Mobilisation de militants lors de la Conférence internationale sur le sida. Munich, le 23 juillet 2024.© MSF
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Le laboratoire Gilead doit débloquer l’accès à un médicament qui pourrait révolutionner la lutte contre le VIH

Le jeudi 18 juin 2026

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Pour la première fois, un médicament pourrait prévenir la quasi-totalité des infections au VIH. Mais Gilead, le fabricant du lénacapavir, restreint son accès à de nombreux pays. Médecins Sans Frontières (MSF) demande au laboratoire de lever ces restrictions pour rendre ce traitement accessible à toutes les personnes qui en ont besoin, partout dans le monde. 

Chaque année, plus d'un million de personnes contractent le VIH. Pourtant, un outil de prévention révolutionnaire existe désormais : le lénacapavir, une prophylaxie pré-exposition (PrEP) injectable à action prolongée administrée seulement deux fois par an et dont l'efficacité approche les 100 %.

Ce médicament pourrait changer le cours de l'épidémie mondiale de VIH/sida. Mais aujourd'hui, il reste inaccessible à la majorité des personnes qui en ont besoin.

Gilead Sciences, l'entreprise qui détient le contrôle exclusif du lénacapavir, limite sa production, restreint sa distribution et le vend à des prix exorbitants. Aux États-Unis, le traitement coûte plus de 28 000 dollars par an et par personne, un tarif inaccessible pour de nombreuses personnes. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les besoins sont souvent les plus importants, l’accès reste par ailleurs largement insuffisant, voire inexistant.

Un médicament révolutionnaire, toujours hors de portée des plus vulnérables

Pire encore : malgré des demandes répétées, Gilead refuse de fournir ce médicament à MSF pour ses programmes médicaux dans le monde. L’entreprise renvoie MSF vers le Fonds mondial, auquel elle a accordé un nombre limité de doses pour certains pays à revenu faible ou intermédiaire. Cependant, ces doses commencent déjà à manquer dans des pays comme l’Eswatini et le Kenya, et certains des pays et communautés que MSF cherche à atteindre ne sont même pas éligibles pour les recevoir.

« Nous ne pouvons pas laisser l’histoire se répéter », alerte le Dr Tom Ellman, directeur de l’Unité médicale d’Afrique australe (SAMU) de MSF. 

Au début de l'épidémie de VIH/sida, les entreprises pharmaceutiques vendaient leurs antirétroviraux aux plus offrants. Nous savons comment cela s’est terminé : nous avons vu nos patients mourir et des communautés entières être dévastées.»

Le lénacapavir est particulièrement important pour les populations les plus exposées au risque d’infection : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes transgenres, les travailleurs et travailleuses du sexe, les personnes qui consomment des drogues injectables, mais aussi celles vivant dans des zones isolées, les personnes déplacées, réfugiées, ou touchées par des crises humanitaires.

Un médicament qui pourrait coûter 40 dollars seulement 

« Gilead affirme vouloir mettre fin à l’épidémie de VIH “pour tous, partout”, mais sa stratégie soulève de sérieux doutes », explique Melissa Barber, conseillère en plaidoyer et politiques de santé mondiale chez MSF USA. « Gilead doit faire davantage pour garantir que les personnes aient accès aux deux injections nécessaires pour assurer une année complète de protection, à un coût ne dépassant pas 40 dollars, partout dans le monde. »

Le potentiel du lénacapavir est immense : son coût de production pourrait permettre de le rendre accessible pour environ 40 dollars par personne et par an si plusieurs fabricants étaient autorisés à le produire. Or, le monopole exercé par Gilead freine cette perspective. Bien que l’entreprise ait accordé des licences à certains fabricants de génériques, ces versions ne devraient pas être disponibles avant 2027 au plus tôt et de nombreux pays restent exclus de ces accords, notamment l’Argentine, le Brésil, le Mexique et le Pérou, qui ont pourtant accueilli les essais cliniques du médicament. Cette exclusion est d’autant plus préoccupante qu’environ un quart des nouvelles infections au VIH surviennent dans des pays non couverts par ces accords.

Face à cette situation, les gouvernements ne peuvent rester passifs. MSF les appelle à utiliser tous les outils juridiques à leur disposition pour contester le monopole de Gilead afin que d’autres fabricants puissent produire du lénacapavir, et ainsi accroître l’approvisionnement mondial et faire baisser durablement les prix.

Les gouvernements doivent intervenir si Gilead continue de faire passer les profits avant la santé des populations », déclare le Dr Ellman. 

« Des outils juridiques existent dans le cadre de l’accord sur les ADPIC pour contourner les brevets qui bloquent l’accès à des médicaments essentiels comme le lénacapavir. Il est temps que les gouvernements les utilisent afin que davantage de personnes puissent bénéficier de ce médicament crucial pour la prévention du VIH. »

L’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC/TRIPS) de l’OMC autorise notamment les États à délivrer des licences obligatoires sur des produits brevetés sans l’accord du titulaire du brevet. Ces mécanismes permettent de lever les obstacles liés à la propriété intellectuelle et faciliter la production de génériques à grande échelle.