
Urgence humanitaire au Yémen
Après plus de onze années de conflit, le Yémen reste plongé dans une crise humanitaire sans précédent. Plus d’une décennie de guerre, marquée par l’effondrement du système de santé, la dégradation de l’économie, les déplacements de population, la destruction d’infrastructures, les épidémies récurrentes et les restrictions sur l’acheminement de biens essentiels, a eu des conséquences dévastatrices pour la population.
Depuis septembre 2026, une nouvelle escalade a entraîné une détérioration rapide du contexte humanitaire à travers le pays.
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026
Cette dernière escalade au Yémen s’inscrit dans un contexte humanitaire déjà extrêmement préoccupant, aggravé par un sous-financement chronique de la réponse humanitaire. La population continue de faire face à de grandes difficultés et l'accès aux services de santé, ainsi qu'aux services les plus essentiels comme l'alimentation ou l'eau potable, demeure très limité.
Au total, 14,4 millions de personnes ont besoin d’une aide en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WATSAN).
Selon les Nations unies, environ 377 000 personnes ont perdu la vie à cause des conséquences directes et indirectes du conflit depuis 2015, tandis que près de 22 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une assistance humanitaire ou d’une forme de soutien.
Avant cette dernière escalade, le Yémen comptait déjà environ 5,2 millions de personnes déplacées, selon l’UNHCR. Depuis le mois d’août, plus de 217 000 personnes supplémentaires ont été contraintes de fuir leur foyer à travers le pays. Près de 3 000 personnes ont également quitté le Yémen pour chercher refuge à Djibouti.
Un système de santé extrêmement fragilisé
Après plus d’une décennie de conflit et d’instabilité, le système de santé yéménite est extrêmement fragilisé. Fin 2026, seuls 59 % des établissements de santé étaient pleinement fonctionnels, alors que l’accès aux soins demeurait déjà insuffisant dans de nombreuses régions du pays avant même 2015.
Les dommages causés par le conflit aux infrastructures sanitaires ne constituent pas le principal problème. Le manque de personnel et de matériel, les pénuries de médicaments, ainsi que les difficultés rencontrées par les patients pour accéder aux soins ou en assumer le coût ainsi que le sous-financement limite le pays, accablé et démuni, pour faire face aux besoins humanitaires croissants.
En 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé un appel de fonds de 38,8 millions de dollars afin de fournir une assistance sanitaire d’urgence à 10,5 millions de personnes. En juin 2026, un tableau de bord du Health Cluster indiquait que seulement 17% des financements nécessaires avaient été mobilisés.
Le manque de financement des soins de santé primaires continue d'entraîner des décès évitables et une aggravation de l'état de santé, en particulier chez les enfants et les mères, qui n'ont pas accès à des soins médicaux adéquats et en temps opportun.
Les organisations humanitaires présentes au Yémen, dont MSF, ne peuvent à elles seules répondre à l’ampleur des besoins médicaux et humanitaires. Le soutien aux structures de santé existantes et l’ouverture de nouveaux services de soins primaires sont essentiels, mais restent insuffisants face à l’ampleur de la crise.
L’absence de vaccination systématique, associé aux lacunes des soins primaires et spécialisés, exposent la population à un risque accru de maladies évitables telles que la rougeole, la diphtérie, la poliomyélite ou la méningite, qui refont surface au Yémen.
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement continuent également de limiter l’accès aux soins essentiels, notamment dans le nord du Yémen. Les récentes escalades regionals et locales du conflit ont entraîné des annulations répétées de vols et des retards dans l’acheminement des marchandises, compliquant l’importation de médicaments, de matériel médical et d’autres fournitures indispensables.
La situation en quelques chiffres
PERSONNES ONT BESOIN D'UNE ASSISTANCE HUMANITAIRE¹
PERSONNES ONT BESOIN D'UNE ASSISTANCE WATSAN¹
PERSONNES DÉJÀ DÉPLACÉES AVANT LA RÉCENTE ESCALADE¹
PERSONNES ONT ÉTÉ DÉPLACÉES DEPUIS AOÛT 2026
Des indicateurs de santé parmi les plus préoccupants à l'échelle mondiale
Le manque d'accès aux soins essentiels continue d'alimenter la malnutrition et la propagation de maladies infectieuses.
Une crise qui ne peut plus être ignorée
L’aggravation de la crise humanitaire au Yémen exige des engagements politiques et financiers urgents de la part des États membres de l’ONU, des donateurs, des parties au conflit et des autorités yéménites.
La réponse à la crise humanitaire au Yémen reste gravement sous-financée. L’appel humanitaire (d’environ 2,1 milliards de dollars) n’est financé qu’à hauteur de 22 %, soit un déficit de 1,72 milliard de dollars. Dans ce contexte, un renforcement urgent et rapide de la réponse humanitaire est indispensable pour répondre aux besoins aigus et croissants.
Aujourd'hui, il y a approximativement 13 ONG internationales, dont MSF et le CICR, encore opérationnelles dans le nord du Yémen, une région où vivaient environ 75 % de la population (avant la récente escalade du conflit) et où les besoins humanitaires sont considérables. Le retrait des acteurs humanitaires ne fait pas disparaître ces besoins ; au contraire, ils deviennent plus difficiles à identifier, à atteindre et à satisfaire.
Les personnes déplacées, vivant dans des conditions précaires, ont un besoin urgent de nourriture, d'eau, de services d'assainissement, d'abris et de biens de première nécessité.
