× Fermer

Liban

La surconsommation d'antibiotiques menace la santé des réfugiés dans le camp de Chatila

Recherche opérationnelle 
Wilma van den Boogaard - Infirmière MSF et membre de LuxOR
MSF travaille dans certains pays où la surconsommation d’antibiotiques représente un réel défi pour le personnel médical et une menace pour la santé des patients. Wilma van den Boogaard, infirmière MSF, membre de LuxOR, de retour du Liban, nous explique les défis que pose un mauvais usage des antibiotiques dans le camp de Chatila à Beyrouth.

    Quelle est la situation observée dans le camp de Chatila ?

    Mis à part les deux centres de santé MSF, il n’existe que deux cabinets médicaux privés. Il n’y a aucune structure de santé publique. Par contre, d’innombrables pharmacies privées vendent des médicaments et des antibiotiques, avec ou sans prescription de praticiens. Souvent, nos patients disent se procurer d’abord des antibiotiques dans les pharmacies et quand ceux-ci n’ont pas d’effets, ils viennent alors dans nos centres.

    Pour bien comprendre le problème, il faut savoir qu’une infection peut résulter d’un virus ou d’une bactérie, mais en général, les antibiotiques sont prescrits seulement contre les bactéries. A Chatila, les antibiotiques sont largement perçus comme le traitement par défaut contre les maladies infectieuses, sans connaissance de l’origine de l’infection ou de la posologie adéquate. Beaucoup de facteurs influencent cette perception communautaire, par exemple le bouche à oreille, l’influence des entreprises pharmaceutiques sur les praticiens ou le marketing du médicament. Les médecins ressentent ainsi une pression de prescription.  

    Le camp de Chatila est loin d’être le seul environnement dans lequel nous observons un usage malavisé d’antibiotiques. C’est un problème répandu, qui mène souvent les patients à vouloir en recevoir.

    Quels sont nos défis médicaux dans ce contexte?

    Le problème est simplement que nos directives et livres médicaux n’incorporent pas ces éléments contextuels. Les règles pour la prescription d’antibiotiques ne prennent pas en compte l’environnement dans lequel travaillent, par exemple, les médecins libanais. Un refus de prescrire des antibiotiques n’est pas toujours bien perçu, compris ou accepté par les patients qui se demandent pourquoi des médicaments ne leur sont pas precrits. Ils peuvent insister pour en recevoir ou simplement repartir acheter d’autres antibiotiques à la pharmacie. Les médecins en sont conscients. Le fait qu’il manque un test de diagnostic standard pour différencier une infection virale d’une infection bactérienne aggrave également le problème.

    Quels sont les risques pour les patients ?

    Une consommation excessive ou malavisée d’antibiotiques augmente fortement les risques de développer des bactéries résistantes aux antibiotiques dans le corps humain. Par conséquent, les traitements risquent de devenir inefficaces. Par exemple, un patient qui recevra effectivement un antibiotique contre la pneumonie pourrait ne plus réagir à ce traitement, d’autres cycles de traitement devront alors être entamés pour espérer le guérir. Lorsque d’autres personnes sont infectées, leur infection sera également résistante aux antibiotiques. Ce n’est donc pas seulement un problème individuel, c'est devenu un véritable problème de santé publique.

    Que peut faire MSF dans ce contexte ?

    Nous avons commencé à petite échelle, avec des activités de sensibilisation et d’éducation à la santé dans nos cliniques, parmi nos patients et leurs familles et à travers des séminaires professionnels. Nous souhaitons mettre en place une campagne de sensibilisation étendue aux communautés du camp de Chatila, mais cela demande encore beaucoup de préparation. Pour que le traitement prescrit soit le bon, les bases de données médicales ont été améliorées et les médecins tiennent davantage compte de l’usage d’antibiotiques des patients avant leur arrivée à la clinique.

    Enfin, nous comptons mettre en place deux études à Chatila. La première porte sur la perception que les communautés à Chatila ont des antibiotiques et l’usage personnel qu’elles en font. Avoir une meilleure compréhension de ces deux éléments nous permettra de mieux orienter la sensibilisation au sein des communautés. La seconde évalue la fiabilité d’un test clinique appelé test Joachim, utilisé pour distinguer une pharyngite d’origine bactérienne ou virale. Si cet outil est reconnu comme suffisamment précis, n’importe quel praticien pourra déterminer rapidement l’origine de la maladie sans la contrainte d’analyses de laboratoire plus poussées.

    Depuis 2013, MSF offre des soins gratuits de santé primaire et de santé maternelle ainsi que la prise en charge des maladies chroniques aux réfugiés du camp de Chatila, à Beyrouth.