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Ester, tient dans ses bras Princia, l'une des jumelles dont elle vient de donner naissance, avant la consultation postnatale, le 27 janvier 2021.©Alexis Huguet

République centrafricaine

Violences et déplacements en RCA : récits de femmes

Princia tient dans ses bras l'une des jumelles, qu'Esther, sa maman vient de mettre au monde, quelques jours seulement après les affrontements du 3 janvier 2021 à Bangassou. ©Alexis Huguet
 
Depuis les élections présidentielles et législatives de décembre 2020, une nouvelle vague de violence déferle sur la République centrafricaine (RCA). Dans ce contexte, les risques sanitaires encourus par les femmes sont particulièrement criants. A Bangassou et Ndu, l’accès aux soins maternels gratuits est l’une des priorités de MSF.

    En dehors même des périodes de crise aigüe, le statut socio-économique, l'exposition aux violences et le très faible accès au planning familial – source de grossesses rapprochées, d’accouchements à risques et de problèmes de santé majeurs – rendent les femmes particulièrement vulnérables. La RCA connaît d’ailleurs l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, et les périodes de crise et de déplacement ne font qu’amplifier cette réalité.

    Chaque jour, nos équipes assurent l’accompagnement pré- et post-natal des femmes, encadrent les accouchements dans de bonnes conditions sanitaires, gèrent les complications obstétricales, offrent un accès au planning familial et prennent en charge les victimes de violences sexuelles.

    Quelques semaines à peine après l’offensive du 3 janvier sur Bangassou, le photojournaliste Alexis Huguet est parti à la rencontre de femmes ayant fui la violence. Pour beaucoup, cette était loin d’être la première. A l’époque comme aujourd’hui, la présence de MSF de chaque côté de la rivière Mbomou s’est révélée cruciale, voire même vitale.

    Christelle, refugiée à Ndu : “Je ne veux plus fuir à nouveau

    Christelle, habitante de Bangassou, se préparait à fêter la naissance de son second enfant quand la coalition des groupes armés a attaqué et pris le contrôle de la ville.

    « Quand les tirs ont commencé, nous avons immédiatement fui la ville », explique-t-elle. « Nous somme montés dans une pirogue pour aller au Congo ».

    Christelle tient dans ses bras sa petite fille Alvina à Ndu, dans l'école où elle vit depuis l'attaque de Bangassou en République Centrafricaine. ©Alexis Huguet

    Comme Christelle et les siens, près de 13,000 personnes ont franchi la rivière Mbomou pour se réfugier à Ndu, où vivaient déjà de nombreux autres réfugiés ayant fui la ville les années précédentes.

    Aujourd’hui, Christelle habite dans une ancienne école en compagnie d’une centaine d’autres réfugiés.
    « Ma grossesse était très avancée quand nous avons fui la ville. Mais j’ai pu être suivie au centre de santé, et heureusement, tout s’est bien passé lors de l’accouchement », se remémore-t-elle tout en tenant sa fille Alvina dans les bras.

    Christelle et sa fille partagent une chambre avec une vingtaine d’autres personnes. Avec l’afflux de réfugiés dans le village, les conditions de vie sont loin d’être idéales. MSF, présente à Ndu depuis 2017, a renforcé les soins au centre de santé et installé en urgence des systèmes d’approvisionnement d’eau. Après plusieurs jours, d’autres organisations humanitaires sont heureusement arrivées sur place pour venir en aide aux réfugiés.

     Christelle tient dans ses bras sa petite fille Alvina à Ndu, devant l'école où elle vit depuis l'attaque de Bangassou du 3 janvier.

    Malgré les conditions à Ndu, Christelle n’envisage pas de retraverser la rivière et retourner à Bangassou. Comme beaucoup d’autres réfugiés, le contexte sécuritaire volatile lui fait bien trop peur. « Si je dois y retourner, je veux être sûre que nous serons en sécurité avec Alvina. Je ne veux pas que nous ayons à fuir à nouveau. »

    Odette, sage-femme à Ndu: “Amatou est entre de bonnes mains maintenant

    Odette travaille comme sage-femme dans le petit centre de santé de Ndu, en RDC. Faisant face à la ville de Bangassou, de l’autre côté de la rivière Mbomou, le village accueille depuis plusieurs années des réfugiés centrafricains ayant fui les violences au cours des années.

