Rimeh, point focal communautaire dans le camp de Daba Naira, au Darfour du Nord, participe à une séance de promotion de la santé de MSF sur les violences sexuelles. Grâce à ces séances, MSF sensibilise aux violences sexuelles et veille à ce que les survivant·e·s sachent comment accéder aux soins. Soudan, mars 2026 © Cindy Gonzalez/MSF
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Soudan : un nouveau rapport documente l'ampleur et la gravité des violences sexuelles au Darfour

Le lundi 30 mars 2026

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Médecins Sans Frontières (MSF) publie un rapport qui documente l'impact et l’ampleur des violences sexuelles au Darfour, au Soudan, le long des lignes de front mais également ailleurs dans la région. MSF souligne le besoin urgent de protection, de soins, et de justice pour les survivantes.

Intitulé “There is something I want to tell you” : surviving the sexual violence crisis in Darfur - "Si je le raconte à quelqu’un, il me tuera" : la réalité des violences sexuelles au Darfour, le rapport fournit l’un des bilans documentés les plus complets sur les violences sexuelles dans la guerre au Soudan. Il s’appuie sur des témoignages de survivantes et des données issues des programmes médicaux de MSF indiquant que les soldats des Forces de soutien rapide (FSR) et les milices qui leur sont alliées sont responsables de violences sexuelles généralisées et systématiques contre les femmes.

Entre janvier 2024 et novembre 2025, au moins 3 396 survivantes de violences sexuelles ont été prises en charge dans des structures soutenues par MSF au Darfour du Nord et au Darfour du Sud. Ce chiffre ne représente qu’une fraction de l’ampleur réelle des violences, de nombreuses survivantes ne pouvant pas accéder aux soins en toute sécurité. Les femmes et les filles représentaient 97 % des survivant-e-s soignées dans les programmes de MSF sur cette période. Parmi elles, au Darfour du Sud, une survivante sur cinq avait moins de 18 ans, dont 41 enfants âgées de moins de cinq ans.

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Couverture du rapport "There is something I want to tell you"

Les violences sexuelles sont un élément central de ce conflit — elles ne se limitent pas aux lignes de front, mais touchent l’ensemble des communautés », explique Ruth Kauffman, responsable des urgences sanitaires de MSF. 

« Cette guerre se mène sur les corps des femmes et des filles. Les déplacements forcés, l’effondrement des mécanismes de soutien communautaire, l'accès limité aux soins et les inégalités de genre profondément ancrées favorisent la poursuite de ces abus à travers le Soudan. »

 

En novembre 2025, MSF a pris en charge plus de 140 victimes qui avaient fui la capitale du Darfour du Nord, El Fasher, vers Tawila à la suite de sa prise par les FSR le 26 octobre. Parmi elles, 94 % ont été agressées par des hommes armés, souvent le long des routes empruntées pour fuir. Les violences étaient généralisées, souvent commises par plusieurs agresseurs devant les familles des victimes, pour humilier et terroriser les communautés non arabes, délibérement visées, rappelant des atrocités antérieures telles que l’attaque meurtrière du camp de Zamzam en février 2025.

Une survivante décrit les violences subies alors qu’elle fuyait son domicile : 

 Ils nous ont emmenées dans une zone à ciel ouvert. Le premier homme m’a violée deux fois, le second une fois, le troisième quatre fois. En plus des viols, ils nous ont battues avec des bâtons et ont pointé des armes sur ma tête. »

En l’espace d’un mois, entre décembre 2025 et janvier 2026, MSF a identifié 732 autres femmes et filles victimes d’agression dans des camps de déplacés autour de Tawila. Les femmes ont rapporté des agressions survenues pendant leurs déplacements et au sein même des camps. Les abris surpeuplés, l'insécurité et les conditions de vie précaires — notamment l’éloignement des points d’eau et le nombre limité de latrines — ont encore aggravé leur exposition aux violences.

Les victimes décrivent des attaques non seulement pendant les combats, mais aussi dans des situations du quotidien : montrant que les violences sexuelles s’étendent bien au-delà des lignes de front. 

Chaque jour, quand les gens vont au marché, il y a des cas de viol. Quand nous allons aux champs, cela arrive aussi », explique une femme de 40 ans au Darfour du Sud.

Au Darfour du Sud, à plusieurs centaines de kilomètres des zones de combats terrestres, 34 % des survivantes ont été agressées alors qu’elles travaillaient dans les champs ou s’y rendaient, et 22 % alors qu’elles collectaient du bois de chauffage, de l’eau ou de la nourriture, mettant en évidence la fréquence de ces violences dans des activités de la vie courante.

Les données recueillies par MSF révèlent également des schémas d’abus systématiques : au Darfour du Nord, 95 % des responsables des agressions étaient des hommes armés et, au Darfour du Sud, 60 % des cas impliquaient plusieurs agresseurs.

Les survivantes se heurtent également à d’importants obstacles pour accéder aux soins, notamment l’insécurité, la stigmatisation et le manque de services de protection. Selon MSF, les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre et comme moyen systématique de contrôle des populations civiles, en violation du droit international humanitaire.

Les leaders communautaires, sage-femmes, militantes et survivantes réunis dans des groupes de discussion organisés par MSF ont appelé à la fin immédiate des violences sexuelles au Soudan, exigeant protection, accès aux soins et dignité, ainsi que justice et responsabilité.

MSF exhorte toutes les parties au conflit, y compris les FSR et leurs soutiens, à cesser et prévenir les violences sexuelles et à traduire les responsables en justice. MSF appelle également les Nations unies, les bailleurs de fonds et les acteurs humanitaires à renforcer d’urgence les services de santé et de protection au Darfour et dans l’ensemble du Soudan.

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