Victoire, atteint de la maladie Ebola, passe ses journées au centre de traitement Ebola de Kitatumba, à Butembo, dans l'attente de sa sortie, son état de santé s'améliorant. Il pense avoir contracté le virus Ebola alors qu'il travaillait comme infirmier dans un autre hôpital, en soignant un patient qui a ensuite été testé positif.
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Accompagner les patients et leurs proches face à la maladie Ebola

— Le mercredi 28 octobre 2026

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À Butembo, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), Kasoki Zawadi passe ses journées auprès de son mari hospitalisé pour Ebola. Une vitre en plexiglas les sépare, mais ils peuvent se parler. Dans les centres de traitement de MSF, le soutien psychologique s’adresse aux patients comme à leurs proches. 

Comme elle le fait chaque jour depuis 13 jours — depuis l'hospitalisation de son mari Victoire —, Kasoki a l'intention de rester à ses côtés de 6h30 à 18h30. Elle observe son mari de l'autre côté de la fenêtre et lui apporte son soutien, car son état de santé montre des signes d'amélioration.

Dans le couloir du centre de traitement d’Ebola (CTE) de Kitatumba à Butembo au Nord-Kivu, Kasoki Zawadi est assise sur une chaise en plastique devant la fenêtre qui la sépare de son mari, Victoire. Il est hospitalisé depuis treize jours. De l’autre côté de la vitre, il sourit par moments. 

L’hôpital où Victoire est soigné, est l’une des structures dans lesquelles MSF soutient la prise en charge des patients atteints de la maladie Ebola. À Butembo, 1 472 cas ont été confirmés et 735 décès recensés entre mai et le 22 octobre 2026. L’épidémie touche une population déjà confrontée à l’insécurité et aux difficultés économiques. De nombreuses familles accueillent des personnes ayant fui les affrontements dans les territoires voisins, tandis que les restrictions de circulation et le ralentissement du commerce compliquent leur quotidien. 

Au centre de traitement, les équipes accompagnent les malades, mais aussi leurs proches, confrontés à la peur de la maladie et à l’attente des résultats. Les psychologues sont présents dès l’admission pour écouter leurs inquiétudes, expliquer les soins et les aider à faire face à l’hospitalisation. 

Chaque matin, Kasoki arrive vers 6 h 30 et reste jusqu’à 18 h 30. Son beau-frère prend ensuite le relais pour la nuit. « On arrive à communiquer malgré la fenêtre », raconte-t-elle. « On nous permet de nous voir, cette communication soulage. »

Enseignante, elle a cessé de travailler depuis l’hospitalisation de son mari. Leur famille les aide à subvenir à leurs besoins pendant cette période. Elle s’inquiète aussi pour sa propre santé. Lorsqu’elle quitte le centre, la séparation lui pèse : « Le soir quand je rentre et que je ne peux pas voir mon mari, j’ai du mal à dormir. » 

Quelques jours plus tard, Kasoki raconte qu’un résultat négatif leur avait fait espérer un retour à la maison. Un nouveau résultat est ensuite revenu positif. 

Quand il a de nouveau eu un résultat positif, on était très fatigués moralement et physiquement. Et heureusement, grâce au soutien des psychologues, ça nous a calmés et on a réussi à attendre. » 

Rester en contact pendant l’hospitalisation  

La maladie et l’hospitalisation peuvent être éprouvantes pour les patients comme pour leurs proches. À Butembo, Patrice Muyisa Kokotz, superviseur du service de santé mentale, leur propose un soutien psychologique. Il décrit des personnes qui arrivent avec la peur de la maladie, mais aussi des inquiétudes sur ce qui les attend dans le centre. Certaines redoutent que l’isolement signifie qu’elles seront abandonnées. 

On leur laisse le temps de s’exprimer, de parler de leur passé, de leurs émotions », explique Patrice. Son équipe présente le fonctionnement du centre, explique les soins et organise des visites. Selon lui, voir d’autres patients et leurs accompagnants aide les familles à se sentir plus rassurées. 

Patrice Muyisa Kokotz, superviseur santé mentale à Butembo. Il a 23 ans et est originaire de Butembo, en RDC

Certains estiment qu’un soutien psychologique peut avoir un impact sur l’évolution de l’état des patients. 

La maladie Ebola à virus Bundibugyo  est traumatisante et brutale ; c’est une maladie virale. On est donc stressé, avec l’impression que la mort peut survenir à tout moment », explique Rachel Kashimoto, psychologue clinicienne travaillant avec MSF à Beni, également au Nord-Kivu. 

Si l’on n’est pas mentalement stable et que l’on n’est pas bien pris en charge, y compris sur le plan physique, les choses peuvent mal évoluer. Mais si l’on est mentalement stable, bien accompagné et bien suivi, il peut aussi y avoir une amélioration physique. Parce que lorsque l’on garde l’espoir de guérir, on suit toutes les consignes données par le personnel médical, et l’amélioration peut alors être rapide. » 

Accompagner le retour à la maison 

Le soutien psychologique ne s’arrête pas à la sortie du centre.  

À Mongbwalu, en Ituri, les patients guéris sont encore suivis plusieurs mois après avoir été déchargés, dans le cadre de la « clinique des survivants ». Il s’agit d’un espace dans lequel ils sont réexaminés régulièrement afin de prévenir de potentielles complications des suites de la maladie et reçoivent aussi un accompagnement psychologique à plus long terme. 

Nous y organisons des consultations individuelles mais aussi des groupes de parole, explique Phoebe Zueya Yonkeu, responsable des activités de santé mentale du CTE de MSF à Mongbwalu. Beaucoup confient avoir été victimes de stigmatisation quand ils sont rentrés chez eux, avoir perdu leur emploi, ou été rejetés par leur communauté qui les croyait toujours contagieux. D’autres éprouvent de la culpabilité vis-à-vis de leurs proches qui n’ont pas survécu à la maladie et se demandent même s’ils ne sont pas ceux qui les ont contaminés. » 

Victoire, rescapé de la maladie Ebola, s'apprête à quitter le centre de traitement Ebola de Kitatumba, où il a passé 23 jours. Il pense avoir contracté le virus en travaillant comme infirmier dans un autre hôpital, après avoir soigné un patient qui a ensuite été déclaré positif à la maladie Ebola.

Si certains patients font face à la stigmatisation à leur sortie du CTE et au traumatisme d’avoir frôlé la mort, le retour à la maison peut aussi apporter un immense soulagement, à eux comme à leurs proches. 

À Butembo, au vingt-troisième jour d’hospitalisation de Victoire, le couple apprend que sa sortie est prévue le jour même.  Le résultat à nouveau positif, après le premier résultat négatif, a prolongé leur attente : maintenant qu’il a enfin testé négatif à deux reprises, Kasoki et lui se disent très heureux de pouvoir enfin rentrer à la maison. 

La présence de Kasoki fait vraiment partie des soins. Je me trouve réconforté. Quand je la vois, ça diminue mon stress », déclare Victoire. 

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