Une kinésithérapeute effectue une séance de rééducation avec une femme âgée dans un hôpital de campagne de MSF à Gaza, Palestine
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Les membres de l'Association médicale mondiale doivent exiger la libération des médecins palestiniens détenus

— Le mardi 6 octobre 2026

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Portrait de Javid Abdelmoneim, Président international de Médecins Sans Frontières

Article d'opinion par le Dr Javid Abdelmoneim, Président international de Médecins Sans Frontières

Plus de 1 700 professionnels de santé ont été tués pendant le génocide à Gaza. Des centaines d’autres ont été détenus par Israël, sans inculpation. Médecins, infirmiers et ambulanciers : ceux qui sont restés pour soigner les blessés sont eux-mêmes devenus des victimes de cette guerre. Lorsque des membres du personnel médical sont tués, emprisonnés ou portés disparus, ce ne sont pas seulement les soignants qui en paient le prix. Ce sont aussi leurs patients qui perdent ceux dont ils dépendent pour survivre. 

Cette semaine, les membres de l’Association médicale mondiale (AMM) se réuniront à Rotterdam pour leur Assemblée générale. À cette occasion, un dossier s’imposera inévitablement à l’ordre du jour : le sort de leurs collègues palestiniens. Ce ne sera pas un sujet de débat parmi d’autres, mais un test pour déterminer si l’instance mondiale chargée de l’éthique médicale entend toujours respecter les principes qu’elle proclame. 

L’AMM a déjà reconnu la gravité de cette question en adoptant une résolution sur la protection des soins de santé dans les conflits. Il s’agissait d’une réaffirmation importante des principes de neutralité médicale. Le défi consiste désormais à veiller à ce que cette position soit suivie d’un engagement de chaque association médicale membre de l’AMM à soutenir explicitement cette résolution et à utiliser son influence pour faire pression sur les gouvernements. 

Si l’Assemblée de l’AMM devait retenir un visage pour incarner ce dossier, ce pourrait être celui du Dr Hussam Abu Safiya. Pédiatre, il dirigeait l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de Gaza - le dernier hôpital encore fonctionnel dans cette partie du territoire avant sa prise d’assaut par les forces israéliennes en décembre 2024. Il est détenu depuis plus de 18 mois, sans inculpation, en vertu de la loi israélienne sur les « combattants illégaux » qui autorise la détention indéfinie. Il continue de subir un isolement prolongé, une perte de poids sévère et l’absence de traitement pour des problèmes de santé préexistants. Une pétition internationale demandant sa libération a recueilli des signatures dans 41 pays. 

Il y a aussi le Dr Mazen Al-Rantisi, médecin généraliste de 71 ans originaire de Ramallah, connu comme le « médecin des pauvres ». Il a été arrêté en juin 2026 lors d’une perquisition menée à son domicile avant l’aube. 

À eux s’ajoute notre confrère de longue date au sein de MSF, le Dr Mohammed Hassan Ali Obeid, chirurgien orthopédiste palestinien de 43 ans et père de trois enfants. Il est détenu en Israël depuis plus de 600 jours, sans inculpation, en vertu de la loi relative aux combattants illégaux. 

Ils ne sont pas des exceptions. Plus de 80 professionnels de santé sont toujours détenus par Israël, dont au moins 14 médecins de Gaza sans inculpation, ainsi que des médecins de Cisjordanie récemment arrêtés. 

La pratique israélienne consistant à détenir arbitrairement, torturer et maltraiter le personnel médical palestinien en Israël s’inscrit dans une entreprise délibérée et systématique visant à démanteler la capacité des Palestiniens à fournir des soins.  

Cela transparaît clairement dans la destruction du système de santé à Gaza par Israël, ainsi que dans l'affaiblissement délibéré des soins de santé en Cisjordanie par des difficultés financières, des obstructions, une pénurie de personnel et des restrictions de circulation. Ceci témoigne du mépris manifeste et flagrant d'Israël pour la vie des Palestiniens.

L’Assemblée de l’AMM doit parler clairement de la situation de ses confrères Palestiniens. Elle doit demander publiquement la libération des médecins palestiniens détenus, notamment le Dr Hussam Abu Safiya, le Dr Mazen Al-Rantisi et le Dr Mohammed Obeid. Elle doit exiger un accès indépendant aux personnes encore détenues. Elle doit soutenir des enquêtes indépendantes sur les attaques contre les services de santé à Gaza et en Cisjordanie, avec la publication des conclusions, quelle qu’en soit l’issue. 

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recensé plus de 790 attaques contre les services de santé, affectant 125 établissements de santé, dont 34 hôpitaux. Près de 90 % des infrastructures sanitaires de Gaza ont été détruites ou endommagées. En août 2025, des experts de l’ONU ont déclaré que la destruction systématique du système de santé constituait un « médicide ». 

Depuis le 7 octobre 2023, des centaines de professionnels de santé ont été détenus par Israël ; certains depuis plus de 600 jours dans des conditions inhumaines avec, dans certains cas, des traitements assimilables à de la torture.  

Et cela n'est pas propre à la bande de Gaza. En Cisjordanie, l’OMS a recensé 98 attaques contre les services de santé au cours des sept premiers mois de 2026 seulement, faisant 87 morts et plus de 1 600 blessés. Des ambulances sont arrêtées aux postes de contrôle et leurs équipages sont arrêtés ; des médecins qui tentent de venir en aide à des personnes blessées lors d’attaques de colons sont empêchés d’intervenir. Des patients sous dialyse ou atteints de cancer restent chez eux parce que les postes de contrôle rendent impossible leur déplacement jusqu’aux lieux de soins. Des professionnels de santé sont pris pour cible, détenus et tués lors d’incursions. 

Il s’agit d’une occasion de faire collectivement pression sur les associations médicales sœurs, les autorités politiques et tous les organismes concernés afin qu’ils agissent. L’AMM devrait se joindre aux appels en faveur d’enquêtes rapides, transparentes et impartiales sur les attaques visant les services de santé à Gaza et en Cisjordanie, tout en réitérant son appel à la libération de tous les professionnels de santé détenus arbitrairement. 

Les professionnels de santé ne sont pas des cibles. Une blouse blanche mérite d’être protégée partout. Autrement, elle ne l’est nulle part. C’est là que se situe le véritable enjeu de Rotterdam.  Il ne s’agit pas seulement de réaffirmer des principes. Il s’agit de montrer que ces principes tiennent encore lorsque cela compte le plus. 

Ce qui se présente devant l’Assemblée de Rotterdam est un devoir. Un devoir qui réaffirme, haut et fort, de manière structurelle et universelle, le principe fondateur de l’AMM : l’adhésion implique une responsabilité éthique, qui ne varie ni selon la géographie ni selon les alliances. Un devoir qui engage chacun de ses membres. »

 

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