Des enfants dessinent ensemble autour d'une table commune lors d'une activité créative organisée dans le cadre de la session de jeux et de divertissements du carnaval de MSF pour les enfants au point médical avancé d'Al Zaytoun, dans la ville de Gaza City, Palestine
Actualité
InternationalPalestineGuerre au Proche-OrientToutes les actualités

Dessiner Gaza quand son enfance a été façonnée par la peur et la violence

— Le mardi 20 octobre 2026

En 1 clic, aidez-nous à diffuser cette information :

MSF alerte sur le fait que trois années d'offensive militaire israélienne, de déplacements massifs et de destructions ont dévasté la santé mentale des enfants à Gaza. 

Dina, 11 ans, a dessiné son quartier avant et après le génocide. Elle se souvient de la mosquée, des bâtiments et des arbres. Palestine.
Dessin de Dina, 9 ans, représentant le jour où ses grands-parents ont été tués par des bombes et des bombardements, et l'ambulance qui les a emmenés de leurs maisons sous les tirs, à Shujaeyya, un quartier de Gaza, Palestine

La file d'attente pour récupérer de la nourriture, la pluie qui s’abat à travers la tente, le char qui rase les bâtiments, le quadricoptère omniprésent, ou encore les amis avec lesquels ils avaient l'habitude de jouer. Dina, Rahaf, Motassem et plusieurs autres enfants de Gaza expliquent calmement la signification de leurs dessins, mais les histoires qu'ils racontent sont tout sauf paisibles. Réalisés lors de séances psychosociales de groupe organisées par Médecins Sans Frontières (MSF), ces dessins témoignent de ce que ces enfants voient et ressentent : les souvenirs d'une enfance marquée par la peur et la violence.

Trois années d'offensive militaire israélienne brutale ont eu des conséquences dévastatrices sur la santé mentale de la jeune génération gazaouie. Nombreux sont ceux qui ont perdu des membres de leur famille, leur maison, leur école et leurs amis, tandis que les déplacements répétés et les conditions de vie catastrophiques ont privé les enfants d’espaces où ils devraient pouvoir se sentir comme des enfants et jouer sans crainte.

À Gaza, nous constatons des niveaux extrêmement élevés d’aaffliction, d'anxiété, de troubles du sommeil et de détresse psychologique, tant chez les adultes que chez les enfants », déclare Franz Luef, chef de mission de MSF pour la Palestine. 

« Ces symptômes sont exacerbés par une crise qui est entrée dans une phase moins visible, caractérisée par le démantèlement systématique par Israël des conditions nécessaires à la survie des Palestiniens. »

Selon l’OMS, le nombre de personnes à Gaza nécessitant un soutien psychosocial et en santé mentale urgent a plus que doublé depuis le début du conflit, passant d’environ 485 000 à plus d’un million. La prise en charge de la santé mentale est devenue un volet essentiel du travail de MSF : les équipes proposent des consultations individuelles, des activités psychosociales et psychoéducatives en groupes pour les adultes, ainsi que des activités récréatives pour les enfants et les adolescents, qui sont particulièrement vulnérables.

Dessin représentant des rues propres, des enfants qui jouent et une école à Gaza, Palestine
Rahaf, 11 ans, a réalisé deux dessins : un d’avant la guerre, l’autre d’après. Dans le dessin d’avant, elle a représenté son quartier : des rues propres, des enfants qui jouent et une école pleine de cours et d’apprentissage. Gaza, Palestine

Une enfance volée par le génocide

Pour les enfants assez âgés pour se souvenir de la vie avant le génocide commis par Israël, il ne reste presque rien du monde qu’ils ont connu. Les lieux où ils ont grandi ont été détruits. Les choses essentielles qui devraient définir l’enfance – se sentir en sécurité, jouer avec ses amis, aller à l’école et passer du temps en famille – leur ont été volées, remplacées par des souvenirs de violence, la menace constante de nouvelles attaques, et le spectacle de la destruction. Aller chercher de l’eau, faire la queue pour manger ou aider leurs familles à survivre font maintenant partie de leurs responsabilités quotidiennes. Pour les plus jeunes, les conséquences sont différentes : certains n'ont jamais connu autre chose que le déplacement et le bruit des frappes aériennes.

