutupalong-Balukhali. Il est vrai qu’il s’agit du plus grand camp de réfugiés au monde à l’heure d’aujourd’hui.

    Mohamed, 45 ans

    Globalement les besoins des réfugiés sont couverts même si la distribution de l’aide peut être inégale. Il y a aussi des Rohingyas qui arrivent à mieux se débrouiller quand ils trouvent des petits boulots, comme Mohamed Eleyas. Ce père de famille de 45 ans a fui le Myanmar après la disparition de l’un de ses fils, l’an dernier. Comme Mohamed travaille de temps à autre, il a réussi à avoir un téléphone. Ce qui lui permet de joindre son frère au téléphone. Au Myanmar dans son village, Mohamed avait un magasin d’alimentation. Mais il a tout perdu. Son magasin a été brûlé par les militaires et sa maison aussi a été réduite en cendres.

    Son abri dans le camp 18 est évidemment moins confortable que ne l’était sa maison. Il y a une cuisine avec un fourneau en terre cuite construit sur le sol et deux pièces avec pour seul décor un tapis de prière. Sinon, le point d’eau n’est pas loin. Et cela est appréciable. Car dans des camps tout nouveaux, les familles rohingyas sont moins bien loties. Les forages sont rares tout comme les latrines, comme plus à l’ouest dans l’extension du camp 20.