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Mer Méditerranée

L'Europe doit agir maintenant pour mettre fin à ces morts évitables en Libye et en mer

Un ours en peluche perdu flotte dans la mer Méditerranée, juste à côté du navire de recherche et sauvetage Aquarius, exploité par SOS Méditerranée et MSF. Septembre 2018. © Maud Veith/SOS Méditerranée
Opinions et débats 
Dr Joanne Liu - Présidente internationale de Médecins Sans Frontières
Le 25 juillet, une tragédie a de nouveau eu lieu en Méditerranée. On estime que 150 personnes se sont noyées alors qu'elles fuyaient la Libye. Cet évènement porte le bilan de cette année à au moins 576 décès en Méditerranée. Ces vies perdues, qui étaient complétement évitables, mettent en lumière le manque désespéré de moyens pour les activités de recherche et de sauvetage, ainsi que le sort terrible réservé à ceux qui fuient la Libye.

    MSF est un témoin de première ligne du prix humain inimaginable payé pour les politiques d'interception et de détention des migrants et des réfugiés.

    Voir les centres de détention en Libye, c'est voir la souffrance humaine organisée de façon industrielle.

    Pour de nombreux survivants de la catastrophe du 25 juillet, le cercle vicieux de la détention arbitraire, de la violence et de l'exploitation se poursuit sans espoir de fin.

    Des personnes sont toujours détenues à Tajoura – le centre de détention qui a été touché par une frappe aérienne il y a un mois, tuant 53 personnes et en blessant 70 autres. Un médecin de MSF témoin décrit la scène comme un bain de sang :

    Il y avait des corps partout et des morceaux de cadavres visibles entre les décombres. À un moment donné, j'ai dû m'arrêter... J’aurais eu à marcher sur les corps pour poursuivre mon chemin. Je connaissais beaucoup de ces personnes décédées, je connaissais leur nom, leurs histoires.
    Un médecin MSF témoin de l'attaque aérienne

    Comme pour ceux qui continuent de se noyer en mer, les décès à Tajoura étaient à la fois prévisibles et évitables. Ces décès continuerons tant que les appels à évacuer ces centres seront ignorés. Actuellement, rien ne protège la population contre d'autres frappes aériennes ou la violence des milices en Libye.

    Obliger les gens à retourner dans les centres de détention équivaut, pour beaucoup, à une condamnation à mort.

    La tragédie humaine à laquelle sont confrontés ceux qui sont retenus en Libye est une tragédie d'origine humaine. Lorsque les déploiements maritimes dans le cadre de l'opération « Sophia » ont été arrêtés, les dirigeants européens ne pouvaient plus prétendre sauver des vies. Le seul « choix » qui reste aux personnes qui tentent de fuir la Libye : être bloqué dans un centre de détention ou risquer la mort en mer. Il semble que les dirigeants européens considèrent la noyade comme un prix acceptable pour endiguer les flux en Méditerranée. Rien ne peut justifier que des personnes soient prises au piège en Libye ou laissées pour mortes en mer, au seuil de l'Europe.

    Ces dernières semaines, certains dirigeants de l'Union européenne (UE) ont appelé à des solutions systématisées et durables en matière de recherche et de sauvetage et à mettre un terme à la détention arbitraire en Libye. La réalité ne peut pas attendre : il faut transformer ces paroles en actes. 

    Les réfugiés et les migrants piégés en Libye doivent être autorisés à partir pour leur sécurité et les retours forcés doivent cesser. Les dirigeants européens doivent permettre l'évacuation complète de toutes les personnes détenues arbitrairement. Récemment, cela s'est avéré possible.

    Pourtant, pour chaque personne évacuée ou réinstallée hors du pays, trois autres sont ramenées de force par les garde-côtes libyens.

    Ce sont ces mêmes garde-côtes libyens que l'UE soutient en prodiguant  des navires supplémentaires. Pour que les responsables politiques puissent enfin tenir leurs engagements publics, il faut que cette contradiction fondamentale cesse.

    Le 25 juillet, alors que le personnel de MSF s'occupait de 135 survivants du drame, on nous reprochait dans le même temps les décès. MSF et SOS Méditerranée ont récemment annoncé la reprise de leurs opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée. Et une fois de plus, on nous accuse d’être un « facteur d’attraction » qui contribue à attirer ceux qui fuient la Libye. Les faits montrent que cela est totalement faux. Les personnes piégées en Libye, confrontées aux violences et privées de leurs droits humains fondamentaux, continueront de fuir.

    Fuir pour sauver leur vie est un instinct humain primaire et cela se produit indépendamment de la présence ou non de navires des organisations non gouvernementales.

    La tragédie humaine dont sont victimes les réfugiés et les migrants en Libye et en mer est complétement évitable.

    Des actions claires et concrètes doivent inclure la reprise des opérations de recherche et de sauvetage dans leur globalité. Un mécanisme précis de débarquement dans des ports sûrs doit être mis en place et, sans plus attendre, les milliers de réfugiés et de migrants piégés dans des centres de détention en Libye doivent être évacués du pays. L'assistance que les organisations non gouvernementales et humanitaires peuvent apporter aux personnes prises au piège en Libye et en mer est extrêmement limitée. Nous n'avons pas la capacité de changer cette situation. 

    En tant que dirigeants de l'Europe, vous seuls avez le pouvoir de briser le cycle de la détention, de la souffrance et de la mort. Des milliers de personnes dépendent de vos actions. Elles ne peuvent plus attendre.