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Nigéria

Nord-est du Nigéria - Grandir dans la guerre

À Fori, dans le sud de la capitale de l'État, Maiduguri, MSF gère un centre d'alimentation thérapeutique, avec plus de 70 lits, pour les enfants souffrant de malnutrition sévère et de complications médicales. Jusqu'à 300 enfants sont admis chaque mois. De janvier à juin 2019, MSF a fourni un traitement nutritionnel hospitalier à 1 161 enfants, un traitement nutritionnel ambulatoire à 1 216 enfants et traité 1 436 patients atteints de paludisme et 555 de rougeole. © Yuna Cho/MSF
Témoignages 

    L’urgence d’une protection pour les enfants dans les camps de déplacés

    Dans la campagne du nord-est du Nigéria, les « villes de garnison » sont des zones urbaines, parfois des enclaves entières, gérées par l'armée. Des camps de déplacés y sont souvent installés. À Gwoza et Pulka dans l'État de Borno, MSF fournit des soins de santé complets depuis décembre 2016, auprès de personnes ayant fui le conflit et la violence qui ont cours depuis une décennie.

    Severine Courtiol Eguiluz, responsable du plaidoyer de MSF au Nigéria, témoigne des besoins urgents et des défis à relever pour pouvoir offrir une protection aux personnes déplacées, en particulier les enfants qui ont vécu la majeure partie de leur vie dans ce contexte de conflit armé.

    « Tout comme l'eau, les abris, la nourriture et les soins de santé, l’accès à une certaine stabilité et à une protection sont des éléments fondamentaux pour ces personnes.

    Lorsqu'ils arrivent dans le camp, ils ont déjà surmonté de nombreuses épreuves, ils ont été témoins de la souffrance et parfois la mort de leurs proches, ont été victimes de l'attaque et de l'incendie de maisons, mais aussi parfois de violences sexuelles.

    Pour ceux qui sont particulièrement vulnérables, comme les mères célibataires ou les enfants non accompagnés, une protection immédiate est nécessaire dès leur arrivée afin d'éviter de les exposer à d'autres risques de violence.

    Chaque enfant, quel que soit son pays ou sa situation, doit être protégé et recevoir des soins et de l’amour. Sa dignité doit être respectée. 
    Severine Courtiol Eguiluz, responsable du plaidoyer de MSF au Nigéria

    Pour les enfants, grandir au milieu d'un conflit a un impact.

    Ils n'ont pas accès à l'enseignement, à la nourriture, aux soins de santé ou à la vaccination. Ils risquent également de perdre leurs parents, et pour les jeunes filles de devoir se marier de force et d’être contraintes d’accoucher sans assistance.

    Dans un camp de Pulka, j'ai rencontré deux filles originaires du même village, l’une âgée de 15 ans, enceinte, et l’autre de 16 ans, mère d’un bébé de 6 mois.

    Arrivées ensemble et sans famille, elles ont été forcées d'épouser des membres d’un groupe armé. L'une d'elle n'avait pas de chaussures et leurs seuls biens étaient les vêtements qu'elles portaient. Elles avaient l'air perdu et n'avaient aucune idée comment survivre seules dans une telle situation.

    Forcées de se marier vers l'âge de 12 ans, voire moins, elles avaient évidemment été maltraitées à de nombreuses reprises.

    Nous les avons rencontrés dans un camp de transit, leur avons donné de la nourriture et proposé une prise en charge médicale. Elles se trouvaient alors au milieu du camp surpeuplé, avec 12 000 autres personnes, pour la plupart des femmes et des enfants.

    Pour les enfants ayant perdu leur famille, une famille d'accueil peut être une option. Nous les avons orientées vers une autre organisation offrant une protection, mais il était difficile de leur trouver des familles d'accueil en raison de la grossesse de l’une et du bébé de l’autre. Heureusement, elles ont fini par trouver des gens du même village et chacune a pu être acceptée dans une famille.

    Protéger au mieux les enfants

    Cette année, de janvier à juin, MSF a identifié 320 enfants non accompagnés parmi les personnes nouvellement arrivées, en provenance de zones contrôlées par des groupes d'opposition armés ou d'autres camps, et qui ont besoin d'un suivi, ainsi que d’une protection réelle. L'identification est essentielle pour protéger au mieux les enfants - s'ils n'ont pas été identifiés à leur arrivée, ils peuvent être exclus de tout soutien nécessaire et seront exposés à toutes sortes de risques liés à leur vulnérabilité, notamment l'absence d'accès aux soins de santé, nourriture ou objets qui leur sont volés, mais aussi leur potentielle exploitation ou le risque de violences sexuelles.

