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rougeole, RDC, MSF

RD Congo

Lutter contre une épidémie dans un contexte de pandémie

Premier jour de la campagne de vaccination à Gemena, capitale de la province du Sud-Ubangi, en RDC. Mai 2020. © MSF/Vera Schmitz
Témoignages 
L'infirmière pédiatrique Vera Schmitz appartenait à une équipe MSF chargée de la vaccination de milliers d'enfants contre une épidémie mortelle de rougeole en République démocratique du Congo dans le contexte d'une menace nouvelle, le Covid-19.

    « Les maladies contagieuses n'ont rien de nouveau en République démocratique du Congo.

    Ebola. La rougeole. Le choléra. Dans un cycle sans fin, de nombreuses personnes tombent malades et perdent parfois la vie. Cette situation n'est pas inédite, ni pour le Congo, ni pour le personnel de MSF, qui œuvre dans le pays depuis des décennies.

    L'épidémie de rougeole

    Elle n'est pas nouvelle pour moi non plus. Je suis arrivée en RDC début novembre. Je venais au départ dans le contexte d'Ebola, mais depuis fin janvier, je combats l'épidémie de rougeole qui sévit. Notre équipe a vacciné plus de 82 000 enfants au cours de trois campagnes de vaccination.

    Vous pensez peut-être entendre sans cesse le même refrain. Mais est-ce réellement le cas ? Pas tout à fait. Bien sûr, chaque intervention est unique. De province en province, de lieu en lieu, les personnes varient, les circonstances aussi. Le contexte urbain ou rural fait également une grande différence.

    Cependant, la plus grande différence, ou du moins la plus notable aujourd'hui, est le contexte actuel de pandémie de Covid-19.

    « Le monde retient son souffle »

    Il n'y a pas (encore) de cas confirmés dans les deux provinces où nous travaillons. Mais la peur des gens est palpable, et elle est partout. Après notre arrivée dans la province du Sud Ubangi au nord-ouest du pays, la première réaction de la population a été la peur du Covid-19.

    Cela signifiait-il qu'il y avait des cas positifs dans leur ville ? Beaucoup d'entre eux pensaient que c'était le motif le plus probable de l'arrivée de MSF. Il y a beaucoup de doutes, beaucoup d'incertitudes. Et il est essentiel et important de les prendre au sérieux.

    Fermement sous l'emprise du coronavirus, le monde retient son souffle. Il retient son souffle et essaie de contrer le virus par tous les moyens possibles. C'est important et bénéfique, en particulier tant qu'il n'existe pas de traitement curatif ni de vaccin fiable (qui devrait être disponible dans le monde entier et accessible à tous).

    Éviter la catastrophe

    Mais il ne faut pas pour autant oublier que les autres crises ne disparaissent pas simplement en cas de pandémie. La rougeole au Congo est une épidémie au cœur d'une pandémie. L'ignorer serait fatal.

    Retenez votre souffle, prenez un temps de réflexion, identifiez de nouvelles priorités - oui ! Mais retenir son souffle éternellement serait un désastre. Si tout s'immobilise, la situation finira par s'écrouler sur nous, car le manque d'oxygène nous laisse à bout de souffle.

    La rougeole au Congo est une épidémie au cœur d'une pandémie. L'ignorer serait fatal.
    Vera Schmitz, infirmière pédiatrique pour MSF en RDC

    Si nous négligeons la rougeole aujourd'hui, les patients risquent de présenter demain de dangereuses co-infections de rougeole et de Covid-19. Cette charge supplémentaire s’abattra sur le système de santé et les infrastructures du pays, déjà affaiblis.

    Et au milieu de toutes ces questions justifiées, nous devons penser à nous interroger : est-ce vraiment le bon moment de mener une campagne de vaccination de masse contre la rougeole ?

    La réponse reste « oui ».

    Ici dans le Sud Ubangi, le Covid-19 reste pour l'heure une menace. La rougeole, elle, est bien présente. Des enfants meurent et la vraie tragédie est que ces morts sont évitables. Il existe un vaccin. Nous devons par conséquent faire tout notre possible pour mettre fin à l'épidémie actuelle, pour protéger le plus d'enfants possible aujourd'hui et demain contre cette maladie mortelle.

    Prendre des précautions

    Mais il est important de nous rappeler que nous avons également l'obligation de ne pas exposer les gens à un risque que nous pouvons éviter. C'est pourquoi nous nous sommes adaptés à la situation. La notion de distanciation sociale au milieu d'une campagne de vaccination peut paraître paradoxale, mais elle n'est pas impossible.

    Les files d'attente sont séparées, très étroites et très longues, évitant ainsi toute foule. Les familles sont priées de se tenir à distance, et oui, cela fonctionne ! Un grand poste de lavage des mains obligatoire a été mis en place pour tous les parents et les enfants juste avant d'entrer.

    Les lieux où nous vaccinons (généralement une église, une école ou un refuge) sont souvent particulièrement spacieux et offrent suffisamment d'espace. Cela nous permet d'observer la distance nécessaire entre les activités individuelles, telles que l'inscription, la vaccination et le recueil de données ; un circuit qui fonctionne à sens unique.

    L'augmentation des effectifs nous permet de mieux maîtriser et de donner des consignes aux personnes présentes. En outre, le personnel en contact direct avec les enfants à vacciner porte un équipement de protection approprié.

    Mobilisation communautaire

    Mettre en place une communication et une sensibilisation accrue au sein de la communauté est cependant presque plus prioritaire. Tout le monde connaît la rougeole, mais le Covid-19 est une nouvelle maladie et les questions, les doutes et le manque de connaissances sur le nouveau virus sont présents.

    De fausses rumeurs dans les médias ont conduit à une méfiance générale à l'égard des vaccins. Ainsi, de nombreuses actions de sensibilisation délicates sont nécessaires.

    Nous sommes en étroite collaboration avec différentes personnes influentes dans les différentes communautés et diffusons des messages favorables à la vaccination sur des émissions de radio. Pendant la campagne de vaccination elle-même, une partie de l'équipe fait du porte à porte pour répondre aux questions et clarifier les doutes.

    La nouvelle normalité

    J'espère sincèrement que la pandémie dans cette région restera limitée, au moins pendant un certain temps. Et j'espère que le monde recommencera à reprendre son souffle.

    L'air aura une odeur et un goût différents et nous devrons tous nous habituer à une nouvelle normalité, qui ne ressemblera pas à celle que nous connaissions auparavant. Mais nous ne pouvons pas tous nous permettre de retenir notre souffle trop longtemps et d’oublier ainsi les autres crises. Nous devrons trouver de nouvelles façons de les gérer.

    C'est aussi une opportunité. Une opportunité d'apprendre de nouvelles choses, de se souvenir de ce qui est important à nos yeux et de prendre soin les uns des autres. Parce qu'en ce moment, nous avons tous besoin de solidarité. »