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Les membres de la communauté attendent patiemment l'occasion de voir un membre du personnel médical de MSF à Yambio. Soudan du Sud, août 2018. © Philippe Carr/MSF

République du Soudan du Sud

Un programme dédié aux anciens enfants soldats

Les membres de la communauté attendent patiemment l'occasion de voir un membre du personnel médical de MSF à Yambio. Soudan du Sud, août 2018. © Philippe Carr/MSF
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Le Soudan du Sud est en proie à une guerre civile dévastatrice depuis 2013, qui a poussé plus de 4 millions de personnes à fuir les affrontements et les massacres, en se déplaçant dans le pays, ou en se réfugiant dans des pays voisins. MSF aide, depuis février 2018, d’anciens enfants soldats sud-soudanais à réintégrer leurs communautés d’origine dans la ville de Yambio (Équatoria-occidental). Silvia Márquez, responsable des activités de santé mentale de ce programme MSF, décrit les difficultés que rencontrent ces enfants une fois qu’ils ont quitté les groupes armés.

    Enlevés sur le chemin de l’école

    Tous nos patients sont originaires de Yambio et de ses alentours. Le plus jeune a 10 ans, et le plus âgé vient d'en avoir 19, mais la majorité a entre 15 et 17 ans. Un tiers de nos patients sont des filles.

    Ils sont très peu à déclarer avoir rejoint volontairement des groupes armés. Si tel est le cas, ils ont pour la plupart rejoint ces groupes alors qu'ils étaient très jeunes et n’ont pas forcément compris les conséquences de ce choix.

    Certains enfants mettent en avant leurs conditions de vie difficiles, mais la majorité d’entre eux racontent avoir été enlevés sur le chemin de l’école, ou alors qu’ils travaillaient dans les champs.

    Parmi ces enfants, plusieurs disent avoir dû porter les armes, et avoir été directement témoins de violence.

    MSF enfants soldats Yambio Soudan du Sud
    Enfant soldat qui a bénéficié de l’aide du programme MSF de Yambio. 2019. Soudan du Sud © Alex McBride/MSF

    Jusqu’ici, 983 enfants ont été démobilisés à Yambio, sur un total de 3 100 dans le pays (Unicef). L’équipe de MSF leur offre une prise en charge médicale, qui prend aussi en compte les cas de violences sexuelles, et leur fournit des soins de santé mentale, afin qu’ils puissent se remettre physiquement et psychologiquement des expériences vécues en tant que soldat.

    MSF a ainsi réalisé 1 430 consultations et 911 sessions de santé mentale sur l’année écoulée.

    La plupart des anciens enfants soldats ont été recueillis par leurs familles, mais d’autres ont eu du mal à retrouver leurs parents, qui ont pu être déplacés par le conflit ou sont décédés depuis. Par ailleurs, compte tenu de leur passé, certains ont été considérés comme des fardeaux et rejetés par leur propre communauté. La grande majorité de ces enfants sont néanmoins aujourd’hui scolarisés et travaillent à côté dans les champs ou aident leur famille. Certains se sont mariés.


    Reprendre une activité normale

    Près de 35 % des patients sont atteints de stress post-traumatique et les cas de dépression sont fréquents chez ces anciens enfants soldats. Les symptômes sont variés : flashbacks récurrents, pensées intrusives ou suicidaires…

    L’équipe de MSF est composée d’une centaine de professionnels qui soutiennent les patients, en traitant notamment les symptômes liés à leurs peurs ou à leurs anxiétés et en renforçant leur capacité d’adaptation et de résilience. Des sessions d’activités psychoéducatives sont également organisées, ainsi que des activités récréatives, comme des matchs de football, ou des ateliers de peinture.

    MSF enfants soldats Yambio Soudan du Sud
    Activités récréatives organisées pour les enfants soldats par le programme MSF de Yambio. 2019. Soudan du Sud © Alex McBride/MSF

    Toutefois, quand leur vie quotidienne devient trop difficile, certains peuvent de nouveau être tentés de rejoindre un groupe armé, car les activités guerrières offrent souvent un meilleur niveau de vie. Il est important dans ces moments-là, de leur assurer un accès à l’éducation pour qu'ils aient une perspective d'avenir meilleure, et qu’ils se sentent intégrés de manière active et durable dans leur communauté.

    Pour ces anciens enfants soldats, un rétablissement est possible malgré les traumatismes vécus. Le processus thérapeutique peut leur permettre de poursuivre une vie normale et de faire des projets : se marier, avoir un enfant, retourner dans leur famille…Près des deux tiers des patients qui ont quitté le programme ont achevé leur traitement avec succès.