    Lors des examens médicaux et l’analyse des besoins de protection réalisés par MSF à l'arrivée, nous leur expliquons et véhiculons le message que nous sommes à l’écoute de toutes leurs préoccupations et qu'ils peuvent venir voir MSF à tout moment. Nous nous adressons également aux personnes qui vivent déjà dans les camps ou dans les communautés et nous détaillons les activités disponibles.

    Dans nos hôpitaux de Gwoza et Pulka, nous recevons des enfants qui ne viennent pas nécessairement pour des raisons médicales, mais plutôt pour se protéger.
    Severine Courtiol Eguiluz, responsable du plaidoyer de MSF au Nigéria

    Dans nos hôpitaux de Gwoza et Pulka, nous recevons des enfants qui ne viennent pas nécessairement pour des raisons médicales, mais plutôt pour se protéger. Autant que possible, nous les gardons parfois à l'hôpital jusqu'à ce que nous ayons compris leurs problèmes, car il n'y a pas de structures temporaires où ils peuvent se mettre à l’abri. Nous avons vu des adolescents et des adolescentes adopter des mécanismes de défense nocifs : ils acceptent des emplois dangereux, consomment de drogues ou sont exploités sexuellement, ce qui affecte leur santé aussi bien que leur dignité.

    Certains enfants doivent s'occuper de leurs frères et sœurs plus jeunes, ce qui signifie que trop de responsabilités reposent sur eux.

    Offrir cette protection est encore plus difficile à cause de la situation dans le camp de transit. Les gens sont trop nombreux dans des abris communs, privés d’espace d’intimité. Certains sont obligés de dormir dehors ce qui les expose à des risques supplémentaires. Les résidents du camp dépendent en très grande partie de l'aide humanitaire et il n'y a pas assez d'eau, de nourriture ou de bois de chauffage pour répondre à leurs besoins. En conséquence, ils prennent des risques pour se déplacer à l'extérieur du périmètre du camp où leur sécurité n'est pas garantie.

    Les autorités civiles sont largement absentes du camp et il n'y a donc pratiquement aucun service social. De surcroît, les organisations de protection sont encore peu présentes, en partie pour des raisons de sécurité. Partout dans l’État de Borno, les nouveaux arrivants dans les camps sont insuffisamment enregistrés et le suivi par la suite est compliqué. Le regroupement familial est donc un énorme défi.

    Dès l’instant où les enfants ne sont plus dans des zones actives de conflit, ils devraient pouvoir retrouver leur enfance. Ils ont besoin de jouer, de rire et se réunir avec leurs amis. 
    Severine Courtiol Eguiluz, responsable du plaidoyer de MSF au Nigéria

    En matière de protection, chaque cas est différent, chaque histoire est un drame particulier, et il n'y a pas de solution unique ou simple.

    Venir d'une zone contrôlée par des groupes armés d'opposition est stigmatisé, en particulier pour les femmes enceintes ou qui ont des enfants. Ces mères adolescentes ont des difficultés à réintégrer leur famille lorsqu’elles en ont encore une et leurs besoins en santé mentale peuvent être très importants.

    Dès l’instant où les enfants ne sont plus dans des zones actives de conflit, ils devraient pouvoir retrouver leur enfance. Ils ont besoin de jouer, de rire et se réunir avec leurs amis. Ils doivent retourner à l'école et être dans un environnement sûr où ils peuvent faire confiance aux adultes et se sentir aimés et respectés.

    Satisfaire les besoins fondamentaux

    Leurs besoins fondamentaux, se nourrir, boire et avoir un logement, doivent être satisfaits afin de réduire le risque qu’ils soient exploités ou victimes de violences. Les enfants non accompagnés ont besoin d'un espace adapté où ils peuvent rester temporairement jusqu'à ce qu'ils puissent rejoindre leur famille ou qu'une autre solution soit trouvée. Chaque cas doit être géré individuellement et pour cela, les organisations humanitaires doivent être présentes sur le terrain et travailler ensemble au sein d'un meilleur système de coordination.

    Chaque enfant, quel que soit son pays ou sa situation, doit être protégé et recevoir des soins, de l’amour et que sa dignité soit respectée. Comme l’énonce clairement la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, chaque enfant doit recevoir la protection et l’assistance dont il a besoin et doit être respecté, même en cas de conflit.

    Il faut faire plus pour les aider à avoir une vie «normale», même dans une situation très éloignée de la normalité. »