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Mères et enfants meurent faute d’accès à des soins médicaux

Des mères et leurs enfants à l'hôpital d'Abs soutenu par MSF. Gouvernorat de Hajjahl. Yémen. Août 2018. © MSF
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Au Yémen, de nombreuses femmes enceintes présentant des complications lors de l'accouchement, ainsi que des parents d'enfants malades ne peuvent pas accéder à temps à des soins médicaux, avec le plus souvent des conséquences mortelles.

    Quatre ans après le début du conflit, les parties belligérantes au Yémen, ainsi que leurs commanditaires internationaux, ont provoqué l’effondrement du système de santé publique du pays, qui ne peut répondre aux besoins des 28 millions d’habitants du Yémen.

    Entre 2016 et 2018, 36 mères et 1 529 enfants sont décédés – 1 018 d’entre eux étaient des nouveaux nés - dans l’hôpital de MSF de Taiz Houban, dans le gouvernorat de Taiz, ainsi qu’à l’hôpital d’Abs soutenu par MSF, dans le gouvernorat de Hajjah. Près d’un tiers des décès survenus à Taiz Houban étaient des enfants et des nouveau-nés décédés à leur arrivée. De nombreux nouveau-nés amenés chez MSF pour des soins avaient un faible poids à la naissance ou étaient nés de façon prématurée, à la maison ou dans de petites cliniques privées. Les causes les plus courantes de décès chez les nouveau-nés étaient la prématurité, l'asphyxie à la naissance et les infections graves (état septique). 

    Le nombre élevé de décès est lié à un certain nombre de facteurs, la plupart étant directement liés à la guerre. Ceux-ci incluent le manque d’établissements de santé fonctionnels au Yémen, les difficultés rencontrées par les populations pour les atteindre et leur incapacité à payer des alternatives. De nombreuses personnes doivent traverser les lignes de front, traverser le no-man’s land ou franchir plusieurs points de contrôle pour se rendre à un hôpital encore en état de fonctionnement.

    Certains enfants et leurs mères admis à l'hôpital de Taiz Houban ont ainsi traversé les lignes de front pour s'y rendre. Cela les expose à un danger physique et augmente les temps de trajet de manière exponentielle. Avant le conflit, les habitants de Houban, à la périphérie de la ville de Taiz, pouvaient se rendre dans un hôpital public du centre-ville en 10 minutes; le trajet peut maintenant prendre près de six heures.

    « Cette distance par rapport aux soins médicaux est un gros problème », déclare Sadeqa, sage-femme MSF à l'hôpital d’Abs. « Les patients ne peuvent voyager à cause des frappes aériennes et des affrontements, et ils ne sortent pas la nuit car ils craignent d'être attaqués. Une fois, une voiture a été touchée par une frappe aérienne, tuant tout le monde à l'intérieur. »

    Cette semaine même, un hôpital soutenu par MSF dans la ville de Taiz a été contraint de suspendre temporairement ses activités médicales en raison de la recrudescence des affrontements dans la ville. La violence a entraîné la fermeture du seul hôpital public restant dans la région, qui fournit des soins de santé maternelle et empêche désormais le personnel humanitaire médical d’avoir accès à l’hôpital. 

    Le personnel médical fait face aux mêmes défis que leurs patients pour atteindre les hôpitaux.

    « La situation en matière de sécurité affecte non seulement les personnes ayant besoin de soins médicaux, mais également le personnel médical qui fournit les soins », explique Jana Brandt, conseillère des opérations MSF. « Le personnel de notre hôpital préfère travailler la nuit pendant 14 heures plutôt que huit heures la journée, afin d’éviter les déplacements de nuit en raison de l’insécurité sur les routes ».

    En plus de craindre l'insécurité du trajet, les gens craignent également que l'hôpital lui-même ne soit attaqué - une caractéristique de la guerre au Yémen jusqu'à présent.

    « L'hôpital d'Abs a déjà été touché auparavant, et toute la région d'Abs a subi de nombreuses frappes aériennes au cours de la guerre », déclare Khattab, responsable de la santé mentale chez MSF. « Les gens ont peur d’être attaqués sur la route ou d’être à nouveau touchés par une frappe une fois à l’hôpital. Beaucoup [de ces patients qui nous parviennent] présentent des symptômes de trouble de stress post-traumatique. »

    Les obstacles empêchant les mères et les enfants d’accéder à l’hôpital sont étayés par la vulnérabilité économique de nombreuses familles. Avant l'escalade du conflit en 2015, la plupart des services médicaux au Yémen étaient fournis par des établissements de santé privés, qui étaient relativement abordables. Aujourd’hui, la capacité des Yéménites à accéder à des soins de santé de toutes sortes a considérablement diminué, le conflit ayant ravagé l’économie et dévalué l’épargne des personnes, laissant la grande majorité dépendante des soins limités de santé publics encore disponibles.

    La situation désespérée des mères et des enfants ayant besoin de soins médicaux ne se limite pas aux gouvernorats de Taiz et de Hajjah, mais se produit dans tout le pays, en particulier dans les régions les plus touchées par la guerre.

    Dans un nouveau rapport, MSF réitère ses appels à toutes les parties belligérantes à assurer la protection des civils et des travailleurs de la santé, pour permettre aux blessés et aux malades d'accéder aux soins de santé, et d'alléger les restrictions imposées aux organisations humanitaires afin qu'elles soient en mesure de répondre aux besoins énormes, dans des temps opportuns. MSF appelle également les organisations internationales d’aide à intensifier leurs interventions humanitaires en augmentant le nombre de personnel expérimenté envoyé dans les zones où les besoins sont les plus criants, en veillant à ce que la supervision et la qualité de l’aide soient fournies à temps.

    Les mères et enfants yéménites meurent faute de soins médicaux

    Ce nouveau rapport MSF intitulé « Complicated delivery – The Yemeni mothers and children dying without medical care », décrit l'impact de la guerre sur les femmes enceintes, les mères et les enfants de moins de 15 ans - qui figurent parmi les personnes les plus négligées et les plus vulnérables du Yémen - comme observé par les équipes médicales de MSF travaillant dans les gouvernorats de Taiz et de Hajjah.

    MSF au Yémen

    MSF a intensifié ses activités au Yémen depuis l’escalade du conflit en 2015.

    MSF gère aujourd'hui 12 hôpitaux et centres de santé dans le pays et apporte son soutien à plus de 20 hôpitaux ou centres de santé dans 11 gouvernorats: Abyan, Aden, Amran, Hajjah, Hodeidah, Ibb, Lahj, Saada, Sanaa, Shabwah et Taiz.

    De mars 2015 à décembre 2018, les équipes de MSF ont effectué 81 102 interventions chirurgicales dans le pays, soigné 119 113 patients souffrant de blessures liées à la guerre et à la violence, mis au monde 68 702 nouveau-nés et soigné plus de 116 687 patients suspectés de choléra. En 2019, MSF comptait 2200 collaborateurs recrutés sur le plan international et local et verse des primes de rendement à 700 agents du ministère de la Santé dans tout le pays.