Les enfants qui ont grandi pendant la guerre, et qui ont aujourd’hui trois ou quatre ans, ont perdu la compréhension de tant de concepts fondamentaux », explique Mahmoud Al-Balbisi, conseiller en santé mentale chez MSF. « Beaucoup ne savent pas ce que signifie "maison”. La tente est devenue leur foyer, car ils n’ont jamais connu la vie dans une maison. »

Les enfants ont aussi commencé à recréer ce qui les entoure par le jeu et le dessin. Au lieu de jeux reflétant une enfance ordinaire, les conseillers constatent que les enfants imitent la distribution d'aide, décrivent des attaques ou jouent parmi les décombres d'immeubles détruits.

Dina

Dina, une fillette de neuf ans, se souvient d'avoir été contrainte de quitter sa maison avec sa famille, poussant son père blessé en fauteuil roulant après qu'un camion lui a roulé sur le pied alors qu'il allait chercher de l'aide. Dina n’aspire qu’à une chose toute simple : « Que tout redevienne comme avant. Ma mamie et mon papy. »

Rahaf

Rahaf, une fillette de onze ans, raconte : « Parfois, je suis à la fenêtre et je vois les chars tirer. Je dis à ma mère : “Rentre, parce que les chars tirent et lancent des obus.” J’ai peur pour ma famille, alors je lui dis de rentrer. Ma cousine a été tuée. Je ne l’oublierai jamais. Je jouais tout le temps avec elle. »

Conséquences des violences prolongées sur le comportement quotidien

Malgré leur résilience, les effets d'une violence prolongée se manifestent chez les enfants dans leurs comportements quotidiens. Les conseillers signalent une augmentation de l'anxiété, de la peur, des cris, des comportements agressifs, du fait de se ronger les ongles et de l’incontinence urinaire chez les enfants.

À la clinique Zaytoun de MSF, à Gaza City, des conseillers apportent un soutien psychosocial aux enfants à travers la musique, les jeux, les histoires et le dessin, leur offrant ainsi un espace d'expression. Lors des séances de suivi, les conseillers aident les enfants à renouer avec leur identité d'avant-guerre, et à comprendre leurs émotions. 

Nous essayons de rappeler aux enfants leur humanité et qu'ils sont des enfants », explique Al-Balbisi.

Des activités telles que « Mon corps est mon royaume » les aident à reconnaître leur droit à la sécurité et à la protection de leur intégrité physique, dans un environnement où les enfants sont de plus en plus exposés au danger. 

« Après trois années de violence, de conditions de vie inhumaines et de pertes, les enfants ne portent pas seulement en eux des souvenirs de guerre ; leurs expériences ont profondément transformé leur perception de la sécurité et de l’enfance elle-même », explique Luef. « Il n’y a toujours aucune sécurité pour les enfants à Gaza. Les bombardements peuvent survenir à tout moment, et ils continuent de vivre dans la peur constante, sans aucune possibilité de se remettre de ce qu’ils ont déjà enduré ni d’y échapper. Les besoins en santé mentale à Gaza sont immenses, mais les services et les structures d’accueil disponibles pour les enfants restent extrêmement limités suite à la destruction systématique du système de santé par les forces israéliennes. »

Dessin de Mottasem, 14 ans, représentant l'arrière de la maison qu'il a perdue, avec leur grand champ rempli d'oliviers et de fruits. Palestine.
Dessin de Motassem, 14 ans, représentant des nuages ​​et des bombes qui en tombent. Il explique que l'une des choses les plus difficiles de son quotidien depuis est de devoir aller chercher de l'eau aux camions-citernes.

Entre fin 2023 et septembre 2026, les équipes de MSF ont assuré plus de 132 000 consultations individuelles en santé mentale et ont soutenu plus de 246 000 personnes à travers des activités de groupe.

Nos actualités en lien