L'impact du tremblement de terre du 6 février 2023. Province d'Idlib, nord-ouest de la Syrie © Omar Haj Kadour
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Un an après le tremblement de terre, les cicatrices mentales sont encore vives

Le mardi 6 février 2024

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« Nous vivons dans une tente - les enfants ont peur des maisons et des bâtiments », explique Hind, 36 ans, mère de cinq enfants à Afrin, dans la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie. « Nous sommes très fatigués. »

Où trouver refuge lorsque votre maison n'est plus sûre ? Comment réconforter ses enfants lorsqu'ils vivent dans la crainte que le sol ne se dérobe sous leurs pieds ? Telles sont quelques-unes des questions que se posent les habitants du nord-ouest de la Syrie, une région aux prises avec l'impact de la crise économique et de plus d'une décennie de guerre, aggravé par les conséquences des tremblements de terre dévastateurs qui ont frappé le nord-ouest de la Syrie et le sud de la Turquie le 6 février 2023.

Clinique mobile dans le camp d'Al-Fuqara, dans la région d'Al-Dana.  13 février 2023 © Abdul Majeed Al Qareh ©.

Les tremblements de terre ont augmenté la pauvreté, le nombre de sans-abri et de personnes déplacées, et ont entraîné une détérioration des conditions de vie des populations, aggravant la situation économique et le fonctionnement du système éducatif et causant des dommages aux infrastructures », explique Thomas Balivet, chef de mission de MSF. 

« En outre, des milliers d'enfants ont perdu des personnes qui s'occupaient d'eux ou ont subi des blessures physiques et des amputations. Tous ces facteurs ont exacerbé la situation de santé mentale de milliers de personnes dans la région. »

 

Avant février dernier, de nombreux habitants du nord-ouest de la Syrie avaient déjà été déplacés par la guerre. Au lendemain des tremblements de terre, ils se sont retrouvés démunis, sans abri, sans nourriture, sans eau potable et sans autres produits de première nécessité.

« Nous avons quitté notre ville natale de Saraqib, à l'est d'Idlib, à cause de la guerre et des bombardements constants, et après des années de déplacement et de recherche de sécurité, nous nous sommes installés à Afrin, plus au nord », raconte Hind. « La maison dans laquelle nous sommes restés n'avait pas de murs - nous avons accroché des couvertures pour avoir de l'ombre et de l'intimité. Mon mari travaillait, mais nous avions à peine de quoi manger. Puis le tremblement de terre s'est produit et nous avons tout perdu à nouveau ». 

Le premier tremblement de terre, d'une magnitude de 7,8, a laissé des traces de destruction qui rappellent les dommages causés par la guerre qui ont déjà marqué le nord-ouest de la Syrie.

Cette photo aérienne  montrela distribution par MSF d'articles de secours à un centre d'accueil hébergeant des familles déplacées à la suite du tremblement de terre qui a frappé la Syrie et la Turquie le 6 février 2023. © Omar Haj Kadour

Omar Al-Omar, superviseur MSF en santé mentale à Idlib, se souvient des premières heures qui ont suivi le tremblement de terre. « À l'aube, je suis descendu à Salqin, une ville de la province d'Idlib. J'ai vu des bâtiments entiers s'effondrer et se transformer en décombres. Ce qui m'a fait le plus mal, c'est d'entendre les voix des personnes sous les décombres qui demandaient de l'aide, alors que je n'étais pas en mesure d'en apporter. Je me suis ensuite rendu à l'hôpital de Salqin, qui est co-géré par MSF. 

« Lorsque je suis entré, j'ai été choqué par la vue des blessés et des cadavres dans les chambres et les couloirs de l'hôpital. Je ne pouvais plus rester debout, je me suis assis par terre et j'ai fondu en larmes. Dans l'hôpital, nous sentions les répliques, et à chaque instant, un grand nombre de blessés entraient dans l'hôpital. C'est une nuit qui restera gravée dans ma mémoire jusqu'au dernier jour de ma vie ».

Même avant février dernier, le système de santé dans le nord-ouest de la Syrie était en difficulté, avec des installations médicales sous-financées et des services limités. Les tremblements de terre ont endommagé 55 établissements de santé, les empêchant de fonctionner pleinement. Outre l'assistance médicale, les habitants de la région avaient besoin de toilettes, de douches, de systèmes de chauffage, de vêtements d'hiver, de générateurs, de couvertures, de kits d'hygiène et de produits de nettoyage.

