Des ingénieurs en eau et assainissement de MSF évaluent un forage dans la ville de Beit Lahia, au nord de la bande de Gaza, en Palestine.
Actualité
InternationalPalestineGuerre au Proche-OrientOpinions et débats

Le principal problème de santé en Palestine est l’occupation israélienne

Le mercredi 29 juillet 2026

En 1 clic, aidez-nous à diffuser cette information :

Le président international de Médecins Sans Frontières (MSF), le Dr Javid Abdelmoneim, a travaillé en 2024 comme urgentiste à Gaza. Dans cette carte blanche, il dénonce la complicité des dirigeants mondiaux qui permettent à Israël de poursuivre sa politique et appelle à un changement radical de cap.

Partout en Palestine, les conséquences cumulées des actions menées par Israël contre la population palestinienne depuis le 7 octobre 2023 sont évidentes : elles ont sapé la capacité des Palestinien·nes à vivre dans la dignité et à vivre en bonne santé. Il faut le dire clairement. Les politiques mises en œuvre à Gaza, ainsi que l’évolution observée en Cisjordanie, s’inscrivent dans un projet plus large de colonisation de la Palestine par l’occupation israélienne.


Plus de 1.000 jours se sont écoulés depuis le début du génocide perpétré par Israël à Gaza, et la punition collective infligée aux Palestinien·nes se poursuit encore aujourd’hui. Au milieu d’un prétendu cessez-le-feu, le monde s’est habitué à voir des Palestinien·nes mutilé·es ou tué·es chaque jour, dans leurs tentes, dans les hôpitaux ou dans la rue.


Le terme « cessez-le-feu » a perdu tout son sens. Alors que j’écris ces lignes, le nombre de victimes continue d’augmenter, tout comme l’indifférence face à la situation catastrophique à Gaza, qui constitue l’un des échecs politiques les plus flagrants de ces dernières décennies.

La violence n’est pas le seul problème


Le mois de juin a été le plus meurtrier depuis octobre 2025. Au 14 juillet de cette année, Israël avait tué 1.110 Palestinien·nes et blessé 3.599 autres depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, tout en étendant son contrôle militaire sur la bande de Gaza. La « ligne jaune » israélienne est une frontière mouvante qui divise le territoire entre des zones sous contrôle palestinien et des zones sous contrôle israélien. Elle continue de s’étendre et expose à des tirs toute personne qui s’en approche, souvent simplement pour rejoindre son abri, ramasser du bois ou chercher de la nourriture.


Mais la violence n’est pas le seul problème. A mesure que cette ligne se déplace vers l’ouest, plus de deux millions de personnes se retrouvent confinées sur à peine un tiers de la bande. Cette situation n’a rien d’accidentel. Elle crée des conditions de surpeuplement extrême dans lesquelles les maladies se propagent facilement et où les besoins essentiels ne sont pas couverts. Nous en constatons les conséquences dans nos cliniques : infections respiratoires, maladies de la peau et maladies diarrhéiques, favorisées par le manque d’eau potable, l’insuffisance des infrastructures d’assainissement et des conditions de vie inhumaines.

La Cisjordanie a elle aussi connu une transformation profonde et violente depuis le 7 octobre 2023. Le gouvernement israélien, l’armée israélienne et les colons soutenus par l’Etat ont accéléré le nettoyage ethnique, la dépossession des terres, la fragmentation territoriale et l’asphyxie économique, érodant davantage encore la présence palestinienne et la continuité du territoire.
 

Le système de santé gazaoui démantelé


Les Palestinien·nes sont traqué·es dans leurs maisons, leurs écoles et sur leurs terres, tandis que leurs agresseurs agissent dans une impunité totale. A Naplouse et à Hébron, nous recevons des patient·es souffrant de traumatismes psychologiques et de dépression liés à l’intensification des violences et aux restrictions de mouvement, qui entravent tous les aspects de leur vie, y compris l’accès aux soins hospitaliers.

 

Un membre du personnel de MSF examine la blessure de Saad Hussein, contraint de vivre avec un fixateur externe depuis qu'il a été blessé en 2025 lors d'une distribution alimentaire organisée par la Fondation humanitaire de Gaza. Centre de soins de santé primaires Al Mawasi, Khan Younis, Gaza. Mai, 2026 © Nour Alsaqqa/MSF

Israël continue d’entraver systématiquement l’accès aux soins de santé en Cisjordanie et a délibérément démantelé le système de santé dans la bande de Gaza.


Le personnel médical, les patient·es, les ambulances et les hôpitaux ont tous été pris pour cible.
Le 26 octobre 2024, lors d’un raid sur l’hôpital Kamal Adwan à Gaza, le chirurgien de MSF Dr Mohammed Obeid a été arrêté avec 57 autres personnes. Il fait partie des plus de 95 professionnel·les de santé palestinien·nes toujours détenu·es par les forces israéliennes. A ce jour, le Dr Obeid reste emprisonné en Israël sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre lui. Nous continuons à demander sa libération immédiate et inconditionnelle.


Le génocide a décimé les effectifs du système de santé à Gaza, et il faudra des années pour reconstruire cette capacité. Depuis octobre 2023, au moins 1.700 membres du personnel de santé ont été tués, ainsi que quinze de nos collègues de MSF, dont beaucoup d’entre eux ont travaillé sans relâche pendant des décennies. Personne n’est en sécurité à Gaza.

Une situation enracinée
L’accès aux soins est encore plus restreint depuis que les autorités israéliennes ont radié 37 organisations humanitaires en janvier. Israël nous empêche de faire entrer notre personnel international à Gaza et en Cisjordanie et d’acheminer du matériel essentiel. Bien qu’une partie de l’aide humanitaire ait pu entrer dans la bande, elle reste largement insuffisante. Ces restrictions arbitraires s’inscrivent dans une politique punitive de longue date imposée par Israël.

 

Deir al-Balah, nord-est de Gaza. Palestine, mars, 2026 © Craig Kenzie/MSF

Qu’il s’agisse de la violence directe, du démantèlement du système de santé, de l’entrave à l’aide humanitaire, de la création de conditions favorisant la famine, de l’utilisation de l’eau comme arme de guerre, de l’augmentation des naissances prématurées, de la mortalité infantile et des fausses couches, ou encore du refus d’accès aux soins, une chose m’apparaît claire : le principal problème de santé en Palestine est l’occupation israélienne.


Les méthodes employées par Israël sont désormais tolérées ; la conduite d’Israël a été normalisée par les dirigeants du monde entier. Par leur soutien politique, leur aide militaire ou leur silence, ils ont permis la poursuite de ces politiques.


La situation n’est pas seulement intolérable ; elle est profondément enracinée. A Gaza, le génocide se poursuit, tandis qu’en Cisjordanie, le nettoyage ethnique s’accélère.

Un changement radical de politique est urgent. Il doit placer au centre la dignité des Palestinien·nes, la protection des populations civiles, garantir un accès humanitaire sans entrave et assurer que tous les gouvernements rendent des comptes. Sans ce changement, les 1.000 prochains jours ne marqueront pas un tournant, mais la poursuite de cette même réalité dévastatrice.

 

Nos actualités en lien