Au bureau de MSF, une femme de 51 ans raconte les nombreuses violences sexuelles qu'elle a subies, Haïti
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MSF alerte sur l’explosion des violences sexuelles et le manque critique de prise en charge à Port-au-Prince

Le mercredi 28 janvier 2026

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Dans la capitale haïtienne, les violences sexuelles et sexistes ont connu une recrudescence alarmante depuis 2021. Elles sont désormais utilisées de manière systématique comme un moyen de semer la terreur parmi la population et affectent de façon disproportionnée les femmes et les filles. 

Une situation d’autant plus dramatique qu’elle survient dans un contexte de détérioration des infrastructures, des services publics et des conditions de vie de la population, après des années de violences armées. 

Rapport MSF : Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti
Page de garde du rapport « Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti » de Médecins Sans Frontières

Depuis 2021, le nombre de survivant·e·s de violences sexuelles et sexistes prises en charge par la clinique a presque triplé, passant d’une moyenne de 95 admissions mensuelles en 2021, à plus de 250 en 2025 » explique Diana Manilla Arroyo, Cheffe de mission de MSF en Haïti. « Cela démontre à quel point l’explosion de la violence de ces dernières années en Haïti, a eu des répercussions directes sur le corps des femmes et des filles de Port-au-Prince ».

La réouverture de l'hôpital Isaïe Jeanty à Chancerelles marque une avancée significative pour la santé publique en Haïti. La réhabilitation de l'hôpital vise à fournir des soins obstétriques de qualité, à réduire la mortalité maternelle et néonatale et à rétablir l'accès aux services de santé essentiels pour les communautés vulnérables de Port-au-Prince. © Quentin Bruno/MSF
Objectif : la réouverture du plus grand hôpital de santé maternelle de Port-au-Prince
Actuellement en mission en Haïti, Wilma van den Boogaard, chercheuse opérationnelle chez MSF Luxembourg (LuxOR), explique l’avancement du nouveau projet MSF sur la santé sexuelle et reproductive qui ouvrira à Port-au-Prince dans les mois à venir, dans un contexte où les femmes sont prises au piège entre violence et pauvreté.

Le rapport démontre que des femmes et des filles de tous âges sont prises pour cible, et qu’un nombre croissant de survivant·e·s se trouvent déplacé·e·s, ce qui les expose davantage aux violences. Près d’un cinquième des survivant·e·s pri·se·s en charge à Pran Men’m ont subi des violences sexuelles et sexistes à de multiples reprises. 

Mais au-delà du nombre de ces violences, la période marque également un accroissement épouvantable de leur brutalité. Parmi les survivant.e.s qui ont reçu des soins à Pran Men’m depuis 2022, 57 % ont déclaré avoir été agressé·e·s par des membres de groupes armés, souvent dans le cadre d’agressions collectives commises par plusieurs auteurs. Plus de cent patient·e·s ont déclaré avoir été agressé·e·s par dix auteurs ou plus à la fois.

Ils m’ont battue et cassé les dents... Trois jeunes qui pourraient être mes enfants... », témoigne une survivante de 53 ans dans les lignes du rapport. « Quand j’ai refusé de coucher avec eux, ils m’ont frappée et je suis tombée. Pendant que je luttais, ils m’ont donné des coups dans le dos qui me font encore mal, des mois plus tard. Après m’avoir violée, ils ont violé ma fille… et battu mon mari. »

Le rapport met en évidence les insuffisances persistantes en matière de disponibilité des services auquel les survivant·e·s sont systématiquement confronté·e·s. MSF est souvent dans l’incapacité d’orienter ses patient·e·s vers des aides non médicales essentielles - telles que des refuges sûrs, des solutions de relocalisation ou un appui à la subsistance - pourtant indispensables à une prise en charge complète. Cette situation souligne la nécessité urgente de renforcer et de pérenniser les financements alloués aux services de protection. 

Les survivant.e.s font également face à de nombreux obstacles - tels que la peur de la stigmatisation, les difficultés financières, l’insécurité et le manque d’informations - ce qui les empêchent d’accéder aux soins à temps et qui n’est malheuseument pas sans conséquences médicales. Depuis 2022, seul un tiers des survivant·e·s ayant consulté à la clinique Pran Men’m sont arrivé·e·s à la clinique dans les trois jours suivant leur agression : délai au-delà duquel il n’est plus possible de prévenir la transmission du HIV. De même, 59 % de nos patientes sur cette période n’ont pas pu se présenter dans les cinq jours, et donc se prémunir d’une grossesse non désirée. 

Ce rapport appelle à une action urgente et coordonnée des autorités haïtiennes, des prestataires de services, des bailleurs, des agences de Nations Unies et des acteurs de la sécurité, en faveur d’une réponse centrée sur les survivant·e·s et axée sur le rétablissement à long terme. 

Nous demandons un élargissement de l’accès gratuit à des soins médicaux et psychosociaux complets que seuls permettront une augmentation durable des financements en faveur des services d’accompagnement. Tout aussi important, nous appelons à la reconnaissance sans équivoque du caractère généralisé des violences sexuelles, et de leur utilisation délibérée par des groupes armés comme outil de contrôle et de soumission des femmes et des filles. Sans ces conditions, nous ne pourrons pas donner aux survivant·e·s les moyens de reprendre le contrôle de leur corps et de leur vie » conclut Manilla Arroyo.

Témoignages de résident.e.s luxembourgeois qui sont partis en mission en Haïti avec Médecins Sans Frontières

Roland Couprie

 Référent Technique pour le département de Santé Environnementale 

« En début d’année 2025, j’ai passé trois mois en Haïti comme Réfèrent Technique pour le département de Santé Environnementale au sein de MSF. Pendant cette période, j’ai coordonné les travaux de réhabilitation des infrastructures d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de gestion des déchets de la maternité. 

Bien que le travail à réaliser n‘était pas très complexe, les enjeux sécuritaires, logistiques et d’approvisionnement – car le pays n’est accessible que par les hélicoptères des Nations unis ou par bateau pour le fret – ont fait de chaque journée un défi unique et particulier à relever. 

Lors de ma mission, et malgré les difficultés, nous avons réussi à réactiver certaines activités comme les consultations, la pharmacie, les accouchements sans complications (le bloc opératoire étant en cours de rénovation) et l’accueil pour les personnes victimes de violences sexuelles. »

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Sarah Mitchell

Ingénieure civile spécialisée en WASH (eau, assainissement et hygiène) 

Sarah Mitchell a travaillé en Haïti pour MSF afin de mettre en place des activités WASH dans un établissement de santé à Port-au-Prince, la Maternité Isaïe Jeanty. 

Celles-ci comprennent un approvisionnement en eau chlorée constant pour les besoins en eau potable et en services, l'élimination régulière des eaux usées, une zone de gestion des déchets opérationnelle, une laverie efficace et l'entretien d'un système de drainage pompé. Certaines activités liées à la construction devront également être entreprises, telles que des fosses septiques, des pièges à graisse, des zones de gestion des déchets, des laveries, avec la possibilité d'un nouveau forage et d'une station de traitement de l'eau.

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