
Loin de Bangui, l’IA aide à dépister la tuberculose
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En République Centrafricaine, la tuberculose reste un problème de santé majeur selon le Ministère de la Santé et de la Population. Le taux d’incidence estimée par l’OMS est de l’ordre de 540 cas incidents pour 100,000 habitants, soit une moyenne de 29 000 cas attendus par an.1
A Batangafo, dans le nord du pays, loin des infrastructures de la capitale, la population n’échappe pas à ce fléau : 203 cas ont été dépistés en 2025. La tuberculose pulmonaire est une maladie infectieuse des poumons causée par une bactérie transmissible par voie aérienne. La confirmation biologique, faite à partir d’une analyse de l’expectoration, reste complexe. Pour remédier à cela et accompagner les équipes médicales dans le diagnostic de cette maladie - suite à l’intérêt manifesté par le Ministère de la Santé et de la Population et en collaboration avec celui-ci – MSF a décidé d’équiper l’hôpital d’un nouvel appareil en 2024 : le CAD4TB.
Il s’agit d’un dispositif numérique qui s’appuie sur l’Intelligence Artificielle et détecte la tuberculose pulmonaire chez les individus de plus de 15 ans. Il n'est utilisé que lorsque le médecin constate des signes cliniques qui entrainent une suspicion, tels qu’un amaigrissement, des sueurs nocturnes et de la fièvre. « Nous réalisons alors une radio, qui est ensuite traitée par cet outil digital », explique Clément Daka, infirmier et technicien en radiologie qui a reçu une formation complète, réalise les radios et utilise CAD4TB. « L’IA, sur la base de comparaisons avec de très nombreuses autres radios, analyse la présence de cavernes, d’opacités pulmonaires et d’épanchements pleuraux, caractéristiques de cette maladie. »
Lorsque CAD4TB aboutit sur un score plus de 40, le niveau de suspicion est élevé et le patient est orienté vers un examen de confirmation.
« Cette analyse, bien que très efficace, reste une aide au diagnostic et ne le remplace pas : le médecin a le dernier mot en toute situation », tient à préciser le Docteur Mouemba Dave King, responsable des activités médicales à l’hôpital de district de Batangafo.
Cependant dans certains cas, CAD4TB peut aussi soutenir les médecins qui n’ont éventuellement pas beaucoup d’expérience dans l’interprétation des radiographies.
« Cette innovation nous rend un grand service, car elle permet en moins de 30 minutes de recouper le diagnostic du médecin et d’agir en isolant le malade pour éviter qu’il ne contamine son entourage », ajoute-t-il.
« Lorsque la présence de la tuberculose est avérée, nous administrons un traitement associant quatre antibiotiques, explique le Docteur Mouemba Dave King. Ce traitement dure 6 mois. Mais après 2 mois nous réalisons déjà un examen de crachat pour voir si des bacilles sont présents dans l’échantillon. Si la maladie persiste on effectue une analyse plus complète. »
À Batangafo en 2025 cet appareil a aidé à détecter 90 cas sur les 203 dépistés au total. Cette initiative mise en œuvre en collaboration avec le MSP montre que, en zone rurale, des appareils ultra modernes utilisant l’IA peuvent être installés et mis à profit. Rappelons que le diagnostic est l’étape indispensable pour ensuite traiter les patients concernés et prévenir la contamination.
1 Rapport mondial de l’OMS sur la tuberculose, 2022
Quelques mots de Petros Isaakidis, conseiller en recherche opérationnelle, sur le lien entre la tuberculose et la recherche opérationnelle.
« La tuberculose est gravement sous-diagnostiquée dans le monde entier, en particulier dans les régions les plus touchées. Nombre de nos tests actuels, qu'ils soient de laboratoire ou d'imagerie, sont peu performants et nous avons un besoin urgent d'améliorer leurs performances et d'assurer un accès plus équitable aux personnes qui en ont le plus besoin. Les technologies innovantes comme l'IA peuvent y contribuer, et cet exemple de la République centrafricaine est très prometteur.
Nous testons souvent ces innovations par le biais de la recherche opérationnelle, notamment par des études de faisabilité et d'acceptabilité, car le contrôle scientifique et éthique est essentiel pour nous. Nous envisageons cela comme un moyen d'améliorer un outil ancien comme la radiographie grâce à de nouvelles technologies, telles que la lecture des radiographies assistée par l'IA. L'objectif est d'améliorer l'accès aux soins dans les régions où les radiologues ou les médecins expérimentés en radiologie sont rares ou peu sollicités.
Nous sommes tous quelque peu sceptiques quant à l'utilisation non réglementée des nouvelles technologies, mais celle-ci est prometteuse et, avec les mesures appropriées, en particulier la protection des données sensibles des patients, nous pensons qu'elle peut transformer le diagnostic précoce de la tuberculose, une maladie qui reste mortelle malgré les récentes avancées en matière de diagnostic et de traitement. »
Petros Isaakidis – Conseiller en recherche opérationnelle