    Amatou, sur le point d'accoucher, est amenée par Odette, une sage-femme travaillant dans le petit centre de santé de Ndu, en RDC, de l'autre côté de la rivière Mbomou. ©Alexis Huguet
    Quand l’offensive a débuté sur Bangassou le 3 janvier 2021, plus de 13 000 personnes ont fui la ville et traversé le fleuve pour trouver refuge dans ce village. Le nombre de consultations au centre de santé a explosé et MSF a dû rapidement accroître son appui pour prendre en charge les femmes et les enfants souffrant de paludisme, d’infections respiratoires, de diarrhées, sans compter les nombreuses femmes enceintes.

    Aujourd’hui, Odette est aux côtés d’Amatou, 25 ans. La jeune femme est sur le point d’accoucher mais souffre d’hémorragie. “On ne peut la prendre en charge ici, on va l’amener de l’autre côté, à Bangassou », explique-t-elle.

    Amatou est alors transportée en civière jusqu’à la rivière où l’attend une pirogue. Elle fera la traversée avec Odette avant d’être toutes deux prises par l’ambulance de MSF jusqu’à l’hôpital universitaire, où nos équipes assurent la prise en charge des cas les plus graves.

    Amatou enceinte, accompagnée par Odette, sage-femme, prises par l’ambulance de MSF jusqu’à l’hôpital universitaire, où nos équipes assurent la prise en charge des cas graves.

    Pour Amatou, la présence de MSF de chaque côté de la rivière a fait la difference aujourd’hui. L’hopital de Bangassou est le seul capable de prendre en charge les complications obstétricales dans le district.

    Amatou est entre de bonnes mains maintenant”, se réjouit Odette après avoir accompagné la future maman jusqu’à la salle d’accouchement et de reprendre le chemin du centre de santé de Ndu.

    Philomène, réfugiée à l’hôpital de Bangassou : « Mes petits enfants ont besoin d’une vie meilleure »

    Quand la coalition des groupes armés à attaqué et pris le contrôle de Bangassou le 3 janvier, plus de 800 personnes – principalement des femmes et des enfants – ont trouvé refuge dans l’enceinte de l’hôpital universitaire de la ville soutenu par MSF depuis 2014.

    Philomène, 50 ans, en faisait partie. 

    « Quand on a entendu les tirs, on était terrifiés. Avec la famille, nous sommes directement allés à l’hôpital car on savait qu’on serait en sécurité là-bas. »

    Depuis plusieurs semaines, Philomène vit ici avec ses enfants et petits enfants dans un petit bâtiment vide. Pour elle, la crise actuelle vient s’ajouter à bien d’autres drames dans sa vie.

    Philomène et ses petits-enfants. ©Alexis Huguet

    « Je suis veuve, et j’ai déjà perdu six de mes huit enfants à cause des maladies et des violences » explique-t-elle. « La plupart de mes petits-enfants ici sont orphelins. Et aujourd’hui, nous devons vivre ici…»

    « Il faut que la sécurité soit là. Il n’y a qu’avec la paix que nous pourrons reprendre nos activités et une vie normale. »
    Philomène, réfugiée à l’hôpital de Bangassou

    Depuis l’arrivée de ces centaines de déplacés au sein de l’hôpital – leur nombre montera même jusque 2000 – les équipes de MSF ont redoublé d’efforts pour assurer l’accès à l’eau et aux soins. Mais les conditions de vie restent précaires.

    A la tête de la famille, Philomène n’est pourtant pas prête à sortir de l’hôpital.

