
MSF appelle le gouvernement pakistanais à protéger les réfugiés afghans contre les retours forcés et demande des exemptions humanitaires dans le plan de rapatriement
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Médecins Sans Frontières (MSF) appelle le gouvernement pakistanais à veiller à ce que les réfugiés ne soient pas renvoyés de force en Afghanistan dans le cadre du Illegal Foreigners Repatriation Plan (IFRP) et à mettre en place des exemptions formelles pour les personnes ayant besoin d'une protection internationale.
MSF est profondément préoccupée par les conséquences de l’IFRP sur l’accès aux soins de santé des réfugiés. Les réfugiés interrogés par les équipes de MSF expliquent qu’ils retardent ou renoncent à consulter un médecin par crainte d’être arrêtés et afin d’éviter les contrôles de documents dans les établissements de santé. Cette situation entraîne des problèmes de santé évitables, notamment des cas de malnutrition et des complications liées à la grossesse.
MSF s’est entretenue avec Najib*, un réfugié afghan arrêté lors d’une descente de police à son domicile, malgré la présentation de sa carte Proof of Registration (PoR).
Ma femme était enceinte de trois mois lorsque la police m’a emmené. Quand j’ai été libéré et que je suis rentré chez moi le lendemain, elle était encore sous le choc. Elle m’a raconté qu’elle avait commencé à saigner abondamment à cause du stress et de la profonde tristesse. Mon esprit était envahi par les images de l’arrestation, le traumatisme, l’angoisse de la nuit précédente ; tout se bousculait dans ma tête. Mais pour sauver la vie de ma femme, j’ai agi malgré ma peur. J’ai finalement décidé de l’emmener à l’hôpital, mais j’étais terrorisé à l’idée d’être arrêté à nouveau. Je l’ai conduite en urgence chez le médecin, mais il était trop tard. Ma femme avait déjà fait une fausse couche. »
Cette politique compromet également la capacité des familles à subvenir à leurs besoins, les personnes perdant leur emploi et leurs revenus par crainte d’être arrêtées ou expulsées. Début 2026, MSF a déployé des cliniques mobiles auprès de communautés privées d’accès aux soins à Quetta, dans la province du Baloutchistan. Les équipes y ont constaté un taux élevé de malnutrition aiguë chez les enfants venus consulter : 33,3 % répondaient aux critères de la malnutrition aiguë globale. Parmi eux, 7,6 % souffraient de malnutrition aiguë sévère et 25,7 % de malnutrition aiguë modérée.
Près de 90 % des patients souffrant de malnutrition étaient des réfugiés afghans, principalement des femmes et des enfants.
Le gouvernement pakistanais a commencé à mettre en œuvre l’IFRP en novembre 2023, en ciblant d’abord les ressortissants afghans sans papiers, avant d’étendre la mesure aux réfugiés enregistrés détenteurs d’une Afghan Citizen Card (ACC) ou d’une carte Proof of Registration (PoR), dont beaucoup vivent dans le pays depuis 1979. Par une directive du 10 juillet 2026, les autorités pakistanaises ont ordonné l’arrestation immédiate et l’accélération de l’expulsion de tous les ressortissants afghans ne disposant pas d’un visa valide.
« Le Pakistan accueille des réfugiés afghans depuis plus de 45 ans malgré un soutien international limité », déclare Marko den Hartogh, chef de mission de MSF au Pakistan. « Pourtant, les réfugiés afghans vivent dans une peur constante d’être arrêtés, détenus, expulsés de leur logement, privés de leurs moyens de subsistance ou renvoyés du pays. Dans ces conditions, il est peu probable que nombre de ces retours vers l’Afghanistan soient réellement volontaires. »
Selon le HCR, plus de 2,5 millions d’Afghans sont déjà retournés en Afghanistan dans le cadre de l’IFRP, dont beaucoup contre leur gré. Les Nations unies ont récemment identifié plus de 70 000 réfugiés afghans exposés à un risque imminent en cas de retour.
Il est essentiel que les personnes ayant besoin d’une protection ne soient pas expulsées et que les retours soient volontaires, sûrs et dignes », ajoute Marko den Hartogh.
Entre 2023 et 2026, environ six millions d’Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan, mettant à rude épreuve un système de santé afghan déjà extrêmement fragile. L’effacement systématique des femmes et des filles de la vie publique, les importantes coupes dans l’aide américaine et la baisse plus générale des financements, un système de santé saturé ainsi qu’une crise économique qui s’aggrave rendent la réintégration des personnes de retour encore plus difficile.
Les évaluations menées par MSF dans des sites informels accueillant des personnes de retour dans la province de Kandahar, en Afghanistan, en octobre 2025 et en avril 2026, ont révélé un manque d’accès aux soins de santé de base, des abris inadéquats, un niveau élevé de sous-nutrition et des conditions d’assainissement insuffisantes, augmentant ainsi le risque d’épidémies.
MSF appelle tous les pays accueillant des réfugiés afghans à suspendre tout retour involontaire vers l’Afghanistan et à veiller à ce que les procédures de retour ne compromettent ni leur protection ni leur sécurité.
Nous appelons le gouvernement pakistanais à renouer avec sa longue tradition de solidarité envers les réfugiés et à adopter officiellement des mécanismes permettant d’identifier et de protéger les personnes qui risquent de subir des préjudices en cas de retour », déclare Marko den Hartogh, chef de mission de MSF au Pakistan.
« Cela doit inclure les femmes et les filles, les enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, celles nécessitant des soins médicaux urgents ou de longue durée, les réfugiés en attente de réinstallation, ainsi que toutes les personnes exposées à un risque accru de marginalisation, de discrimination ou de persécution. »
*Nom modifié afin de préserver la confidentialité et la vie privée.

