Mahmoud Al-Dahdouh et son fils, touché à la tête par des tirs de l'armée israélienne, bande de Gaza, Palestine
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Gaza : Cinq raisons pour lesquelles ce cessez-le-feu n'en est pas un.

Le vendredi 24 juillet 2026

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Ozan Agbas, Responsable des urgences Médecins Sans Frontières (MSF) pour la Palestine

 

Neuf mois après le début du cessez-le-feu, les Palestiniens continuent de sortir des enfants des décombres à Gaza. Des familles continuent d'enterrer leurs morts. Et l'espace où deux millions de personnes sont censées survivre a été réduit à moins d'un tiers de sa superficie d'il y a trois ans. Ce n'est pas un cessez-le-feu : c'est la même violence structurelle sous un autre nom.

C'est la poursuite d'un génocide qui est calibré pour être suffisamment violent pour entretenir les souffrances quotidiennes des Palestiniens, mais suffisamment silencieux pour éviter de susciter l'indignation internationale. Ce cessez-le-feu continue de tuer, d'asservir et de priver d'aide. Il ne démantèle pas les mécanismes de la violence ; il normalise le mépris persistant pour la vie des Palestiniens.

Malgré cette incertitude et la violence qui persiste, nos collègues palestiniens ont continué à gérer des hôpitaux de campagne, à soigner les blessés, à apporter un soutien psychologique, à distribuer de l'eau et à prodiguer des soins de santé généraux à la population de Gaza. 

1. Les massacres ne cessent pas.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1 185 Palestiniens ont été tués et 3 816 blessés depuis l’annonce du prétendu cessez-le-feu, le 10 octobre 2025. Cela représente environ un Palestinien tué ou blessé toutes les heures et 20 minutes, et ce depuis neuf mois d’affilée. Au 19 juin, plus de 265 enfants avaient été tués selon l’UNICEF. Les forces israéliennes continuent de mener des frappes quotidiennes dans toute la bande de Gaza, tout en étendant chaque jour leur zone de contrôle.

Pour le personnel de MSF à Gaza, la frontière entre soigner des patients et en devenir un est terriblement mince. 

Le 16 juillet, une frappe israélienne près d'une clinique MSF à Al-Mawasi a blessé quatre personnes, qui ont été prises en charge par nos équipes. Le lendemain, deux immeubles abritant notre personnel à Gaza ont été frappés sans avertissement, piégeant des familles à l'intérieur tandis que les explosions brisaient les vitres. Dans l'un des immeubles, des décombres et des corps se sont écrasés sur l'appartement d'un membre du personnel MSF, situé au rez-de-chaussée.

Le même jour, les équipes de MSF à Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, ont pris en charge 12 personnes, dont sept enfants, blessées après que les forces israéliennes ont frappé un cortège funèbre à Al-Nuseirat. Au total, cette frappe a fait huit morts et 20 blessés. Parmi les victimes figurait le fils de 21 ans d’un membre du personnel de MSF ; notre collègue a appris la nouvelle alors qu’il travaillait dans un autre service des urgences.

Il ne s'agissait pas d'incidents isolés, mais simplement d'un aperçu de la situation à Gaza pendant 48 heures.

Un cessez-le-feu devrait signifier que nos services d'urgence ne soient plus encombrés de blessés de guerre. Près de deux ans après l'installation de l'hôpital de campagne de MSF à Deir el-Balah, et neuf mois après l'annonce du cessez-le-feu, nos équipes continuent de recevoir des blessés de guerre.

2. Le confinement des Palestiniens érigé en nouvelle arme.

La ligne jaune, négociée dans le cadre du cessez-le-feu sous couvert de sécurité, est devenue un autre mécanisme de contrôle et de violence des forces israéliennes, divisant la bande de Gaza et confinant les Palestiniens à une zone toujours plus réduite.

La ligne jaune est en mouvement. Elle n’est ni clairement marquée ni fixée, se déplaçant vers l’ouest chaque fois que les forces israéliennes le décident. Sans négociation, sans avertissement et sans droit de s’étendre. 

Pas plus tard que cette semaine, une mère a raconté à nos équipes que son fils de 14 ans, atteint de trisomie 21, avait été touché par cinq balles tirées par des tireurs d'élite israéliens près de la ligne jaune alors qu'il jouait près de chez lui. La ligne jaune est devenue une frontière mouvante qui confine les populations et les expose à une violence continue, en toute impunité.

Lors de l'annonce du prétendu cessez-le-feu, les forces israéliennes contrôlaient environ la moitié de Gaza. Aujourd'hui, près de deux millions de Palestiniens sont confinés sur environ 30 % du territoire.

Un cessez-le-feu devrait garantir que les hostilités soient suspendues, que les armes soient réduites au silence et que la population soit à l’abri des frappes dans toute la bande de Gaza. L’utiliser comme arme de guerre et renforcer le confinement à une fraction de Gaza ne peut se justifier. 

Environ 90 % de la population a été déplacée de force, souvent à plusieurs reprises, et la plupart vivent dans des tentes surpeuplées ou des abris de fortune. La gale, les infections respiratoires, les morsures de rats et d'autres maladies y sont très répandues.

Lorsque les frappes ne suffisent pas à dissuader les gens de partir, le surpeuplement, les maladies et la misère font le reste : une méthode insidieuse pour rendre le même tiers de Gaza invivable pour les personnes qui y sont piégées.

3. Les habitations continuent d’être détruites, et les personnes sont contraintes de fuir.

La destruction des habitations et la guerre psychologique fondée sur l’insécurité ne se sont pas arrêtées avec l’annonce du cessez-le-feu.

