Vue de l'entrée principale de l'hôpital universitaire Bashair, Soudan
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Hôpital universitaire de Bashair : Rester. S'adapter. Redémarrer.

Le lundi 27 avril 2026

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Le parcours d'un hôpital pendant trois années de guerre à Khartoum.

 

Lorsque les combats ont éclaté entre les Forces de soutien rapide (FSR) et les Forces armées soudanaises (FAS) en avril 2023, Khartoum est devenue l'une des villes les plus dangereuses du Soudan. Les lignes de front se sont déplacées rapidement, les voies d'accès ont été coupées, les hôpitaux ont été contraints de fermer, et des quartiers entiers ont été exposés à des violences répétées dans la capitale soudanaise.

Dans ce contexte difficile, l'hôpital universitaire Bashair est resté, malgré tout, un lieu de soins. Lorsqu’il a dû fermer au début de la guerre, le personnel médical soudanais et les volontaires ont rapidement pris la décision de revenir et de rouvrir l’établissement, garantissant ainsi l'accès aux soins dans un moment critique. Ils se sont adaptés, ont improvisé, et ont continué à fournir des services essentiels sous une pression immense.

Quelques semaines plus tard, le soutien de Médecins Sans Frontières (MSF) a permis à l’hôpital de poursuivre ses opérations et d’étendre les soins spécialisés. Ensemble, les équipes traitaient les patients chaque fois que les conditions le permettaient — en ajustant les activités, en réduisant les services si nécessaire, et en redémarrant et recentrant progressivement les soins sur les domaines prioritaires.

Voici le récit du parcours de l’hôpital Bashair d’avril 2023 à début 2026.

Rester 

Durant les premiers jours des combats, en avril 2023, l'incertitude régnait au quotidien à Khartoum. Les ambulances peinaient à circuler, les voies d'approvisionnement étaient bloquées, et les bruits du conflit n’étaient jamais loin. Encerclé par la violence, l'hôpital universitaire Bashair a dû fermer pendant un certain temps, avant que les volontaires soudanais et le personnel médical ne parviennent à reprendre leurs activités.

« Avec quelques collègues, nous avons décidé de rouvrir l'hôpital universitaire Bashair de Khartoum. L'idée était de rassembler le personnel médical vivant à proximité de l'hôpital et, avec l'aide des volontaires, de relancer les services de base. Nous avons commencé avec une très petite équipe, concentrée sur le service des urgences chirurgicales (traumatologie). Les autres cas devaient être transférés à l'hôpital Al-Turkish, qui était pleinement opérationnel mais situé dans [une zone nécessitant de franchir une ligne de front]. Nous étions ouverts de 8 h à 16 h, puis les portes fermaient. Seul le personnel de garde restait à l'intérieur pour surveiller les patients hospitalisés. » 

Jamila, médecin soudanaise

Début mai 2023, MSF a envoyé une équipe d'urgence à Khartoum afin de renforcer les services médicaux et de garantir l'accès aux soins vitaux dans ce quartier vulnérable. Une équipe chirurgicale les a rejoints dès que les conditions l’ont permis.

Les activités se sont poursuivies lorsque cela était possible, les équipes se concentrant sur les urgences et les autres soins essentiels. Les patients ont continué d'affluer. Le personnel a réorganisé les espaces, redistribué les responsabilités, et improvisé des solutions pour faire face aux pénuries et aux perturbations. Chaque jour exigeait de nouvelles décisions, conciliant les besoins médicaux, la sécurité et les contraintes d'accès.

L’hôpital est resté ouvert, non pas parce que la situation était stable, mais grâce à l’engagement des professionnels de santé soudanais qui sont restés et ont veillé à ce que les soins puissent se poursuivre malgré tout, avec le soutien de MSF.

S’adapter

Au fil du temps, la situation autour de Bashair s'est encore détériorée. Alors que l'accès aux soins de santé s'effondrait à Khartoum — de nombreux établissements de santé ayant été détruits, endommagés ou contraints de fermer pendant de longues périodes —, la pression sur Bashair s'est intensifiée. Son rôle est devenu encore plus crucial.

Malheureusement, des incidents de sécurité à répétition, la perturbation des voies d'approvisionnement, et des restrictions administratives ont réduit les services pouvant être assurés en toute sécurité. Certains services ont dû être réduits. D'autres ont été suspendus lorsque l'acheminement de matériel essentiel à l'hôpital a été bloqué et que le personnel s'est retrouvé exposé à de très graves menaces sécuritaires.

« Pour le transport, on m’a attribué une ambulance du ministère de la Santé, réservée exclusivement à l’hôpital. Nous l’utilisions principalement pour acheminer du matériel médical », raconte Jamila. « Chaque fois que j’allais chercher du matériel à l’entrepôt de MSF, je prenais un risque. Il n’y avait que moi, le chauffeur et deux ou trois volontaires. Même à l’intérieur de l’hôpital, les soldats ne respectaient personne. »

En octobre 2023, MSF a dû retirer son équipe chirurgicale et suspendre ses activités chirurgicales vitales après que les autorités militaires ont empêché l’organisation d’acheminer du matériel chirurgical essentiel à l’hôpital.

