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Personnes déplacées. Nord-est du Nigéria.

Nigéria

Nord-est du Nigéria : dix années de violence et de déplacement

Personnes déplacées à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, au Nigéria, août 2019. Maiduguri accueille environ un million de personnes déplacées de toute la région. Beaucoup d'entre elles vivent dans des conditions difficiles. © Yuna Cho/MSF
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    Dans le nord-est du Nigéria, des conditions toujours désastreuses et des besoins humanitaires non satisfaits.

    Voilà dix ans qu'une insurrection a débuté dans le nord-est du Nigéria, entre des groupes d'opposition armés et l'armée nigériane. Dix ans plus tard, le conflit est loin d'être terminé. 

    Les gens continuent d'être chassés de chez eux par la violence et de nombreuses familles déplacées vivent soit dans des camps gérés par les autorités, soit se sont installées de manière informelle aux côtés des communautés locales. La majorité des personnes déplacées sont des femmes et des enfants, qui dépendent grandement de l'aide humanitaire pour survivre. On estime que 1,8 million de personnes ont été déplacées dans les États de Borno, Adamawa et Yobe, situés dans le nord-est du pays.

    Depuis 2009, l'insécurité croissante et les déplacements forcés ont continué à perturber la vie des habitants de Borno. Médecins Sans Frontières intervient au cœur de cette crise depuis 2014, mais la réponse humanitaire au sens large a été lente à démarrer. En 2016, alors que les équipes ont constaté des niveaux élevés de malnutrition à Bama et à Borno, MSF a tiré la sonnette d'alarme.

    Les besoins immédiats toujours non satisfaits et l'accès humanitaire limité

    Bien que les budgets de l’assistance humanitaire ait augmenté ces dernières années, il reste beaucoup à faire pour les communautés déplacées. De nombreuses zones de Borno sont encore très peu sûres, ce qui rend l'assistance difficile.

    Les travailleurs humanitaires ne peuvent intervenir que dans les « villes de garnison », des enclaves contrôlées par l'armée nigériane. Sans contrôle militaire, ils est impossible d’accéder à d'autres zones. Mais même dans les villes de garnison, les besoins des populations ne sont pas satisfaits, forçant certaines personnes à quitter la sécurité relative des camps, risquant ainsi leur vie à l'extérieur du périmètre de sécurité pour aller chercher de la nourriture et du bois de chauffage.

    Nous devons tous mendier, y compris mes enfants, et avoir des petits boulots pour survivre. Aucune aide n’arrive. 
    Rabi Musa, 50 ans et mère de 10 enfants, vivant dans un camp improvisé à Maiduguri

    Des centaines de milliers de personnes dépendent de l'aide humanitaire pour leur survie

    Dans les camps informels, les gens sont entassés sur de petites parcelles de terre, avec peu d'infrastructures ou d’assistance humanitaire pour répondre à leurs besoins fondamentaux. De nombreuses familles dorment dans de minuscules huttes faites de bâches en plastique ou de vêtements et de tissus déchirés, des matériaux qui ne résistent pas même à de brefs épisodes de pluies.

    « Depuis notre arrivée dans ce camp il y a huit mois, nous n'avons pu utiliser aucune latrine. Nous avons tous fait nos besoins dehors, généralement en courant vers la brousse voisine », explique Lami Mustapha, 40 ans. Avec ses huit enfants, elle a vécu dans un camp improvisé à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno. Rabi Musa, 50 ans et mère de 10 enfants, a également déclaré à MSF que la vie dans ces camps n'était pas facile. « Nous devons tous mendier, y compris mes enfants, et avoir des petits boulots pour survivre. Aucune aide n’arrive. »

    « Au cours des six dernières années, j'ai dû me déplacer trois fois. Les deux premières fois, j'ai fui des attaques violentes, la troisième fois c’était à cause de conditions de vie difficiles », se souvient Yakura Kolo, 30 ans, vivant avec cinq enfants dans un camp de déplacés.

    Dans le nord-est du Nigéria, les gens sont encore exposés à un niveau élevé de violence et à des expériences traumatisantes au cœur d’un conflit qui est loin d'être terminé.
    Luis Eguiluz, chef de mission de MSF au Nigéria

    Des besoins énormes, y compris à Maiduguri, la capitale de l'État

    À Maiduguri, un afflux de personnes déplacées en provenance de toute la région a fait doubler la population, qui est passée d’un à deux millions de résidents. Bien que la plupart des organismes d'aide et une grande partie de l'assistance humanitaire soient concentrés ici, les besoins sont énormes et les services de santé ne disposent toujours pas de ressources suffisantes.

