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Haïti

Des activités d’assainissement de l'eau pour les habitants des bidonvilles d’Haïti

Témoignages 
L’eau, source de vie, peut devenir source de maladies pour les Haïtiens les plus modestes, qui n’ont pas accès à un bon assainissement.

    À Port-au-Prince, MSF travaille à l'amélioration de la qualité de l’eau pour les habitants des bidonvilles. Le but: protéger la population du choléra et des virus transmis par les moustiques tels que zika, la dengue ou le chikungunya.

    L’innovation amène son lot de surprises, créant parfois des frictions dans une équipe : «le pharmacien était un peu effrayé quand je lui ai demandé si je pouvais mettre mes moustiques dans le frigo. Il a dit: "mais c’est quoi ça, de la nourriture ?" Les protocoles disent que l’on ne peut pas stocker de la nourriture ici», raconte Pierre Trbovic, coordinateur du projet Marengwen, qui signifie ‘moustiques’ en créole.

    Le pharmacien était un peu effrayé quand je lui ai demandé si je pouvais mettre mes moustiques dans le frigo.

    Du coup, entre janvier et juin, les étranges boites où les moustiques, entreposés, meurent lentement de froid ont été déposées dans le réfrigérateur de la cantine, à côté des boîtes à déjeuner des équipes. Et voici un endroit de plus en Haïti qui fut colonisé par le minuscule fléau !

    Sous la chaleur brutale des Caraïbes, les maisons sont bâties pour laisser passer la brise mais pas pour empêcher les moustiques d’y entrer. Les 260 000 habitants de Martissant, l’un des plus grands bidonvilles du pays, forment une sorte de buffet à volonté pour le moustique Aedes.

    Les 260 000 habitants de Martissant, l’un des plus grands bidonvilles du pays, forment une sorte de buffet à volonté pour le moustique Aedes.

    Celui-ci pond ses œufs dans les flaques d’eau, au creux des pneus, dans les canettes de bières laissées sur le côté ou encore dans les grandes flaques des décharges illégales. Et plus le nombre de moustiques croît, plus le risque de maladies potentiellement mortelles augmente: la dengue, le chikungunya, mais également la nouvelle épidémie qui déferle sur les Amériques: Zika.

    S’ajoute à cela le choléra, une maladie qui elle aussi se développe et prospère dans les mauvais réseaux d’assainissement de l’eau. Devenue endémique en Haïti au lendemain du tremblement de terre de 2010, cette maladie cause aujourd’hui encore des pics saisonniers qui nécessitent régulièrement le déclenchement d’interventions d’urgence spécifiques.

    Chaque mois, entre 10 et 70 patients ont besoin de soins dans la tente choléra du centre médical d’urgence de MSF à Martissant.

    Chaque mois, entre 10 et 70 patients ont besoin de soins dans la tente choléra du centre médical d’urgence de MSF à Martissant. En réponse à tout cela, MSF a lancé un projet ambitieux dont le but est non seulement de bénéficier aux habitants de Martissant, mais aussi d’éclairer par de meilleures pratiques, ailleurs dans le monde, les activités d’assainissement d’eau menées par l’organisation.

    Les équipes ont sillonné le bidonville pendant six mois: d’abord pour traiter les sources d’eau communales contre le choléra ; ensuite, pour tuer les moustiques adultes ainsi que les larves, en aspergeant 350 lieux publics, tels que les églises, les écoles et les profondes ravines, ou caniveaux, à travers le quartier.

    Les équipes ont sillonné le bidonville pendant six mois pour traiter les sources d’eau communales contre le choléra et tuer les moustiques adultes ainsi que les larves en aspergeant 350 lieux publics tels que les églises, les écoles et les profondes ravines, ou caniveaux, à travers le quartier.

    Certains nouveaux pièges à moustiques ont été utilisés pour permettre à l’équipe de mieux analyser la population de moustiques et d’adapter dès lors sa réponse - d'où les moustiques gelés à mort dans le réfrigérateur de la cuisine, destinés à être comptés et observés au microscope. L’un de ces pièges fonctionne en attirant le moustique grâce à une cartouche qui reproduit l’odeur humaine.

    «Un jour, je suis arrivé dans mon bureau et ça sentait si mauvais que j’ai pensé qu’il y avait un chat mort quelque part. Mais non, l’équipe y avait juste stocké toutes les cartouches. Nous les humains, nous ne réalisons pas à quel point nous sentons mauvais», plaisante Pierre Trbovic. Mais plus que la technologie, la touche humaine était au cœur du projet. Martissant est un endroit difficile, que ce soit pour y vivre ou pour travailler. Peu de services publics atteignent la communauté démunie et les gangs urbains gardent une emprise sur la société.

    Cependant, MSF est déjà bien connue et acceptée ici car, depuis 2007, elle offre des soins de santé d’urgence gratuits 24h/24, 7j/7, à environ 4 300 patients par mois.

    Cependant, MSF est déjà bien connue et acceptée ici car, depuis 2007, elle offre des soins de santé d’urgence gratuits 24h/24, 7j/7, à environ 4 300 patients par mois. L’initiative Marengwen complète les autres activités médicales dans le bidonville et aide l'organisation à rester visible et connue dans le quartier.

    En plus du traitement des zones publiques, les équipes de sensibilisation ont discuté avec les leaders communautaire, ont toqué à la porte de chacune des 40 à 50 000 maisons du bidonville pour apprendre aux habitants à identifier et à détruire les lieux de reproduction des moustiques, ainsi qu’à traiter l’eau avec du chlore disponible localement. Ce réseau développé au cours de ce projet aidera MSF à améliorer sa préparation d’urgence en cas d’épidémie de choléra ou d’autres maladies.

    C’était une tâche énorme, qui a nécessité le déploiement de 110 membres du personnel de MSF, soutenu par 35 membres du personnel du ministère de la Santé haïtien.

    C’était une tâche énorme, qui a nécessité le déploiement de 110 membres du personnel de MSF, soutenu par 35 membres du personnel du ministère de la Santé haïtien en tant que liaison communautaire. L’effort était d’autant plus compliqué que les cartes de Martissant étaient peu nombreuses et de qualités variées – généralement médiocres.

    «Nous avons dû apprendre aux gens de cette zone à lire une carte pour qu’ils soient capables de nous montrer les zones où nous devions traiter l’eau, ou organiser de grands rassemblements avec la communauté. Dans un sens, ils ont redécouvert leurs propres rues en deux dimensions!»

    Pour contrôler complètement une population de moustiques dans un environnement urbain ouvert, ces activités doivent être répétées de façon régulière.

    «La première chose que nous avons apprise: nous aurions pu économiser du temps précieux si nous avions équipé chaque membre d’équipe qui faisait du porte-à-porte d’une tablette individuelle pour encoder les données. On apprend en travaillant», explique Pierre Trbovic. Pour contrôler complètement une population de moustiques dans un environnement urbain ouvert, ces activités doivent être répétées de façon régulière.

    Pour le moment, les activités de sensibilisation de la communauté continuent à Martissant, mais à moindre échelle. Une activité de recherche opérationnelle qui vise à adapter des activités similaires dans le futur, à Haïti ou ailleurs, est en cours.

    *Image principale: pendant six mois, 110 employés de MSF et 35 autres du ministère de la Santé haïtien ont organisé des réunions régulières dans les bidonvilles pour sensibiliser la communauté sur les moyens d'éviter le choléra.  © MSF/Lauranne Grégoire