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RD Congo

«Peut-être que, cette fois-ci, la forêt a choisi de nous mener à l’épidémie ?»

Témoignages 
Guido Benedetti - Operational Research Mobile Implementation Officer

    Guido Benedetti, Operational Research Mobile Implementation Officer pour LuxOR, est allé en République démocratique du Congo (RDC), afin de soutenir le Pool d’Urgence MSF dans la réponse à la récente épidémie d’Ebola. Pour mieux comprendre l'origine du virus et comment il se propage, il s'est rendu dans certaines des communautés les plus enfouies de la forêt équatoriale.

    Comment expliquerais-tu le contexte de cette dernière épidémie d'Ebola en RDC ?

    La 8ème épidémie d'Ebola s’est déroulée dans le nord de la RDC. À cet endroit, le paysage est recouvert d'une épaisse forêt équatoriale, il n'y a aucun moyen de communication, ni électricité et les villages sont connectés par de nombreux chemins boueux. Avec une équipe MSF de congolais et d’expatriés, nous avons pris l’avion de Kinshasa jusqu’au nord du pays. Il a fallu ensuite près de deux jours, en voiture d'abord, puis en moto, pour atteindre l'épicentre supposé de cette épidémie : Likati.

    Je me souviens m’être questionné: qu'est-ce qui a mené MSF à l’épidémie cette fois-ci? Comment les informations s’échappent-elles de la forêt pour arriver jusqu’à nous? Était-ce le hasard? Y-a-t-il en ce moment, quelque part dans ce labyrinthe, une autre épidémie? En fait, je pense que nous ne le saurons jamais.

    Quelle est l'origine de cette épidémie et quelles ont été les mesures prises par MSF?

    Le premier cas s’est produit au mois de mars. De la viande, que l’on suppose avoir été contaminée par le virus, a été mangée par un homme qui était parti chasser dans la forêt. La précédente épidémie d'Ebola en RDC avait commencé de la même façon.

    Lors d'une épidémie, la priorité est de prendre soin des malades. Avec Ebola, une maladie infectieuse qui se transmet par simple contact, l'isolation et le traçage des patients sont deux choses importantes. Une partie de ma mission en RDC consistait à établir des mesures permettant de rechercher activement les personnes potentiellement contaminées.

    Lors d'une épidémie, la priorité est de prendre soin des malades.

    Ebola peut être l'histoire de parents tombant malades après avoir pris soin de leur enfant. Ce peut être l'histoire d'un praticien traditionnel qui utilise de vieux remèdes pour traiter un patient, et qui finit par tomber malade. Ce peut aussi être l'histoire d'un conducteur de moto transportant une personne malade au centre de santé le plus proche ou encore celle d’une femme qui lave les vêtements d'une personne décédée lors de ses funérailles. Derrière la transmission d’Ebola se cachent souvent des histoires aussi simples que celles-ci.

    Heureusement, il s’agissait d’une petite épidémie. Huit cas ont été officiellement recensés. L'épidémie a été détectée à temps grâce à l'alerte rapide donnée par les communautés, et aucun autre cas n'a été enregistré après notre arrivée. Le petit nombre de cas a permis aux mesures d'être appliquées et respectées, et nous a permis d'enquêter en discutant avec la population afin d'en savoir plus.

    Quel était ton rôle sur place?

    C’était la deuxième fois que je partais en réponse à une crise Ebola en tant qu'épidémiologiste. Toujours en RDC. L'épidémiologie est l'étude de la santé et des maladies de la population. Au cours d'une épidémie d'Ebola, il y a beaucoup à étudier: comment l'épidémie est transmise d'un cas à l'autre? Qui sont les personnes les plus à risque? Où sont les cas que nous n'avons pas encore pu identifier et traiter? Avons-nous laissé un malade de côté ?

    Fondamentalement, mon travail consistait à étudier la transmission du virus et les liens entre les cas, en aidant à mettre en place un système de surveillance pour la recherche de nouveaux cas dans la communauté et à suivre ceux qui étaient en contact avec des personnes déjà malades.

    Fondamentalement, mon travail consistait à étudier la transmission du virus et les liens entre les cas, en aidant à mettre en place un système de surveillance pour la recherche de nouveaux cas dans les communautés et à suivre ceux qui étaient en contact avec des personnes déjà malades. Nous avons discuté avec la population, leur avons demandé s'ils avaient entendu parler d'histoires concernant Ebola dans leur communauté, et s'ils avaient remarqué un comportement étrange chez les animaux susceptibles de transmettre le virus.

    As-tu fait des rencontres marquantes lors de tes déplacements ?

    La RDC est un pays où la médecine traditionnelle est présente au quotidien. Les médecins traditionnels peuvent donc avoir un rôle important dans la communauté.

    Nous savions que l'un des premiers cas de cette épidémie était passé par la maison d'un médecin traditionnel au mois de mars. À la fin mai, il m'a longtemps parlé de la façon dont il diagnostiquait la santé de plus en plus faible des patients, et, inccapable de les traiter, comment il les référait vers des centres de santé. Avant que je parte, dans un élan de générosité, il m'a offert une tortue.

    * Image principale : «Heureusement cette épidémie est restée sous contrôle». © Guido Benedetti