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République centrafricaine

Le silence aggrave les blessures des violences sexuelles

Photo d'une patiente du projet MSF Tongolo (étoile en langue sango), qui fournit une assistance aux victimes de violences sexuelles. République centrafricaine. Juin 2019. © Mack Alix Mushitsi/MSF
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Olga*, la quarantaine, raconte d’une voix tremblante : « Hier dans l’après-midi, je suis sortie de ma maison pour aller récupérer des tubercules de manioc pas loin de l’aéroport de Bangui. En chemin, deux hommes armés de couteaux et de machettes m’arrêtent et me donnent l’ordre de m’asseoir par terre. À ce moment, l’un d’eux commence à me bander les yeux, tandis que l’autre me déshabille de force. »

    Le commencement d’un témoignage qui pourrait être le même que celui de l'une des milliers d’histoires de survivants de violences sexuelles en République centrafricaine (RCA). En 2018, presque 4 000 survivants ont reçu de l’aide de la part de MSF et depuis le début de l'année 2019, le projet d’assistance en violence sexuelle à l’Hôpital Communautaire de Bangui a déjà reçu plus de 800 cas.

    Dans un pays où quelques unes des langues locales n’ont pas de mot pour designer le viol, parler de la violence sexuelle en RCA est tabou, et le silence prédomine souvent. « À plusieurs reprises, j’ai eu l’intention de me suicider, j’ai honte quand je marche dans la rue. J’ai l’impression que tout le monde me regarde et la nuit je ne parviens pas à dormir », explique Olga à la psychologue MSF qui s’occupe des survivants dans le cadre du projet Tongolo, étoile en langue sango.

    La honte et le silence

    La durée du conflit armé et la présence des groupes armés offre un champ libre pour la commission de violences sexuelles. « Mais dans la plupart des cas, les agressions se font entre voisins ou au sein de la famille, et les problèmes sont résolus à l'amiable, dans la communauté et entre les familles pour éviter l’humiliation, en oubliant que la violence sexuelle est une urgence médicale », rappelle la coordinatrice du projet Tongolo, Beatriz García.

    Pour être au plus proche de la communauté, MSF a ouvert une antenne du projet Tongolo à Bangui, dans le quartier populaire de Bédé-Combattant afin de réduire les barrières d’accès de la population à une prise en charge d’urgence. « On est sûr et certain que cette stratégie de proximité va faciliter l’accès des survivants dans un délai de 72h », explique García. Olga est venue chercher assistance 24 heures après son agression et les médecins lui ont prescrit une prophylaxie post-exposition, qui la protège des infections sexuellement transmissibles et du VIH/sida.

    Depuis 6 ans, je portais un lourd fardeau. Je n’avais jamais dévoilé à personne ce qui m’était arrivé.
    Martine*, veuve de 53 ans et mère de 3 enfants, reçoit des consultations psychologiques hebdomadaires avec MSF à Bangui

    « Je me sens soulagée »

    Martine*, veuve de 53 ans et mère de 3 enfants, sort d’une consultation psychologique au centre de santé de Bédé-combattant. Elle témoigne : « Je me sens soulagée. Depuis 6 ans, je portais un lourd fardeau. Je n’avais jamais dévoilé à personne ce qui m’était arrivé, mais il y a eu une personne qui m’a dit que je ne devais pas avoir peur ou honte. Et je suis finalement venue. Pendant les combats à Bangui en 2013, j’ai fui dans la brousse. C’est là que deux hommes armés m’ont prise de force et m’ont violée. Depuis, j’avais des douleurs intenses au bas ventre, un sentiment d’être souillée et une peur constante des hommes armés », raconte Martine. Elle continue de recevoir une fois par semaine un suivi psychologique offert gratuitement par MSF.

    À Bangui, il y a un manque de service d’assistance aux victimes de violences sexuelles. Au-delà des services médicaux offerts par MSF, les victimes ne trouvent pas d’appui légal ni socio-économique qui puisse les aider à surmonter les conséquences et les défis des agressions. Il est important que ce problème soit rendu public afin d’attirer l’attention des bailleurs de fonds, des autorités, et des organisations humanitaires. Les besoins non couverts restent énormes en matière de prise en charge des survivants(es) des violences sexuelles.

    Grâce à des campagnes de sensibilisation, la population commence à prendre conscience de l’ampleur du phénomène et plusieurs victimes se présentent, comme Martine, dans les services de MSF, même plusieurs années après leur agression. Les femmes ne sont pas les seules victimes, comme le constate Beatriz Garcia : « Il y a également beaucoup d’hommes victimes de violences sexuelles en RCA. Mais ils n’osent pas en parler, car ils subissent une énorme pression dans la communauté et une forte stigmatisation. Ils ne se présentent pas dans nos services. Ils sont très réticents à venir demander de l’aide. »

    *Les noms des patientes ont été modifiés