Dans les heures qui ont suivi le premier séisme, les équipes de MSF ont prodigué des soins médicaux d'urgence et ont immédiatement commencé à distribuer les stocks existants d'articles de première nécessité. Dans les jours suivants, les experts en eau et assainissement de MSF ont construit des toilettes et des douches pour les survivants du tremblement de terre et leur ont fourni de l'eau potable.

camions chargés d'articles médicaux et non médicaux on été envoyés par MSF dans la région dans les jours suivants au séisme, y compris de la nourriture et des matériaux pour les abris. 

Après la phase aiguë de l'intervention d'urgence, nous nous sommes concentrés sur la fourniture d'abris, de nourriture et d'articles de secours, ainsi que sur l'accès aux soins de santé, à l'eau et aux services d'assainissement », explique Thomas Balivet. « Le manque de ces produits de première nécessité a eu un impact profond sur la santé mentale des gens. »

Un an plus tard, les destructions matérielles causées par les tremblements de terre sont moins visibles qu'auparavant, mais l'impact sur la santé mentale des gens est frappant.

« Depuis le tremblement de terre, les cas de stress post-traumatique et de troubles du comportement ont augmenté, en particulier chez les enfants », explique Omar Al-Omar, « en plus des attaques de panique, des différents types de phobies et des symptômes psychosomatiques ».

 

14 camions MSF chargés de tentes et de kits d'hiver sont entrés en Syrie par le point de passage de Hamam, en partenariat avec Al-Ameen, une ONG syrienne. © Rami Alsayed

Répondre aux besoins des populations en matière de santé mentale

MSF fournit des services de santé mentale aux habitants du nord-ouest de la Syrie depuis 2013. Après les tremblements de terre, MSF a lancé une initiative globale de santé mentale dans le cadre de son intervention d'urgence. Des équipes mobiles de conseillers en santé mentale ont été déployées pour fournir des premiers soins psychologiques, ainsi que des conseils spécialisés pour les patients à risque modéré et élevé, dans 80 localités de la région. Ils ont également organisé des sessions pour aider les gens à gérer à la fois leurs réactions psychologiques immédiates et les émotions qui surviennent plus tard. 

consultations individuelles de santé mentale assurés par les équipes MSF au lendemain des tremblements de terre.

Espaces sécurisés pour les femmes et les enfants

MSF a également mis en place un programme d'espaces sécurisés dans quatre localités du nord des provinces d'Alep et d'Idlib, en collaboration avec des organisations partenaires, afin d'offrir aux femmes et aux enfants un moment de répit par rapport à la dure réalité extérieure. Ces activités se poursuivent, avec trois sites supplémentaires dans la province d'Idlib. Dans ces tentes, les femmes et les enfants s'adonnent à des jeux et à des activités, comme le dessin, participent à des sessions de groupe ou s'assoient simplement pour se reposer. Qu'ils soient engagés dans une contemplation tranquille ou dans une conversation animée, les femmes et les enfants trouvent dans ces espaces un refuge où ils peuvent momentanément se détacher du poids de leurs problèmes et simplement respirer.

Marwan Al Samao, superviseur logistique de MSF à Idlib, en visite dans les camps de personnes déplacées à Idlib, pour évaluer la situation alors que ces camps accueillent de nouveaux arrivants, qui ont été affectés par les récents tremblements de terre, et qui viennent trouver refuge dans ces camps. 1" février, 2024 © MSF

femmes et enfants ont utilisé ces espaces sécurisés mis en place par MSF dans quatre localités du nord des provinces d'Alep et d'Idlib.

Les équipes de MSF ont également orienté 1 900 d'entre eux vers d'autres organisations afin qu'ils bénéficient d'un traitement de suivi pour des problèmes de santé physique ou mentale.

Hind, qui se rend fréquemment dans l'un des espaces sécurisés de MSF, raconte : « Quand j'entre dans l'espace sécurisé, j'oublie tout, j'oublie l'agonie et la peur. Mes enfants m'accompagnent et jouent. Nous oublions tous la peur, nous oublions tous ce qui s'est passé après le tremblement de terre ».

Vivant au milieu des décombres du conflit et des tremblements de terre, les habitants du nord-ouest de la Syrie ont toujours besoin d'eau potable, de nourriture, d'abris et d'un accès aux soins de santé essentiels. « Il est essentiel d'investir dans l'amélioration des conditions de vie des habitants du nord-ouest de la Syrie », déclare Thomas Balivet. 

« Ce n'est qu'en s'attaquant aux causes profondes de la souffrance que nous pourrons espérer ouvrir la voie au rétablissement ».

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