À l’est de la « ligne jaune » contrôlée par les forces israéliennes, des habitations et des quartiers entiers continuent d’être rasés. À l’ouest de cette ligne, dans les zones de plus en plus restreintes où les Palestiniens sont confinés, les frappes israéliennes continuent de viser les tentes, les abris et les rares bâtiments encore debout.

Au moment de la signature du cessez-le-feu, environ 60 % de la population de Gaza était déjà sans abri, près de 77 % des logements étaient endommagés, la plupart entièrement détruits, et près de 1,9 million de Palestiniens avaient été déplacés de force, souvent à plusieurs reprises.

Aujourd'hui, près d'un million de Gazaouis vivent sous des tentes ou dans des abris de fortune, selon le Conseil norvégien pour les réfugiés, la plupart sans accès fiable à l'eau potable, à l'électricité, aux soins de santé ou aux produits de première nécessité. Pourtant, les forces israéliennes continuent de détruire les rares abris restants et d'émettre de prétendus ordres d'évacuation qui contraignent les populations à fuir à nouveau.

Comme tous les habitants de Gaza, nos collègues n'ont souvent que quelques instants pour partir lorsque les forces israéliennes annoncent ces ordres d'évacuation. Ils abandonnent leurs maigres possessions, sans aucun endroit sûr où aller. Même les nuits sans ordre d'évacuation, l'incertitude demeure. Les familles s'endorment sans savoir si elles se réveilleront face à un nouvel ordre d'évacuation ou une nouvelle frappe.

Ces ordres soudains et arbitraires d'évacuation des foyers et des abris continuent d'être utilisés comme une arme de guerre psychologique par les forces israéliennes. Les déplacements répétés et l'insécurité ne sont pas une conséquence de la campagne militaire ; ils en sont devenus l'une des caractéristiques fondamentales, garantissant que les Gazaouis ne se sentent jamais en sécurité, même en cas de cessez-le-feu.

4. L’aide est devenue un instrument de plus à des fins militaires.

L’aide humanitaire ne devrait jamais dépendre des termes d’un cessez-le-feu. En tant que puissance occupante, l’État israélien a l’obligation, en vertu du droit international, de garantir aux Palestiniens de Gaza l’accès à l’aide, indépendamment des négociations politiques, des accords militaires ou du déroulement des hostilités.

Au lieu de cela, l’aide continue d’être utilisée de manière délibérée et conditionnelle, comme un instrument d’oppression. Les acheminements sont constamment retardés par des restrictions changeantes aux points de passage, et l'aide est intégrée aux négociations de cessez-le-feu comme s'il s'agissait de concessions politiques. Les différentes phases de la mise en œuvre du cessez-le-feu sont elles-mêmes instrumentalisées pour transformer l'aide en arme : elle est alors traitée comme un moyen de pression plutôt que comme une obligation légale. Le souvenir des programmes d’aide meurtriers de l’année dernière, tels que les points de distribution de la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF), ne fait qu’accroître notre inquiétude quant à ce qui pourrait se produire si ces plans étaient mis en œuvre.

L'aide d'urgence est retenue ou retardée sous prétexte que le redressement et la reconstruction suivront. Or, neuf mois plus tard, aucun plan concret n'a été mis en place et l'aide d'urgence continue d'être restreinte par les autorités israéliennes. Au lieu d'assumer ses obligations de puissance occupante, Israël a radié les organisations humanitaires internationales, dont MSF, contraignant le personnel international à quitter la Palestine et empêchant l'acheminement de matériel médical vers les populations dans le besoin. En remplacement, de nouvelles propositions visent à confiner les Palestiniens dans des camps strictement contrôlés, où l'accès à un abri et à l'aide serait conditionné par la présence dans des enclos militarisés supervisés par des forces approuvées par Israël.

Les besoins d'urgence de la population ne sont pas satisfaits, tandis que le processus de reconstruction lui-même est pris en otage par les mêmes calculs politiques et militaires qui restreignent déjà l'aide. Chaque étape sert à justifier le blocage de la suivante, alors même que la survie des Palestiniens ne tient qu'à un fil et qu'ils ne peuvent ni regagner leurs foyers, ni reconstruire leurs communautés, ni se relever dans la dignité.

5. Les blesures psychologiques continuent de s'aggraver.

Le cessez-le-feu n'a pas apporté la sécurité, la stabilité ni la prévisibilité nécessaires à la guérison.

À Gaza, les équipes de MSF continuent de constater des niveaux alarmants d’affliction, d'anxiété, de troubles du sommeil et de détresse psychologique chez les adultes comme chez les enfants. Loin de s'atténuer, ces symptômes s'aggravent sous l'effet des frappes aériennes incessantes, des déplacements de population et de la détérioration des conditions de vie. Certains patients, notamment des mères, confient à nos équipes avoir des pensées suicidaires.

Pour les Palestiniens, un cessez-le-feu créerait des conditions qui leur permettraient de faire leur deuil, de commencer à reconstruire leur vie et de se remettre de la violence qu’ils ont subie. Cela ne s’est pas produit à Gaza.

La guérison psychologique ne peut avoir lieu tant que les bombes continuent de tomber, avec le bruit constant des drones dans le ciel, seulement interrompu lorsqu'une frappe touche le sol. Les gens vivent dans la peur de ne pas savoir si eux-mêmes, leur famille ou leurs voisins survivront à la journée.

La protection des civils ne commence pas avec la signature d'un cessez-le-feu. Les civils doivent être protégés et l'acheminement de l'aide doit être facilité même pendant les hostilités. Neuf mois après ce prétendu cessez‑le‑feu, les blessures de guerre demeurent non seulement ouvertes, mais continuent d’être infligées.

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