L’hôpital St Mary Soledad à Bamenda est la base du service d’ambulance de MSF dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, ainsi qu’un hôpital où les équipes de MSF ont fourni des soins spécialisés, tels que des interventions chirurgicales d’urgence pour des accouchements complexes et des blessures par balle, de la physiothérapie, ainsi que le traitement de survivants de violences sexuelles et basées sur le genre.  Cameroun, octobre 2020 © Scott Hamilton/MSF
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Attaques contre les hôpitaux : dix ans après son adoption, la Résolution 2286 piétinée par les États

Le jeudi 30 avril 2026

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Luxembourg, le 30 avril, 2026.- Le 3 mai 2016, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies adoptaient à l’unanimité la Résolution 2286 et s’engageaient, avec 80 autres États, à protéger les structures médicales en temps de guerre. Mais ces dix dernières années, en Ukraine, au Yémen, à Gaza ou encore au Soudan du Sud, les attaques contre les infrastructures, les transports et le personnel médical et humanitaire se sont poursuivies à un rythme alarmant, dans une indifférence criminelle. 

Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur la banalisation de ces attaques et appelle les États à respecter leurs obligations et à mettre fin à l’impunité des responsables de ces violations du droit international humanitaire. 

La Résolution 2286 avait été adoptée dans les mois qui ont suivi le choc provoqué par le bombardement de l’hôpital de MSF à Kunduz, en Afghanistan. Dans la nuit du 3 octobre 2015, l’armée américaine avait visé cet hôpital dont elle disposait pourtant des coordonées GPS, tuant 42 patients et soignants, dont plusieurs brûlés vifs dans leur lit. Washington avait présenté ses excuses et évoqué une « erreur » à l’issue d’une enquête interne sur l’opération. Dix ans plus tard, les attaques contre les hôpitaux se poursuivent et restent largement impunies.  

Ce qui était autrefois considéré comme exceptionnel est désormais devenu courant, » alerte le Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF.  

En 2025, le système de surveillance des attaques contre les soins de santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 1 348 attaques contre des structures médicales, ayant causé la mort de 1 981 personnes. Encore récemment, le 3 février 2026, l’hôpital de MSF à Lankien, au Soudan du Sud, a été touché par des frappes aériennes menées par les forces gouvernementales, détruisant la majorité des stocks médicaux. 

La normalisation des attaques contre les soins de santé, alimentée par l’impunité

Au cours de la dernière décennie, 21 membres du personnel de MSF ont été tués lors de 15 attaques. 

En février 2016, l’hôpital de Maarat Al Numan en Syrie était bombardé par la coalition russo-syrienne, faisant 25 morts, dont un membre de MSF, tandis que les survivants et les équipes de secours étaient à nouveau pris pour cible lors de l’évacuation des blessés.  

Au Yémen, entre 2015 et 2018, plusieurs hôpitaux soutenus par MSF ont été frappés à répétition par la coalition internationale menée par l’Arabie saoudite, faisant 20 morts. En Ukraine, des structures médicales soutenues par MSF ont également été ciblées, notamment à Kherson et à Selydove en 2023. À Gaza, où aucun hôpital n’a été épargné par la guerre totale menée par l’armée israélienne, l’hôpital Nasser a été encerclé, bombardé puis pris d’assaut en novembre 2024, alors que des centaines de patients y étaient encore pris en charge. 

Impact dévastateur et durable : le manque d’accès aux soins de santé

Les attaques contre les activités médicales prennent des formes multiples : bombardements, frappes aériennes, frappes de drones ou tirs visant des ambulances pourtant clairement identifiées, notamment au Cameroun, en Haïti et au Liban. 

Face à ces attaques, les États responsables ont longtemps nié les faits ou invoqué des erreurs. Aujourd’hui, nous assistons à une évolution extrêmement préoccupante : des structures de santé sont présentées comme des cibles légitimes au motif qu’elles abriteraient des combattants ou des armes, souvent sans éléments probants, les privant ainsi de leur statut de protection au regard du droit international humanitaire. À Gaza, par exemple, les autorités israéliennes ont à plusieurs reprises affirmé que des hôpitaux étaient utilisés à des fins militaires pour justifier leur destruction. 

« Nous constatons un mépris flagrant pour la protection de la mission médicale dans les pays en guerre. Les États qui se sont engagés à protéger les soins de santé en 2016 doivent cesser de se cacher derrière des excuses et de se défausser de leurs responsabilités sur d’autres, » poursuit le Dr Javid Abdelmoneim. 

Des attaques contre les soins de santé ont été observées dans presque tous les conflits au cours de la dernière décennie ». 

Cette semaine, MSF a dû fermer son hôpital de Lankien, au Soudan du Sud, après son bombardement le 3 février, mettant fin à 31 ans de soins. Depuis début 2025, quatre hôpitaux ont déjà fermé dans ce seul pays à la suite d’une série d’attaques contre les structures de santé, privant des centaines de milliers de personnes d’accès aux soins. 
 
Au-delà des pertes humaines immédiates, ces attaques ont des conséquences durables : des communautés entières se retrouvent privées d’accès à des soins essentiels, faute de reconstruction des infrastructures de santé ou en raison de la suspension des activités humanitaires pour des raisons de sécurité. 

Le Luxembourg appelé à jouer un rôle politique clé pour inverser la tendance

Face à la banalisation croissante des attaques contre les structures et le personnel de santé, MSF appelle les États à respecter leurs engagements, à garantir des enquêtes indépendantes permettant d’identifier les responsables de ces attaques et à mettre fin à l’impunité, conformément aux objectifs fixés il y a dix ans par la Résolution 2286. 

Concernant le rôle du Luxembourg, Paul Yon, Directeur général de MSF Luxembourg, déclare : 

Il est préoccupant que de telles attaques, en violation du droit international, restent largement sans conséquences. Le gouvernement luxembourgeois doit redoubler d’efforts pour mettre en œuvre la résolution 2286. Le dixième anniversaire ne doit pas rester une simple commémoration ritualisée – des mesures concrètes sont urgentes pour dissuader et prévenir de nouvelles attaques. Cela implique que le Luxembourg renforce résolument les mécanismes internationaux d’enquête et de sanction des violations. Tout État aspirant à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU doit défendre de manière constante le droit international humanitaire, partout. Il ne doit y avoir ni complaisance ni double standard – ni en Ukraine, ni au Soudan, ni à Gaza, ni ailleurs. »

MSF travaille dans plus de 70 pays à travers le monde, notamment en Palestine, au Liban, en Ukraine, au Soudan et au Myanmar, ainsi que dans d’autres zones de conflit et de guerre.

En 2025, les équipes de MSF au Soudan ont réalisé près de 850 000 consultations externes, admis environ 95 600 personnes et assisté près de 29 000 accouchements. À Gaza, au cours de la même période, les équipes ont effectué 913 000 consultations externes, pris en charge un peu moins de 54 000 personnes et mené 89 800 séances de santé mentale. En Ukraine en 2025, les ambulances de MSF ont transféré 10 700 patients, dont 60 % souffraient de blessures liées à la guerre, et les équipes ont assuré 45 300 consultations externes via des cliniques mobiles ainsi que 9 750 séances de physiothérapie.

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