Une voiture de MSF garée au bord de la route après un long trajet de 75 km à travers un terrain accidenté pour atteindre un patient à Marial Baai, dans le nord d'Aweil, Soudan du Sud
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Soudan du Sud : d’une morsure de serpent à la promotion de la santé

Le vendredi 30 janvier 2026

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Chaque année, environ 1,5 milliard de personnes dans le monde — soit près d'un cinquième de la population mondiale —  ont besoin d’intervention médicale pour des maladies tropicales négligées (MTN). 

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), 21 MTN sont reconnues, allant des infections parasitaires et bactériennes aux envenimations. Bien que certains progrès aient été réalisés, notamment en termes de contrôle ou de quasi-élimination de quelques maladies dans certains pays, cela concerne moins de la moitié des pays touchés par les MTN. Même dans ces contextes, l’élimination n’a été atteinte que pour une ou deux maladies sur les 21. Parallèlement, pour plusieurs MTN, la situation se détériore en raison de coupes budgétaires, de conflits, de la fragilité des systèmes de santé ou de crises climatiques.

Les maladies tropicales négligées (MTN) sont souvent mortelles si elles ne sont pas traitées, ou entraînent de graves défigurations et une stigmatisation importante. Elles touchent de manière disproportionnée les communautés les plus marginalisées et les communautés déplacées, et enferment fréquemment les personnes dans un cercle vicieux de handicap, de souffrances chroniques, d'isolement social et de pauvreté.

Nombre de MTN provoquent des douleurs extrêmes, pourtant elles restent largement ignorées malgré leur morbidité et leur mortalité élevées. Il est important de noter que beaucoup de ces maladies sont évitables ou traitables, mais continuent d'être injustement négligées.

Les morsures de serpent figurent parmi les maladies tropicales négligées et constituent une urgence majeure de santé publique dans des pays comme le Soudan du Sud, où le niveau de recherche écologique sur les serpents est parmi les plus faibles, malgré un nombre élevé de cas de morsures.

Chaque année, entre mai et octobre, période de plus en plus risquée en raison des changements climatiques tels que les inondations et les fortes pluies, les équipes de MSF admettent à l’hôpital de nombreux patients victimes d'envenimations par morsure de serpent.

Voici le témoignage de notre collègue sud-soudanais, Noon Makor Arop, qui travaille avec MSF depuis 2019. Noon a été mordu par un serpent en 2021 ; après avoir reçu un traitement, il a travaillé activement comme superviseur de la promotion de la santé et de l'engagement communautaire à Abyei.

« J'ai moi-même été mordue par un serpent en mai 2021. C'était vers 20h, alors que je rentrais du marché. Sur le coup, je n'ai pas réalisé qu'il s'agissait d'un serpent, mais j'ai rapidement ressenti une douleur et un gonflement à l'endroit de la morsure. Je me suis précipitée à l'hôpital où travaillaient mes collègues de MSF. J'ai reçu un traitement à base d'antivenin, j'ai guéri et j'ai pu sortir.

Dans le cadre de mon travail de promotion de la santé, œuvrant activement à sensibiliser la population aux dangers des morsures de serpent, j'ai rencontré de nombreux patients souffrant de ces morsures, tant à l'hôpital qu’au sein de la communauté. Certains ont dû subir des interventions chirurgicales importantes, étant arrivés tardivement à l'hôpital, souvent en raison de leur recours aux médecines traditionnelles.

Portrait de Noon Makor Arop

Au Soudan du Sud, les morsures de serpent constituent un problème de santé grave, souvent mortel, considéré comme une urgence médicale négligée. Cette situation est exacerbée par des conditions environnementales extrêmes et un système de santé fragile. Les morsures de serpent figurent fréquemment parmi les dix principales causes d'hospitalisation dans de nombreux hôpitaux du Soudan du Sud, mettant ainsi des vies en danger. Rien qu'en 2025, MSF a traité 197 patients pour des morsures de serpent dans seulement deux hôpitaux de deux régions différentes, dont celui d’Abye où je travaille.