Les organisations humanitaires et les autorités doivent garantir et élargir l'accès aux soins de santé pour les populations touchées par la crise. Les déplacements, l'insécurité et la saturation des services empêchent nombre d'entre elles d'accéder aux soins dont elles ont un besoin urgent. Une attention humanitaire cruciale doit être portée sur :
Renforcer les prestations de services de santé : répondre aux besoins croissants engendrés par plus d’une décennie de conflit et l’effondrement du système de santé, notamment en matière d’urgences, de traumatismes et d’orientation vers des structures spécialisées liées au conflit.
Intensifier les programmes de traitement et de prévention nutritionnels ciblant les enfants souffrant de malnutrition aiguë, les femmes enceintes et allaitantes et les filles, et améliorer la disponibilité et la distribution de produits nutritionnels.
Apporter un soutien urgent aux campagnes de vaccination contre la rougeole et aux autres vaccins essentiels afin de vacciner tous les enfants du Yémen.
Apporter un soutien urgent à la préparation et à la riposte au choléra et aux diarrhées aqueuses aiguës, en intégrant un soutien en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène, de surveillance et de services de santé d’urgence.
Protéger les civils, les structures de santé et l’aide humanitaire
En temps de conflit, les civils et les missions médicales doivent être protégés à tout prix, et l’aide humanitaire fondée sur des principes doit être facilitée.
Toutes les parties au conflit doivent respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire (DIH) en protégeant les civils et les infrastructures civiles et en prenant toutes les mesures possibles pour épargner aux civils et à la mission médicale les effets des hostilités.
Toutes les parties au conflit, et les acteurs ayant une influence sur elles, ainsi que les autorités yéménites doivent faciliter la fourniture d’une aide humanitaire fondée sur des principes. En particulier, un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave doit être garanti afin de permettre aux acteurs humanitaires et médicaux opérationnels de continuer à fournir en toute sécurité une aide vitale. Les retards, les détournements, les interférences ou les blocus des cargaisons médicales essentielles et des mouvements de personnel par les parties régionales et/ou yéménites au conflit compromettent la qualité et la rapidité de la fourniture des services.
Les activités de MSF au Yémen
Dans plusieurs régions du Yémen, les équipes de MSF soutiennent des hôpitaux et centres de santé afin de répondre aux besoins médicaux des populations affectées par le conflit.

La réponse de MSF en 2025
CONSULTATIONS EXTERNES
HOSPITALISATIONS
PERSONNES TRAITÉES POUR LE CHOLÉRA
ACCOUCHEMENTS ASSISTÉS
ENFANTS ADMIS DANS DES PROGRAMMES DE NUTRITION EN MILIEU HOSPITALIER
PERSONNES TRAITÉES POUR LA ROUGEOLE
CAS DE PALUDISME TRAITÉS
CONSULTATIONS INDIVIDUELLES EN SANTÉ MENTALE
La réponse de MSF depuis la récente escalade
À l'ouest et au sud du Yémen
Appui aux services de pédiatrie et de maternité de l’hôpital général de Mocha :
- 651 patients (du 10 septembre au 11 octobre) aux urgencies
- 87 accouchements, dont 37 césariennesAppui au centre de soins de santé primaires (CSSP) de Khokha :
- 130 à 160 consultations par jour en moyenne
- 2 199 patients vus au triage
- 49 accouchementsAppui au centre de soins de santé primaires, aux urgences et à la maternité de Mafraq (réouverture le 12 octobre) :
- 18 consultationsIntervention en cas de traumatisme : Distribution de trousses médicales d’urgence dans deux centres de soins à Khokha et Mafraq, ainsi que dans les centres de soins de Dhubab. Envoi de quatre trousses de traumatologie à l’hôpital de Taïz. Activités de renforcement des capacités à l’hôpital Ibn Khaldoun de Lahj.
Soutien au service des urgences de l'hôpital Al-Joumhouria à Aden, du 12 septembre au 11 octobre :
- 70 patients blessés (la plupart arrivés entre le 12 et le 15 septembre)
- Don de trousses de traumatologie pour soutenir la prise en charge des victimes en grand nombre.L'équipe du projet MSF à Aden a répondu à l'afflux massif de victimes en soutenant l'organisation du triage, l'évaluation rapide des besoins et des lacunes, et en renforçant les capacités du personnel soignant grâce à des formations sur la gestion des afflux massifs de victimes, afin de les préparer à de futures situations.
Cliniques mobiles dans les gouvernorats d'Aden et de Lahj :
- 1 060 consultations depuis le 15 septembre
Au nord du Yémen
- Dans le gouvernorat d’Abs, les équipes de MSF ont soigné 72 blessés entre le 17 et le 23 août 2026 à l’hôpital général d’Abs et lui ont fait don de matériel médical.
- À Dhi As Sufal, dans le gouvernorat d’Ibb, les équipes de MSF ont soigné cinq blessés entre le 11 et le 15 octobre, suite à la récente escalade de la violence dans le gouvernorat de Taïz, compte tenu de la proximité du projet avec la zone. Le projet a activé son plan d’intervention en cas d’afflux massif de victimes afin de pouvoir accueillir jusqu’à 40 patients. MSF a également fourni à l’hôpital général local huit unités de sang, deux trousses de traumatologie pour 20 patients et 50 sacs mortuaires, tandis que les activités hospitalières courantes se poursuivaient.
En choisissant de donner au Fonds d’Urgence, vous permettez à nos équipes d’agir immédiatement partout où nous déployons des secours d’urgence comme au Yémen