LuxOR - La Recherche opérationnelle au Luxembourg

Recherche et santé climatique : l’exemple du noma

Février 2026

Dans sa stratégie 2026–2031, LuxOR adopte une approche Climat, Environnement et Santé (CES) pour guider l’ensemble de ses recherches. Cette évolution répond à une réalité concrète : le climat et les pressions environnementales façonnent de manière croissante le travail de MSF. La sécurité de l’eau, la propagation de maladies ou l’émergence de nouvelles menaces sanitaires sont autant de défis amplifiés par ces changements.

C’est dans ce contexte que LuxOR a lancé en 2023 un programme de formation en recherche CES.Parmi les participants, Michael Olaleye, qui s’intéresse à l’influence du climat sur l’incidence du noma.

 

Comprendre l’influence du climat sur le noma au Nigéria

La recherche de Michael Olaleye examine les facteurs qui contribuent à l’apparition de la maladie du noma au Nigéria.

La vidéo suivante n'est pas disponible en français.

Le noma est une maladie bactérienne fulgurante et mortelle, étroitement liée à l’extrême pauvreté. Ce qui débute par une simple inflammation des gencives peut, en quelques jours, ravager les tissus du visage. La maladie touche principalement les enfants malnutris de moins de sept ans et laisse les rares survivants avec des séquelles faciales sévères et une forte stigmatisation sociale. À peine 10 % des personnes atteintes survivent, et la plupart doivent ensuite subir de nombreuses chirurgies reconstructrices pour retrouver des fonctions vitales comme manger, parler ou respirer.

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enfants sont touchés chaque année

Amina - Noma Documentary

Le Noma Children’s Hospital (NCH) est le seul hôpital du Nigéria spécialisé dans le traitement du noma, et l’un des rares centres de ce type au monde. Depuis 2014, MSF y soutient une large gamme d’activités destinées aux personnes touchées par la maladie, y compris les survivants et leurs familles.

Après des années de plaidoyer mené par MSF aux côtés des autorités sanitaires nigérianes, le noma a officiellement été ajouté à la liste des maladies tropicales négligées de l’Organisation mondiale de la santé en décembre 2023.

 

Dans ce contexte unique, MSF a lancé des recherches pour comprendre la saisonnalité du noma, afin de renforcer la préparation proactive, d’améliorer l’allocation des ressources et de soutenir les prestataires de soins dans l’élaboration de stratégies de traitement.
L’objectif est également d’informer les décideurs sur l’importance de systèmes de santé résilients face au climat, capables d’anticiper les risques environnementaux saisonniers.

 

Nos résultats montrent que les cas de noma suivent une saisonnalité bien marquée, avec une hausse notable pendant la saison sèche de l’Harmattan, lorsque le froid, la poussière et des conditions de vie plus difficiles fragilisent davantage les enfants. Nous avons également observé que les précipitations et les températures des mois précédents influencent l’augmentation des cas, ce qui suggère un effet différé des conditions environnementales sur la santé des plus vulnérables.

Ces tendances renforcent l’idée qu’une détérioration saisonnière de l’état nutritionnel peut accroître la vulnérabilité face au noma. Les membres de la communauté eux‑mêmes reconnaissent la saison sèche comme une période où les enfants courent un risque plus élevé.

Un an plus tard : où en est la recherche ?

Dans l’entretien écrit ci‑dessous, Michael Olaleye partage ses analyses.

Michael Olaleye

Michael, comment as‑tu mené ta recherche ?

Nous avons utilisé une approche séquentielle combinant méthodes quantitatives et qualitatives. Concrètement, nous avons d’abord réalisé une analyse rétrospective de séries temporelles, à partir de données recueillies depuis 2019 sur le noma, la malnutrition et les conditions climatiques. Cela nous a permis d’examiner statistiquement comment ces différents facteurs influençaient l’incidence du noma.

Dans un second temps, et sur la base de ces premiers résultats, nous avons mené des entretiens et organisé des discussions de groupe avec des soignants, des leaders communautaires, des guérisseurs traditionnels, des agriculteurs et des membres de la communauté. L’objectif était d’explorer leurs perceptions de la saisonnalité et du noma, et de voir si ces perceptions convergeaient avec ce que suggéraient nos analyses de données.

 

Quels ont été les principaux défis pour mettre en place et mener ta recherche ?

L’un des défis majeurs a été le manque d’expérience préalable dans l’analyse de données climatiques, ce qui a nécessité un apprentissage supplémentaire et un soutien technique. L’obtention des données météorologiques auprès de l’Agence nigériane de météorologie a également été un long processus, et un travail important a été nécessaire pour nettoyer, harmoniser et organiser ces données avant de pouvoir les analyser.

 

De quelle manière tes questions de recherche et ton approche ont‑elles évolué, et qu’est‑ce qui a motivé ces changements ?

Le noma est une maladie rare et, par conséquent, nous n’avions accès qu’à un nombre limité de cas ; un peu plus de 350.Cela peut paraître important, mais ce n’est en fait pas suffisant pour analyser correctement des séries temporelles semaine par semaine... Nous avons donc dû regrouper les données par mois plutôt que par semaine afin d’améliorer la robustesse statistique.

Par ailleurs, les entretiens et les discussions de groupe ont été réalisés dans les cliniques soutenues par MSF, et non directement dans les communautés comme prévu initialement. Cela était dû à la dégradation de la situation sécuritaire. Le conflit armé persistant dans le nord du Nigéria entraîne des déplacements de population et perturbe les activités agricoles, aggravant une crise nutritionnelle déjà très sévère.
Ces conditions ont également limité les déplacements des équipes MSF : sortir des structures de santé comportait des risques majeurs pour la sécurité, notamment des risques d’enlèvement.

 

Comment les résultats peuvent-ils être utilisés pour renforcer ou orienter les activités opérationnelles de MSF ? 

Les résultats apportent des preuves plus solides sur les variations temporelles et saisonnières de l’incidence du noma. Ils peuvent ainsi aider à une détection plus précoce, à de meilleures stratégies de prévention et à une planification plus efficace des traitements. Ils soutiennent également la mise en place d’interventions adaptées aux saisons, ciblant les périodes et les populations les plus à risque.

Globalement, ces conclusions permettent une allocation plus stratégique des ressources et un renforcement des capacités du système de santé pour prévenir, détecter et traiter le noma au sein des programmes de MSF.
En résumé : de contribuer à sauver des vies.