Dans les zones rurales, les structures de santé manquent souvent d'antivenin de qualité, fréquemment indisponible ou hors de prix. À Abyei, par exemple, l'antivenin n'est disponible qu'à l'hôpital de référence d'Ameth Bek, grâce au soutien des équipes de MSF. De ce fait, de nombreux patients ratent la « première heure », cruciale pour un traitement efficace. Par ailleurs, beaucoup n'ont pas accès aux transports et vivent loin des hôpitaux.

Les guérisseurs traditionnels tentent parfois de pallier ce manque. Leurs méthodes, comme l'incision de la plaie ou l'application de « pierres noires », aggravent souvent la blessure et font perdre un temps précieux qui pourrait sauver des vies. Enfin, les changements environnementaux, tels que les inondations et les chocs climatiques, contraignent les serpents à se rapprocher des zones habitées.

À l'occasion de la Journée mondiale des maladies tropicales négligées, je souhaite que mon message atteigne le plus grand nombre de personnes possible. Il est essentiel d'éviter les remèdes traditionnels contre les morsures de serpent, car ils peuvent retarder les soins nécessaires. Il s'agit d'une question de vie ou de mort ; seuls des traitements conventionnels et un accès immédiat à un antivenin sûr, efficace et abordable peuvent prévenir les décès et les handicaps graves.

En tant que professionnel de la santé, voici quelques conseils pour les personnes susceptibles d'être mordues par un serpent :

 

Pour éviter une morsure de serpent :

✓ Utilisez une lampe torche la nuit.

✓ Portez des chaussures fermées, surtout dans les hautes herbes.

✓ Si vous voyez un serpent, restez calme et éloignez-vous.

 

En cas de morsure de serpent :

✓ Restez calme et évitez les mouvements brusques pour ralentir la propagation du venin.

✓ Retirez vos bijoux et vêtements serrés avant que le gonflement n'apparaisse.

✓ Immobilisez le membre blessé avec une attelle ou une écharpe, en le maintenant au niveau du cœur ou plus bas.

✓ Emmenez la victime rapidement dans un établissement de santé.

✓ N'utilisez pas de garrot ; cela pourrait entraîner la perte de votre membre.

✓ Évitez de couper, de sucer ou d'appliquer de la glace sur la plaie.

✓ N'essayez pas d'attraper ou de tuer le serpent pour l'identifier.

 

Prenez soin de vous. »

L’Organisation mondiale de la Santé estime que 5,4 millions de personnes sont mordues par des serpents chaque année. 

Environ 138 000 personnes en meurent annuellement, tandis que près de trois fois plus de victimes en conservent des handicaps permanentes, notamment la perte d’un membre et des séquelles physiques et psychologiques à long terme.

La prise en charge des morsures de serpent pourrait être pleinement intégrée aux services de santé primaires et secondaires, au lieu d’être considérée comme une composante marginale des programmes de lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN). 

À l’échelle mondiale, les équipes de MSF soignent environ 8 000 patients mordus par serpent chaque année. 

Le renforcement des services de santé de routine permettrait aux patients d’accéder plus rapidement aux soins, et de réduire la pression sur les hôpitaux de référence déjà surchargés.

Malgré son taux de mortalité le plus élevé parmi les 21 maladies tropicales négligées, l'envenimation par morsure de serpent reste gravement sous-financée et négligée. Les investissements dans la prévention, le traitement et l'accès à un antivenin sûr sont disproportionnellement faibles, alors même que des solutions efficaces existent. Garantir un accès rapide à un antivenin polyvalent de qualité et abordable, associé à une formation clinique adéquate et à un suivi des patients, permettrait de réduire considérablement la mortalité, les handicaps permanents et le recours à des interventions coûteuses telles que les soins intensifs, les transfusions sanguines, la chirurgie ou la réadaptation à long terme.

Les décès et les handicaps dus aux morsures de serpent sont en grande partie évitables. Ce ne sont pas les connaissances ou les outils qui manquent, mais l'engagement politique et des investissement soutenus pour pouvoir agir dès-à-présent.

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