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Hépatite C : Éradiquer la maladie, mais à quel coût ?

Focus 
Un nouveau traitement efficace et rapide pourrait changer la donne dans la lutte contre cette maladie, responsable de près de 400 000 décès par an. La baisse de son prix, ainsi que l’amélioration et l’accès au diagnostic, font partie des grands enjeux du combat contre l’hépatite C.

    L'hépatite C en chiffres :

    • 71 millions de personnes dans le monde sont infectées par le virus de l’hépatite C
    • 400 000 personnes meurent chaque année de l’hépatite C
    • Pas de vaccin
    • Un traitement qui coûte 52 000 euros par patient au Luxembourg

    L’hépatite C est une maladie chronique qui touche notamment les consommateurs de drogue par injection et les personnes séropositives. Elle se transmet par le sang, attaque lentement mais sûrement le foie des patients et provoque une fibrose : une cicatrisation de l’organe, qui ne peut plus fonctionner normalement. Les patients très atteints souffrent d’une cirrhose, et ont généralement besoin d’une greffe.

    ll y a quelques années, le seul traitement disponible durait un an, coûtait 25 000 euros et comportait de nombreux effets indésirables... Tout ça pour ne guérir que la moitié des patients.

    Aujourd’hui, l’alternative est nettement plus favorable : les antiviraux à action directe, une nouvelle classe de médicaments. L’un d’entre eux, le sofosbuvir, ne provoque quasiment pas d’effets indésirables, réduit considérablement le risque de rechute, et ne nécessite que 12 semaines de traitement, avec 95% de taux de guérison. Le seul hic, c’est son prix.

    Pour produire un traitement de sofosbuvir, il faut compter une centaine d’euros. Aux États-Unis, le traitement coûte près de 100 000 dollars.

    Concrètement, un gramme de sofosbuvir coûte 67 fois plus cher qu’un gramme d’or.

    Le prix du médicament dépend des accords passés avec le laboratoire qui le produit, Gilead. Ainsi, dans 91 pays, le sofosbuvir est censé être disponible en version générique. Mais ces pays ne couvrent que la moitié des malades. La plupart des pays les plus touchés (la Chine, le Brésil, les États Unis, la Thaïlande, la Turquie, le Mexique, l’Ukraine et la Géorgie) ne bénéficient pas des accords de licence passés entre le laboratoire et les fabricants de génériques, qui leur permettraient de disposer du médicament à un prix réduit.

    Dans les pays avec lesquels il a passé un accord, sous prétexte de lutte contre la revente des médicaments, Gilead impose des mesures drastiques. Le laboratoire a notamment accès aux informations personnelles, y compris nom et adresse, de chaque patient, et peut les utiliser comme il l’entend.

    Enfin, conséquence de la politique de prix du laboratoire, les médicaments sont rationnés : en France, au lieu de mettre sous traitement toutes les personnes qui en ont besoin, on restreint la prescription aux personnes ayant une fibrose du foie avancée. En mettant tous les malades sous traitement, pourtant, on éliminerait le réservoir de la maladie. Plus de malade, plus de virus, plus de contamination. Le sofosbuvir, s’il était accessible à tous, permettrait d’envisager l’éradication de la maladie.

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