    « Il faut que la sécurité soit là. Il n’y a qu’avec la paix que nous pourrons reprendre nos activités et une vie normale. Mes petits-enfants ont besoin d’une vie meilleure. »

    Beatrice, réfugiée à l’hôpital de Bangassou: “C’est la deuxième fois que je me dois me réfugier ici

    Comme des centaines d’habitants de Bangassou, Béatrice et sa famille se sont précipitées à l’hôpital universitaire de Bangassou lorsque les groupes armés ont attaqué la ville le 3 janvier. « C’était la panique totale. Des milliers de personnes essayaient de traverser la rivière sur des pirogues pour aller au Congo. Beaucoup risquaient de se noyer. Au lieu de traverser, nous avons préféré venir chez MSF », se rappelle-t-elle.

    Beatrice et sa famille se sont précipitées à l'hôpital universitaire de la ville lorsque des groupes armés ont attaqué la ville le 3 janvier. ©Alexis Huguet

    Ce n’est pas la première fois que Béatrice et les siens trouvent refuge dans l’enceinte de l’hôpital.

    « Lors des violences de 2017, nous sommes déjà venus nous réfugier ici. On se sent en sécurité dans l’hôpital, et on sait qu’on pourra être soignés si quelque chose arrive. L’un de mes enfants est tombé malade en arrivant, mais il a vite été soigné. »

    Comme près d’un millier d’autres personnes, principalement des femmes et des enfants, cette mère de 6 enfants vit désormais dans l’enceinte de l’hôpital. Si son mari est parti pour protéger leur maison, Béatrice préfère rester ici avec sa famille.

    Beatrice et sa famille se sont précipitées à l'hôpital universitaire de la ville lorsque des groupes armés ont attaqué la ville le 3 janvier.©Alexis Huguet
    « On a entendu des rumeurs d’une nouvelle attaque. Personne ici ne se sent suffisamment en sécurité pour partir. Je suis surtout inquiète pour mes enfants. A cause de l’insécurité, les prix ont augmenté et trouver de quoi les nourrir est devenu un vrai problème. Ils ne vont plus à l’école non plus…»

    Depuis l’offensive sur Bangassou, les équipes MSF se mobilisent pour assurer les soins, l’accès à l’eau et l’hébergement de ces déplacés, tout en maintenant les activités médicales régulières dans l’hôpital.

    « J’aimerais que la politique se fasse sans armes dans le pays », soupire Béatrice. « Car ce sont toujours les innocents qui souffrent. »

    Ester, refugiée in Ndu: “C’est la seconde fois que je fuis ici

    Ester était sur le point d’accoucher de ses jumelles à Bangassou lorsque l’attaque du 3 janvier a eu lieu.

    Ester (en rose) et sa fille aînée Princia (en jaune) tiennent dans leurs bras les jumeaux Laure et Rhode, avant leur consultation, le 27 janvier 2021.©Alexis Huguet
    Comme près de 13,000 autres habitants de la ville, elle a décidé de fuir en traversant la rivière avec sa fille aînée Princia pour s’installer à Ndu, en République démocratique du Congo.

    « C’est la deuxième fois que je me réfugie ici. La première fois, c’était en 2017 », explique-t-elle en attendant la consultation post-natale pour ses jumelles au centre de santé de Ndu.

    « Je pensais que j’allais accoucher ici, mais j’ai eu des complications et l’équipe m’a transportée à Bangassou car il fallait faire une césarienne. »

    Depuis 2017, MSF est présente dans le centre de santé de Ndu où nos équipes appuient les soins de santé maternels et infantiles. Les patients ayant besoin de soins plus avancés ou souffrant de complications sont transportés et pris en charge par MSF à l’hôpital universitaire de Bangassou.

    Laure, sage-femme au centre de santé de Ndu, en République démocratique du Congo, examine l'un des jumeaux nouvellement nés d'Ester, le 27 janvier 2021.©Alexis Huguet

    « Heureusement, l’accouchement s’est bien déroulé et Ester a pu revenir ici, à Ndu, avec ses filles », explique Laure, sage-femme du centre de santé local.

    Aujourd’hui, Ester et sa fille Princia espèrent que la situation se calmera en RCA, afin de revenir chez elles en toute sécurité avec les jumelles Rhode et… Laure, nommée de la sorte en hommage à la sage-femme qui a accompagné Ester au cours de sa grossesse, et qui continue de le faire aujourd’hui.

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