
Résistance antimicrobienne à Kinshasa : Innovation et Plaidoyer
La résistance antimicrobienne (RAM) est une pandémie qui menace des vies dans le monde entier. À Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), Médecins sans Frontières (MSF) mène des initiatives pour affronter cette crise de front, en particulier à l’hôpital de Kabinda, où MSF prend en charge des personnes vivant avec le VIH. En novembre dernier, la Dre Pilar Garcia-Vello a effectué une visite de terrain afin de coordonner la recherche, renforcer les pratiques de laboratoire et plaider pour un meilleur soutien.
Comprendre, soigner, analyser
Kinshasa dispose de l’un des laboratoires de microbiologie et de biologie moléculaire les plus avancés de MSF, permettant une identification précise des pathogènes, des tests de sensibilité aux antimicrobiens et une surveillance de la RAM. Le laboratoire est intégré aux programmes de Prévention et Contrôle des Infections (PCI) et de Gestion Responsable des Antimicrobiens (GRA), et fonctionne en collaboration avec le Ministère de la Santé – formant ainsi une intervention transversale et complète contre la résistance antimicrobienne.
Dans ce contexte, plusieurs projets de recherche sont en cours :
- Évaluation du Carba5. Le Carba5 est un test rapide permettant de détecter les carbapénémases les plus fréquentes, des enzymes qui rendent les bactéries résistantes aux antibiotiques puissants (les carbapénèmes). Identifier les mécanismes de résistance est essentiel pour la surveillance et la conception de réponses contre la RAM. MSF évalue la faisabilité de l’utilisation de ce type de test en contexte humanitaire. Les résultats seront partagés prochainement !
- Le séquençage MinION permet d’explorer la génétique des bactéries. MSF l’utilise pour retracer d’anciennes flambées, analyser les dynamiques de transmission et orienter les stratégies futures. La mise en œuvre est prévue dans les prochaines semaines.
- Introduction de nouveaux antimicrobiens. Grâce à ces données épidémiologiques, de nouveaux antimicrobiens - actuellement indisponibles en RDC - seront introduits, et leur impact sur les résultats cliniques sera étudié. Nos patients auront accès aux traitements dont ils ont besoin, tout en générant des données solides pour plaider en faveur de l’accessibilité des antimicrobiens essentiels.

Analyse rétrospective et candidémie : leçons du terrain
La candidémie est une infection sanguine causée par des espèces de Candida et constitue un problème de santé majeur, souvent difficile à diagnostiquer et à traiter. Cette étude analyse des cas de patients afin d’identifier les populations touchées, les obstacles diagnostiques et les schémas thérapeutiques, fournissant ainsi des pistes pour améliorer la prise en charge clinique et renforcer le plaidoyer pour un meilleur accès au diagnostic.
Parallèlement, une analyse des enquêtes de prévalence ponctuelle (EPP) réalisées ces dernières années a été menée afin d’évaluer les pratiques de prescription des antimicrobiens. L’examen des PPS dans le temps permettra également d’évaluer l’impact de différents événements sur ces pratiques. L’optimisation des prescriptions est essentielle pour réduire le mésusage des antimicrobiens et améliorer les résultats cliniques pour les patients.
L'importance de la recherche
Bien qu’elle représente un danger critique pour la santé mondiale, la résistance antimicrobienne reste insuffisamment étudiée dans les contextes les plus vulnérables, où les ressources pour y faire face sont limitées. MSF place les patient·es les plus vulnérables au centre de ses travaux de recherche. C’est le cas des patient·es vivant avec le VIH à l’hôpital de Kabinda, grâce à une recherche contextualisée et guidée par l’équité. Faire progresser les priorités de MSF en matière de recherche sur la RAM est non seulement essentiel pour améliorer les résultats cliniques dans les contextes humanitaires, mais également indispensable pour préserver l’efficacité des antimicrobiens pour toutes et tous.
