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MSF Iran Floods

Iran

Les crues ont provoqué d'importants dommages, emportant les maisons, les routes et les ponts

Inondations dans la province du Golestan. Iran. Avril 2019. © Olivier Aubry/MSF
Témoignages 
Des pluies torrentielles ont commencé à tomber le 19 mars dans la province du Golestan limitrophe du Turkménistan, dans le nord-est de l'Iran, et une semaine plus tard, les provinces du Lorestan et du Khouzestan, dans le sud-ouest, ont été inondées. Maisons, récoltes, infrastructures, villes et villages ont été envahis par les eaux. Des équipes de MSF se sont rendues dans ces provinces début avril pour y évaluer les besoins humanitaires, prévoient de distribuer des biens de première nécessité dans la province du Golestan, et de commencer à dispenser des soins de santé primaire dans la province du Lorestan. Elham Miraghazadeh, adjointe du chef de mission MSF, livre le récit de cette exploration.

    Le 7 avril, une équipe MSF s’est rendue dans la province du Golestan pour voir les trois villes les plus touchées : Gonbad-e Kavous, Aq Qala et Gomishan.

    Les routes sur lesquelles nous avons circulé étaient envahies par les eaux, il était donc difficile de discerner les routes, les rivières et les champs. Les inondations avaient détruit les habitations, le bétail et les champs ainsi que les routes et d’autres infrastructures. 

    Le premier endroit que nous avons visité était le quartier d’Afghan Abad, à Gonbad, où vivent de nombreux turkmènes afghans. Des maisons situées près de la rivière ont été emportées par les flots tandis que d’autres sont totalement ou partiellement recouvertes par les eaux. Plus de 400 familles ont perdu la quasi-totalité de leurs biens. Elles ont été évacuées et installées sous des tentes ou dans des camps de déplacés déjà existants. Malgré quelques distributions de biens de première nécessité, les gens ont vraiment besoin d’une aide pour faire face à leurs besoins.

    Quand nous sommes arrivés près des deux autres villes d’Aq Qala et de Gomishan, le niveau de l’eau était si élevé que les voitures ne pouvaient plus avancer et nous avons dû rebrousser chemin. Depuis, une deuxième équipe MSF a réussi à rejoindre ces villes où elle a vu que les eaux avaient reflué et que les gens retournaient dans leur maison.

    Une autre équipe MSF s’est rendue dans la province du Lorestan, dans l’ouest de l’Iran, une région montagneuse parsemée de villages isolés. Le long des 120 km de la rivière, les crues ont provoqué de gros dommages, emportant les maisons, les routes et les ponts. Des gens ont perdu leur maison, leurs outils de travail et leurs terres. 

    La ville de Pol-e Dokhtar a été particulièrement touchée, ses maisons sont encore obstruées par la boue. Les gens sont regroupés dans des petits campements de tentes. Quand nous sommes arrivés là, des gens qui vivaient dans un camp de fortune nous ont décrit les dégâts : « Allez voir le centre-ville, nous ont-ils dit, on dirait qu’une bombe atomique y est tombée ». De fait, le centre était complètement dévasté, tous les magasins avaient subi de gros dégâts et cela ressemblait à une ville morte.

    Comme beaucoup de ponts ont été détruits, de nombreux villages dans la région de Pol-e-Dokhtar sont coupés de la route principale. Le seul moyen d’y accéder et d’y apporter de l’aide est le bateau ou l’hélicoptère.

    Nous avons pu aller jusque dans un village coupé de la route grâce à un bateau qui traversait la rivière et faisait la navette pour y acheminer de l’approvisionnement et permettre aux gens d’aller d’une rive à l’autre. Les habitants nous ont accueillis chaleureusement. Nous avons visité le centre de santé qu’ils avaient commencé à nettoyer, mais tout le matériel était endommagé. Des consultations médicales de base étaient données sous une tente dans le camp établi provisoirement où les gens étaient installés. Un avis épinglé sur un tableau mettait en garde la population contre le risque de morsures de serpent et de scorpion, un risque plus grand quand on vit sous une tente. Les gens ne pouvaient pas retourner dans leur maison parce qu’elles étaient envahies par de la boue et de l’eau, souvent sur deux-tiers de leur hauteur.

    La province du Khouzestan, dans le sud-ouest, est très différente sur le plan géographique. Le relief est plat, et non montagneux. À Ahwaz, la plus grande ville de la province, l’étendue des dégâts n’était pas flagrante. Mais quand nous sommes arrivés dans les villes de Dehlaviyeh, Susangerd, Shoush et Elhaieh, nous pouvions voir à quel point la province était sinistrée.

    Les rivières de Karkheh et Dez étaient sorties de leur lit, et certains villages étaient recouverts en tout ou en partie par les eaux. Dans des villages, il n’y avait plus âme qui vive, dans d’autres quelques hommes jeunes ou quelques familles étaient restés pour s’occuper de ce qu’il y avait et protéger les rares biens qu’ils avaient pu sauver. Ils peuvent être approvisionnés uniquement par bateau ou par hélicoptère.

    Par endroits, les gens sont allés sur des terrains surélevés quand les eaux sont montées et ils vivent maintenant sous des arbres, par des températures qui vont bientôt approcher les 50 ou 55 degrés Celsius.

    Dans un village, nous avons rencontré une famille qui était encore chez elle, elle vivait sous une tente qu’elle avait installée sur le toit de sa maison. Elle avait commencé à nettoyer la maison, mais cela n’était pas encore possible d’y habiter. 

    Malgré le peu d’eau potable disponible, les gens n’oublient pas leur hospitalité et nous avons partagé un thé avec eux alors qu’ils faisaient état de leurs problèmes : la sécheresse l’an dernier et les inondations cette année.

    Dans toutes les provinces que nous avons visitées, les gens se plaignaient beaucoup de devoir rester si longtemps sans pouvoir prendre une douche. L’eau du robinet est coupée. Les températures grimpent et les gens ont du mal à supporter la chaleur et les insectes. Le ramadan commence très bientôt. Des repas sont distribués, mais les gens préfèrent recevoir des produits alimentaires de base et des ustensiles de cuisine pour se préparer à manger.

    Les structures de soins que nous avons vues étaient souvent très rudimentaires. Plusieurs centres de santé dans des villages et le matériel médical ne sont plus utilisables, les médicaments ont été balayés par les eaux et l’équipement de chaîne du froid est hors d’usage.

    Les récoltes étaient attendues deux semaines plus tard, mais les cultures, les champs et le matériel agricole sont perdus. Les gens ont tout perdu : leur maison, leurs biens, leur travail, les services publics et malheureusement aussi tout espoir.