    MSF gère le plus grand programme d'alimentation thérapeutique de Maiduguri, dans le district de Fori, pour les enfants souffrant de malnutrition sévère et de complications médicales. Jusqu'à 300 enfants sont admis chaque mois.

    En mai et juin 2019, MSF a constaté une augmentation du nombre de patients souffrant de malnutrition, les gens n'ayant pas assez de nourriture pour survivre entre deux récoltes, pendant la période de soudure. Malheureusement, MSF n'a pas pu accueillir tout le monde, le centre d'alimentation ayant atteint sa capacité maximale.

    Dans le district de Gwange, MSF gère un hôpital pédiatrique pour les habitants de Maiduguri et les personnes déplacées, disposant d’une unité de soins intensifs qui peut également répondre aux épidémies de maladies infectieuses. En 2019, plus de 3 000 enfants atteints de rougeole ont été admis et traités à l'hôpital de Gwange.

    Plus de 750 personnes arrivent chaque mois dans des camps situés à l'extérieur de Maiduguri

    En dehors de Maiduguri, MSF fournit des soins médicaux vitaux dans les villes de Pulka, Gwoza et Ngala, notamment des soins de santé primaire et secondaire, des traitements contre la malnutrition, des services de maternité et un soutien en santé mentale.

    « Étant le seul établissement de santé secondaire de toute la région, nous nous efforçons d’absorber l'augmentation du nombre de patients et la détérioration de leur santé, due en grande partie à des facteurs saisonniers et à de mauvaises conditions de vie », explique Ewenn Chenard, coordinateur de projet MSF à Ngala.

    « Dans les camps, 750 personnes arrivent en moyenne chaque mois. Plus de 60 000 personnes déplacées vivent aujourd'hui sur moins d'un kilomètre carré de terre, la plupart d'entre elles dans des abris de fortune mal construits et facilement endommagés par les bourrasques de vents et les fortes précipitations. »

    Le paludisme et les maladies d'origine hydrique vont s'aggraver avec l'arrivée de la saison des pluies

    Avec l'arrivée de la saison des pluies, la santé des personnes déplacées devrait encore empirer. Il est probable qu'il y aura une augmentation des cas de paludisme et les personnes qui n'ont pas reçu de traitement préventif sont particulièrement vulnérables.

    MSF a commencé à traiter les patients atteints de cette maladie dans ses cliniques de Maiduguri, où le nombre de lits est passé de 80 à 210. En outre, une campagne de chimio-prévention contre le paludisme saisonnier est en cours à Banki, Bama, Rann, Ngala et Pulka, afin de fournir des doses élevées de médicaments antipaludiques aux enfants âgés de trois à 59 mois.

    De l'autre côté de Borno, les inondations pendant la saison des pluies ont entraîné une détérioration des installations sanitaires. Le manque d'eau potable aggrave encore la vulnérabilité des populations aux maladies d'origine hydrique tel que le choléra, en particulier des enfants. MSF a mis en place des centres de traitement du choléra, avec 100 lits à Maiduguri et 60 lits à Ngala, pour répondre rapidement à l'épidémie potentielle.

    « Dans le nord-est du Nigéria, les gens sont encore exposés à un niveau élevé de violence et à des expériences traumatisantes au cœur d’un conflit qui est loin d'être terminé », explique Luis Eguiluz, chef de mission de MSF au Nigeria. « Dans les camps de personnes déplacées, où les besoins humanitaires immédiats ne sont pas suffisamment pris en compte, leur souffrance et leur vulnérabilité sont davantage aggravées. »

    Les activités de MSF dans le nord-est du Nigéria

    MSF travaille au Nigéria depuis 1996 et est présente en permanence dans le nord-est du pays depuis 2014. Les équipes de MSF fournissent actuellement des soins médicaux à Gwoza, Maiduguri, Ngala et Pulka dans l'État de Borno, tandis que les équipes d'urgence répondent aux épidémies et aux autres besoins humanitaires urgents.