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Irak

« La situation sécuritaire demeure très fragile »

Témoignages 
Enzo Cicchirillo - Coordinateur terrain
Enzo Cicchirillo, Coordinateur terrain en Irak, nous fait part de son expérience de la gestion d’un hôpital MSF dans la ville de Mossoul.

    Quelle est la situation actuelle à Mossoul, en Irak ?

    Depuis que Mossoul-Ouest a été reprise des mains du groupe État islamique (EI) l’année dernière, ses habitants ont commencé à regagner la ville. Mais les maisons, les infrastructures et les services ont été presque entièrement détruits. La plupart des hôpitaux et des cliniques ont été bombardés et la ville souffre d’une importante pénurie de services, d’équipement, de personnel médical et de médicaments.

    La situation sécuritaire demeure très fragile. Des violences sont commises quotidiennement dans la ville et aux alentours. Les habitants qui rentrent chez eux s’exposent également aux risques que présentent les engins explosifs improvisés, mines et munitions non explosées.

    Quels sont les besoins de la population et que fait MSF pour y répondre ?

    L’hôpital MSF de Mossoul-Ouest est l’un des deux seuls hôpitaux fonctionnels dans cette partie de la ville et il est exploité 24 h/24 afin de répondre à la demande. Lors de la reprise de Mossoul, la première phase de notre intervention était axée sur les blessés de guerre.

    Aujourd’hui, dans le Mossoul d’après-conflit, notre intervention s’est transformée en un service plus classique pour la communauté. Nous avons converti un ancien centre médical en un hôpital qui compte une maternité, un service de pédiatrie et de soins aux nouveau-nés, une salle d’opération et un service d’urgences.

    Chaque mois, nous avons accompagné 400 accouchements, effectué 120 opérations chirurgicales et admis plus de 2 000 patients dans notre service d’urgences.

    Malheureusement, l’hiver aggrave les conditions de vie déjà précaires. De nombreux enfants et adultes n’ont ni eau potable ni électricité, et, avec des températures avoisinant 0 °C, de plus en plus d’enfants sont admis à l’hôpital MSF pour cause d’infection respiratoire. Ces conditions de vie difficiles entraînent également des affections cutanées, de la diarrhée et des cas de septicémie néonatale (infection bactérienne qui touche les nouveau-nés).

    MSF joue un rôle important : celui de fournir gratuitement des services de santé de qualité aux populations les plus vulnérables.

    En cette période de reconstruction de Mossoul, tandis que les structures de santé sont lentement relancées, mais souffrent toujours d’une pénurie de ressources essentielles, MSF joue un rôle important : celui de fournir gratuitement des services de santé de qualité aux populations les plus vulnérables.

    Quel est ton rôle sur place et quelles sont les difficultés que tu rencontres au quotidien ?

    Je suis le Coordinateur de projet. Les deux aspects principaux de mon rôle sont la gestion de l’hôpital et la gestion de la sécurité pour les employés expatriés et nationaux. Les difficultés que je rencontre au quotidien dans le cadre de cette mission sont liées au nombre élevé d’employés à gérer, à savoir 290, dont presque tout le personnel médical nous est attribué par le ministère de la Santé. Nous en sommes très reconnaissants, mais cela signifie que ces employés doivent être formés aux protocoles MSF et à nos exigences en matière de qualité des soins aux patients.

    Un autre défi consiste à trouver des établissements de soins de santé vers lesquels nous pouvons transférer les patients que nous ne sommes pas en mesure de traiter. Les structures de santé qui sont rouvertes sont saturées et manquent de ressources. Et enfin, il y a la gestion de la sécurité, puisque des incidents ont lieu plusieurs fois par jour et que nous devons mesurer instantanément leur impact sur nous et notre activité et réagir de manière adéquate, sans nous mettre indûment en danger et sans suspendre nos activités médicales de manière inconsidérée, avec toutes les conséquences que cela entraînerait pour nos patients.

    L’exemple le plus courant est la fermeture de certains quartiers de Mossoul-Ouest, parfois juste à côté de notre hôpital, en raison d’opérations militaires. Quand cela se produit, je dois réfléchir à ce que nous allons faire : quitter l’hôpital pour éviter de mettre nos équipes médicales en danger ou le garder ouvert parce que nos patients ont besoin de nous ? Je dois envisager différentes solutions : par exemple, travailler avec une équipe réduite ou limiter le temps que nous passons à l’hôpital.

    Nous faisons face à un dilemme similaire quand nous devons envoyer l’une de nos quatre ambulances dans un quartier considéré comme une zone interdite pour des raisons de sécurité. Souvent, nous avons un enfant qui doit être transféré vers un autre hôpital pour être opéré d’urgence. Là encore, je dois peser le pour et le contre. Si nous envoyons l’ambulance, nous mettons en danger la vie du conducteur et de l’infirmière. Mais si nous ne le faisons pas, l’enfant risque de mourir. La gestion de ce type de situation fait partie de mes tâches quotidiennes.

    Quelle est l’athmosphère sur le terrain pendant les fêtes de fin d’année ? Dans quel état d’esprit les employés MSF (nationaux et expatriés) se trouvent-ils pendant cette période ?

    Les fêtes de fin d’année sont toujours une période un peu particulière. C’est un moment que l’on aimerait passer chez soi, en famille ou entre amis. Cela fait plusieurs années que je passe les fêtes sur le terrain. Dans le cadre du projet Mossoul, nous l'avons célébré de façon très simple ; d’une part, parce que l’activité est intense et que les équipes sont fatiguées et d’autre part, parce que nous nous trouvons dans un pays durement touché.

    As-tu vécu un moment dont tu te souviens particulièrement ?

    Il y a de nombreux moments qui m’ont touché sur le terrain.

    La plupart des gens savent que nous fournissons gratuitement des soins de grande qualité et certains viennent parfois de très loin pour se rendre à l’hôpital MSF. C’était le cas de Khawla, 20 ans. Elle s’est rendue à l’hôpital MSF pour donner naissance à son deuxième bébé, Noor. Elle a eu une césarienne le 14 janvier à 4 h du matin. Elle voulait accoucher à l’hôpital MSF «parce qu’il offre des services médicaux de meilleure qualité et en raison de la bonne réputation de MSF». Mais parfois, nous ne sommes pas en mesure de faire face à l’afflux de patients. Cela me fend toujours le cœur quand nous devons transférer de jeunes enfants vers d’autres sites de soins qui n’ont souvent pas tous les médicaments, l’oxygène ou l’équipement nécessaires.

    Photo principale : une patiente arrive à l'hôpital post-opératoire de MSF, au sud de Mossoul, en avril 2017. © Diego Ibarra Sánchez/MEMO