Au Mali, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) renforcent leur présence près des zones frontalières, notamment aux confins avec la Mauritanie (à l’ouest et au sud-ouest) et le Burkina Faso (au sud-est), pour répondre aux besoins médicaux croissants des populations isolées par l’insécurité.
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Mali : la crise sécuritaire isole les communautés frontalières et aggrave les besoins humanitaires

Le vendredi 3 juillet 2026

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Au Mali, l’enlisement de la crise sécuritaire dans les zones frontalières complique l’accès aux soins, à l’eau et aux services de base pour les populations locales et déplacées. Aux frontières du Burkina Faso et de la Mauritanie notamment, Médecins Sans Frontières (MSF) adapte ses activités pour répondre à des besoins de plus en plus importants. Alors que la présence accrue de groupes armés et l’insécurité limitent fortement la présence des acteurs humanitaires, l’organisation renforce sa présence avec des consultations mobiles dans des zones où les services de santé sont parfois inexistants.  

Non loin de la frontière mauritanienne, le cercle de Nampala est confronté depuis plus deux ans à des défis sécuritaires. Dans cette zone, les opérations menées par l’armée malienne et ses partenaires ainsi que par les groupes armés perturbent les activités humanitaires, et ont conduit de nombreux civils à se déplacer vers le centre-ville de Nampala et d’autres à se réfugier en Mauritanie. À la suite de violences contre ses équipes, MSF a dû interrompre ses activités en novembre 2024 avant de pouvoir les relancer en mars 2025. Les équipes interviennent aujourd’hui dans le centre de santé communautaire de Nampala, où elles soignent les déplacés comme les communautés hôtes. Elles proposent aussi des soins dans les villages de Toulé et Touladji, en périphérie, pour se rapprocher des populations les plus isolées. 

Cheick Tahar Coulibaly, éleveur d’une quarantaine d’années, a parcouru 25 kilomètres en charrette, pour amener sa femme et son nouveau-né vers un site de soins dans le village de Touladji, soutenu par MSF, dans la région de Nampala. 

Nous sommes partis à 5 heures du matin et nous sommes arrivés épuisés à 10h au centre », raconte-t-il. « A Boulé, mon village, il n’y a même pas de site de soins communautaire. Avant l’arrivée de MSF, nous devions aller jusqu’au centre de santé de Nampala. »

Diko a récemment accouché. Elle est arrivée au centre de santé communautaire de Toulaji, soutenu par MSF. Elle a parcouru plus de 25 kilomètres en charrette pour recevoir des soins postnatals.

Aux confins avec le Burkina Faso, le cercle de Koro faisait déjà face à un grand nombre de besoins.  Des attaques contre plusieurs villages de la zone ont contraint la population à se déplacer, accentuant la pression sur la communauté hôte. La région est également confrontée à des afflux réguliers de réfugiés fuyant les violences au Burkina Faso. Pour le seul mois de mai, 7 000 réfugiés sont arrivés dans la ville de Koro, venant s’ajouter aux près de 68 000 réfugiés déjà enregistrés par le HCR, alors que la ville représente déjà l’une des plus fortes concentrations de réfugiés au Mali. MSF prend en charge les réfugiés burkinabè au centre de santé central et à l’hôpital, tout en organisant des cliniques mobiles en périphérie. Les équipes interviennent également dans des villages enclavés comme Diougani, Diankabou et Baye dont l’accès est compliqué du fait de la  présence des groupes armés rivaux et d’engins explosifs sur les routes sous fond de tension intercommunautaire. Les équipes de MSF y  offrent des soins de santé primaires, maternels et pédiatriques, ainsi que des réponses d’urgence en cas d’afflux de blessés. Le 6 mai dernier, à la suite d’attaques contre plusieurs villages de Bankass, MSF a pris en charge une vingtaine de blessés à l’hôpital de Bankass. 

En seulement 4 mois (janvier-avril), plus de 37 400 consultations ont été réalisées par les équipes de MSF dans la région.   

Mais les ressources humanitaires restent largement insuffisantes face à l’ampleur des besoins, car dans le même temps, plusieurs organisations ont réduit ou interrompu leurs activités dans la zone faute d’accès et de financements. 

La crise s’étend vers le sud 

Dans le sud du pays, des régions jusqu’ici relativement préservées, comme Koutiala, sont désormais affectées par l’insécurité liée à une présence accrue de groupes armés. MSF soutient un centre de santé local à Tiéré, une localité dans le cercle de Molobala, permettant d’offrir des soins aux habitants qui rencontrent des difficultés pour accéder aux structures médicales. 

L’ambulance du district ne vient plus à Tiéré à cause de l’insécurité. Cela complique le transfert des malades vers l’hôpital de Koutiala », explique Ousmane Dao, assistant au coordinateur MSF.  

De son côté, la population de Tiéré subit aussi les effets économiques de la crise. 

Les gens ne viennent plus au marché du village par peur, et nos marchandises ne sont plus achetées. Nous souffrons ici. Il nous est difficile d’avoir suffisamment à manger », décrit Djéneba Keïta, une habitante venue au centre de santé avec son fils.

Pour répondre aux nouveaux besoins de la population, MSF mène désormais des activités dans plusieurs villages frontaliers, dont Tiéré, Sanguela, Molobala et Soungoumba et a élargi ses activités pour inclure la prise en charge des enfants de moins de 15 ans, des femmes enceintes ainsi que les victimes de violences, notamment sexuelles.  

L’accès à l’eau devient un défi 

Au-delà des soins, l’accès à l’eau potable reste un enjeu majeur dans ces zones isolées. La réduction des financements des acteurs humanitaires intervenant dans le domaine de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement ainsi que les effets du dérèglement climatique restreignent l’accès des populations  à l’eau potable qui ont vu leurs conditions de vie se détériorer. 

Ces deux dernières années, face aux besoins croissants et non couverts, MSF a dû intégrer la fourniture en eau potable aux populations affectées sur ses zones d’interventions.  

En 2025, l’organisation a fourni près de 19 millions de litres d’eau aux réfugiés de Koro et réhabilité cinq forages dans les communautés enclavées de Nampala et de Koutiala. 

Avant, nos puits se tarissaient et l’eau n’était pas de bonne qualité. Cela nous rendait malades. Aujourd’hui, l’accès à l’eau potable a apporté des changements positifs pour notre santé et nos tâches ménagères », explique Djénebou Berthé, vivant à Sougoumba, dans la région de Koutiala, où MSF a réhabilité un forage au mois d’avril. 

Outre la baisse des financements, la dégradation de la sécurité est l’autre facteur qui explique le recul de la présence humanitaire au Mali. Selon OCHA, 753 incidents ont visé des humanitaires en 2025, soit une hausse de 40% par rapport à 2024. La crise humanitaire au Mali continue de s’étendre, plus de 5 millions de personnes auraient besoin d’une assistance. La récente escalade des violences, marquée par les attaques de groupes armés contre plusieurs villes du pays le 25 avril, exposent encore davantage la population civile. Dans ce contexte, MSF appelle à garantir un accès humanitaire sûr et durable aux populations les plus exposées. 

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