Tout au long de l'année 2024, l'instabilité a continué de peser sur tous les aspects de la vie de l’hôpital. Pendant neuf mois, l'hôpital a été soutenu à distance, car le personnel international ne pouvait pas se rendre dans la région, et le personnel médical soudanais, malgré son . Le personnel médical soudanais, faisant preuve d'un engagement sans faille, portait la responsabilité de maintenir les services.

Malgré ces contraintes, l'hôpital a maintenu les services essentiels lorsque les conditions d’accès le permettait, en se concentrant sur les soins urgents, les interventions d'urgence, et le maintien d'une présence médicale dans l'un des quartiers les plus instables de Khartoum.

Début 2025, l’escalade des incidents liés à l’insécurité, impliquant notamment des hommes armés associés aux RSF, a contraint MSF à suspendre toutes ses activités à l’hôpital Bashair.

Redémarrer

La situation a évolué en mars 2025, suite à la reprise de la zone par les Forces Armées Soudanaises. Les conditions de sécurité se sont progressivement améliorées, et MSF s'est préparée à redémarrer. Les activités ont repris progressivement, en commençant par l'Unité de traitement du choléra (UTC), les urgences, et le service de consultations externes. Les locaux ont été rouverts, le matériel a été préparé, et le personnel a repris ses fonctions.

Aujourd’hui, l’hôpital universitaire Bashair est de nouveau opérationnel.

Cette reprise marque une transition : celle d'une intervention d'urgence menée dans des conditions extrêmement difficiles vers un transfert progressif des activités principales au ministère de la Santé. MSF recentre désormais son intervention sur des priorités spécifiques, notamment les soins maternels et néonatals, où le taux de mortalité des nouveau-nés a parfois atteint 25 %, nécessitant un soutien et des améliorations urgents.

Un hôpital qui a souffert, s'est stabilisé et a surmonté les épreuves

L'histoire de l'Hôpital Universitaire Bashair n'est pas celle d'une continuité ininterrompue. C'est l'histoire d'une prise en charge qui a perduré — adaptée, réduite, suspendue, puis redémarrée —, guidée à chaque étape par ce qui était possible et sûr, afin de préserver une ligne de vie médicale vitale pour la population de Khartoum. 

« La guerre n’affecte pas seulement les infrastructures et les institutions, mais aussi la vie quotidienne, la sécurité, et la dignité de la population civile et des professionnels de santé », explique le Dr Jamila. « Malgré tout, avec le soutien de MSF, les professionnels de santé et les volontaires soudanais ont continué à fournir des soins et à assurer le fonctionnement des hôpitaux dans des circonstances extrêmement dangereuses. »

C'est l'histoire d'une équipe dévouée qui a dû évolué à travers le conflit, les pénuries et les restrictions d'accès tout en continuant à venir en aide à sa communauté. C’est aussi une illustration de la capacité de MSF à s’adapter rapidement à un environnement changeant, tout en restant guidée par les besoins médicaux et humanitaires.

Alors que Bashair passe d’une réponse d’urgence à des activités plus régulières, son parcours témoigne de ce à quoi peuvent ressembler les soins médicaux en situation de conflit actif : fragiles, adaptable, et essentiels.

Dans le service de maternité de l'hôpital, un membre du personnel médical surveille l'écran du moniteur tout en vérifiant les signes vitaux d'une patiente à l'Hôpital Universitaire Bashair, Soudan
Tôt le matin, des patients patientent dans la salle d'attente, après être passés par la zone de triage, à l'entrée principale de l'hôpital universitaire Bashair, Soudan

Dans l'État de Khartoum, MSF continue de fournir des services médicaux essentiels dans quatre grands hôpitaux et centres de soins primaires. Selon l'agence des Nations Unies pour les migrations, plus d'un million de personnes sont retournées à Khartoum depuis la reprise de contrôle de la ville par les Forces Armées Soudanaises (SAF), mais les services sont loin de répondre aux besoins de la population. Nombreux sont ceux qui vivent dans des zones fortement endommagées par les combats, avec un accès limité aux soins de santé et à l'eau, et qui peinent également à trouver ou à se procurer de la nourriture. La réponse internationale à Khartoum est loin d'être suffisante : peu d'organisations sont présentes et d'importantes lacunes subsistent tant dans l'aide d'urgence que dans les efforts de relèvement à long terme. Nos équipes apportent un soutien aux soins d'urgence et chirurgicaux, aux services de santé maternelle et infantile, au traitement des maladies infectieuses et de la malnutrition, ainsi qu'aux activités de lutte contre les épidémies à Omdurman, Khartoum, Bahri et Jabal Awliya. Ces efforts conjugués constituent un lien médical vital pour les communautés coupées de tout service de santé fonctionnel.

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