Une infirmière effectue une prise de sang tandis qu’Halima Hamdan, 35 ans, originaire du Soudan, tient dans ses bras son fils Nassir Hamat Mahamat, âgé de 20 mois et pesant 4,7 kilogrammes. Soigné pour une malnutrition aiguë sévère. Tchad, mai 2026 © Alexis Huguet/ MSF
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Tchad : Une femme enceinte sur cinq souffre de malnutrition dans un contexte de coupes budgétaires critiques

Le lundi 3 août 2026

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Plus d'une femme enceinte ou allaitante sur cinq dépistée par Médecins Sans Frontières (MSF) à Adré, ville frontalière de l'est du Tchad, au cours des six premiers mois de 2026, souffrait de malnutrition aiguë. Trois quarts d'entre elles appartenaient aux communautés hôtes, exclues des distributions alimentaires locales en raison de règles d'aide strictement réservées aux réfugiés enregistrés, dans un contexte de graves restrictions budgétaires.

MSF appelle les bailleurs internationaux à financer intégralement le Plan de réponse aux réfugiés 2026 et le Plan de réponse aux besoins humanitaires du Tchad, en y incluant explicitement les communautés hôtes dans l'aide alimentaire et nutritionnelle, et exhorte les autorités tchadiennes et le HCR à suspendre les nouvelles relocalisations vers Metché, Aboutengué et Arkoum tant que les services alimentaires, hydriques et sanitaires n'auront pas atteint les standards d'urgence, tant pour les réfugiés que pour les communautés hôtes qui les accueillent.

Un plan de relocalisation qui met les populations en danger

Depuis le début de la guerre au Soudan, plus de 930 000 réfugiés soudanais sont entrés au Tchad, dont plus de 80 % de femmes et d'enfants ; plus de 700 000 sont passés par Adré. Les arrivées se concentrent autour de points d'entrée situés dans les provinces tchadiennes du Wadi Fira, de l'Ouaddaï, de l'Ennedi Est et du Sila, où les populations hôtes font face à une précarité chronique, aussi bien dans les zones frontalières que dans les sites de relocalisation à l'intérieur du pays. Depuis avril 2023, le HCR et les autorités tchadiennes ont relocalisé 644 003 personnes depuis les sites de transit frontaliers vers l'intérieur du pays, dont 43 108 depuis janvier 2026 dans le cadre du programme accéléré1.

« Après des mois de violences incessantes et de frappes de drones au Darfour, les réfugiés arrivent dans des endroits comme Adré physiquement épuisés, malnutris et profondément traumatisés, pour se heurter à une nouvelle réalité brutale : ils se retrouvent dans des zones où les communautés hôtes vivent déjà dans une extrême précarité et où les acteurs humanitaires restent rares », déclare Léa Ledru, coordinatrice de projet MSF à Adré. 

La relocalisation ne résout rien : elle ne fait que déplacer la population réfugiée du seuil d'une communauté hôte déjà sous-dotée vers celui d'une autre, sans que l'aide n'augmente pour répondre à cette réalité partagée. »

Malnutrition aiguë

Entre janvier et juin 2026, MSF a dépisté 5 785 femmes enceintes et allaitantes à Adré : 1 225, soit 21,2 %, souffraient de malnutrition aiguë globale (MAG) modérée ou sévère. Parmi elles, 937 femmes (16,2 %) présentaient une malnutrition aiguë modérée (MAM) et 288 (5 %) une malnutrition aiguë sévère (MAS), augmentant fortement les risques de fausse couche, d'hémorragie obstétricale et de naissance prématurée. Aucune organisation n'assure de prise en charge structurée des femmes malnutries ; la réponse se limite à des distributions ponctuelles de mélanges enrichis de maïs, de blé et de soja (« super céréales »), lorsque les stocks sont disponibles.

De graves restrictions budgétaires ont contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) à réduire de moitié les rations alimentaires dans l'est du Tchad depuis janvier 2026. Ces contraintes financières ont provoqué des ruptures de stock des intrants du PAM destinés au traitement de la MAM en mai et juin, interrompant la prise en charge des femmes enceintes, allaitantes et des enfants souffrant de malnutrition modérée. Le stock livré fin juin devrait s'épuiser en septembre, sans visibilité sur les prochaines livraisons.

Les chaînes d'approvisionnement nutritionnel pour traiter la malnutrition aiguë restent extrêmement tendues : seuls deux tiers des besoins annuels en aliments thérapeutiques sont couverts, contraignant l'UNICEF et les acteurs humanitaires à rationner les traitements à 10 sachets par enfant et par semaine au lieu de 14. Ce rationnement permet d'étendre les stocks jusqu'au début 2027, mais un retour aux doses cliniques complètes épuiserait les réserves dès novembre 2026. Pendant ce temps, les communautés hôtes restent exclues des distributions alimentaires générales à Adré, alors que la flambée des prix sur les marchés locaux rend les produits de première nécessité de plus en plus inaccessibles : un bidon de 20 litres d'huile de cuisine est ainsi passé de 12 000 francs CFA (21 dollars) à 20 000 francs CFA (35 dollars).

Le camp de Metché accueille déjà plus de 43 300 réfugiés et membres des communautés hôtes, et plus de 10 000 arrivées supplémentaires en provenance d'Adré sont attendues d'ici la fin de l'année, tandis que MSF et Action Contre la Faim (ACF) restent les seuls acteurs de santé présents. En parallèle de la prise en charge de ces populations, les équipes font face à un afflux d'enfants malnutris venus d'Arkoum et d'Allacha, où le soutien humanitaire s'amenuise, ce qui a fait grimper de 75 % les admissions pédiatriques à l'hôpital soutenu par MSF, passant de 382 au premier semestre 2025 à 670 en 2026.

Des réfugiés soudanais patientent près des points de distribution d'eau du camp de réfugiés de Metché, dans l'est du Tchad. Dans les conditions climatiques rigoureuses de la région, l'accès à l'eau demeure un besoin quotidien essentiel pour les familles vivant dans le camp.
Tchad : À Metché, quand l'accès à l'eau devient une question de dignité 
A Metché, à l’est du Tchad, le jour se lève sur le camp de réfugiés soudanais où le silence n’est jamais vraiment calme. Il est habité par l’attente. 

Seuls 8 litres d'eau par jour et par personne

Les conditions dans le camp sont critiques. La disponibilité en eau n'est que de 8 litres par personne et par jour, très en deçà du minimum d'urgence de 20 litres, contraignant les familles à boire directement l'eau non potable. Les cas de diarrhée ont ainsi bondi de 634 cas au premier semestre 2025 à 1 044 en 2026.

Dans les camps de réfugiés et les sites de transit dépourvus d'eau potable et de latrines, les maladies hydriques se propagent rapidement parmi les réfugiés soudanais et les communautés hôtes voisines, déjà affaiblies par la faim. Les coupes budgétaires sévères et l'impréparation des sites font peser la menace d'une crise sanitaire grandissante. Avec l'installation de la saison des pluies, les lacunes non résolues en matière d'eau, d'assainissement et de nutrition rappellent les conditions dangereuses à l'origine de l'épidémie de choléra meurtrière de l'an dernier, qui avait fait 2 979 cas et 167 décès entre juillet et décembre 2025.

1 Flash update 54, New Sudanese Refugee into Chad, July 30

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