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Un agent sanitaire en train d’attendre un patient suspecté d’être atteint d’Ebola dans le centre de traitement nouvellement construit à Bunia, en République démocratique du Congo, en novembre 2018. © John Wessels

RD Congo

La méfiance contre la riposte Ebola s’amplifie alors que l'épidémie n'est toujours pas sous contrôle

Un agent sanitaire en train d’attendre un patient suspecté d’être atteint d’Ebola dans le centre de traitement nouvellement construit à Bunia, en République démocratique du Congo, en novembre 2018. © John Wessels
Communiqués de presse 
Près de sept mois après le début de l’épidémie d’Ebola dans le nord-est de la République démocratique du Congo, au Nord-Kivu et en Ituri, les acteurs de la réponse contre Ebola, notamment Médecins Sans Frontières (MSF), tentent toujours de maîtriser l’épidémie alors que la méfiance d’une partie de la population contre les centres de traitement Ebola prend des formes violentes avec deux attaques cette semaine.

    La situation dans le nord-est de la RDC est préoccupante. Au 25 février, 875 personnes ont été infectées par le virus, dont 551 sont décédées au cours de ce que l’on considère comme la deuxième épidémie d’Ebola la plus importante depuis la découverte du virus en 1976. Après quelques succès dans l'arrêt de la transmission dans les épicentres initiaux de Mangina et de Béni, et dans certains sites auxiliaires tels que Tchomia, Mutwanga et Masereka, l'épidémie s'est étendue de 4 à 19 zones de santé. Des personnes continuent de mourir dans la communauté, d'être infectées dans les centres de santé et la majorité des nouveaux cas ne peuvent être reliés à des malades connus d'Ebola. Les violentes attaques contre les centres de traitement Ebola (CTE) de Katwa et de Butembo qui ont été incendiés, respectivement les 24 et 27 février, limitent encore plus l’accès aux services de santé essentiels pour les patients atteints d’Ebola dans ce qui est maintenant devenu l’épicentre de l’épidémie.

    Les piliers traditionnels de la réponse au virus Ebola ( prendre en charge les patients diagnostiqués et les isoler ; conduire des activités de sensibilisation pour identifier de nouveaux patients ; mettre en place un dépistage et un suivi des contacts des patients ; mettre en œuvre des activités de promotion de la santé pour informer la population des risques liés à la proximité avec les personnes infectées et la manière d’éviter ces risques ; garantir le soutien aux soins de santé primaires réguliers ; enfin, assurer des enterrements répondant aux normes de sécurité afin d’éviter les infections ) restent essentiels pour tenter d’endiguer la propagation de l’épidémie et de couper les chaînes de transmission. Dans cette zone qui a été marquée par des décennies d’affrontements entre groupes armés et où l’insécurité perdure, implémenter les mesures pour endiguer l’épidémie est déjà un défi ; mais sans l’acceptation des communautés, cela devient beaucoup plus complexe.

    Pourtant, depuis l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014-2015, de nouvelles approches ont été mises en œuvre. « Depuis ma première expérience Ebola au Libéria en 2014, que de chemin parcouru, les centres de traitement ont beaucoup évolué : des soins plus avancés, de nouveaux traitements, des essais cliniques pour de possibles traitements contre Ebola, des salles d’isolement individuel,… ; mais toutes ces nouveautés ne peuvent contribuer à rendre l’action plus efficace sans la collaboration active des communautés », explique Rafael Van Den Bergh, membre de LuxOR (Unité de recherche opérationnelle basée au Luxembourg).

    La réponse à l’épidémie d’Ebola risque l’échec sans l’acceptation et la coopération des communautés

    Les précédentes épidémies d'Ebola ont démontré l'importance d'obtenir l'acceptation de la communauté. Sans la coopération des communautés, les malades et les morts restent cachés, ne se rendent pas dans les centres de traitement ou trop tardivement et les agents de santé risquent menaces ou agressions.

    Atteindre les communautés est devenu particulièrement difficile ; la distance entre la population et les activités de réponse à Ebola s’est accrue. « Le fossé entre les acteurs de l’intervention et les communautés est le principal défi à relever. La confiance d’une partie de la population est presque totalement absente », poursuit Rafael Van den Bergh. Aujourd’hui, les habitants sont réticents à accepter les mesures de prévention et de contrôle de l’infection, telles que les enterrements dignes et sécurisés ou la décontamination des centres de santé et des maisons. Les raisons de cette méfiance sont multiples : la maladie continue à faire peur, mais aussi certaines mesures de décontamination dans les communautés ou de collecte de corps pour éviter la propagation ont été mises en œuvre de manière autoritaire.

    « Afin d’affronter au mieux l’épidémie et le risque de propagation, tous les acteurs présents sur le terrain doivent changer leur approche et engager plus les communautés dans la réponse pour leur permettre de faire valoir leurs propres préférences et préoccupations dans la gestion de l’épidémie. Pour que la riposte soit efficace, il faut recréer de la confiance avec les communautés », conclut Rafael Van Den Bergh.

    Les violentes attaques de ces derniers jours contre les CTE à Katwa et Butembo montrent que la méfiance à l’encontre des acteurs de la lutte contre Ebola s’amplifie. Ce qui ne peut que limiter leur capacité d’intervention dans un contexte où l’épidémie n’est toujours pas sous contrôle.

    La réponse MSF contre Ebola

    Les équipes de MSF répondent à l’épidémie d’Ebola dans le Nord-Kivu et la province voisine de l’Ituri depuis sa déclaration le 1er août 2018. Après la suspension de ses activités à Katwa et Butembo, MSF continue d'intervenir dans les centres de transit à Beni, Kayna et à Bwana-Sura (zone de santé de Komanda) ainsi qu’avec un centre de mise à l’isolement à Bunia. MSF a également participé à la campagne de vaccination menée par le personnel de santé de première ligne et mène des opérations de prévention et de contrôle des infections ainsi que des activités de sensibilisation auprès des travailleurs de santé et des communautés touchées.