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A l'intérieur de l'école de Haydan, bombardée en 2016 par la coalition internationale dirigée par l'Arabie Saoudite. Gouvernorat de Saada, Yémen, mars 2018. © Agnes Varraine-Leca/MSF

Rapport d'activité 2018 MSF Luxembourg

Zoom sur 4 urgences

À l'intérieur de l'école de Haydan, bombardée en 2016 par la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite. Gouvernorat de Saada. Yémen. M ars 2018. © Agnes Varraine-Leca/MSF

Zoom sur 4 urgences

    YÉMEN

    L’impact de quatre années de conflit

    La population civile est prise au piège par un conflit qui dure depuis fin mars 2015 ; il a eu un effet dévastateur sur elle. Les combats font toujours de nombreux morts et blessés. Plus de trois millions de personnes ont dû fuir leur domicile. En l’absence de camps officiels, elles vivent éparpillées dans le pays, dans des conditions très précaires. Certaines s’abritent sous de simples bâches en plastique qu’elles ont achetées ou reçues, tandis que d’autres trouvent refuge au sein des communautés locales.

    Une grande proportion des infrastructures publiques ont été détruites par la guerre, y compris de très nombreux établissements de soins. Selon le Yemen Data Project, un institut de recherche indépendant, pas moins d’un tiers des attaques aériennes viserait des cibles non militaires.

    Ce que nous avons vu tout au long de l’année, c’est une détérioration générale des conditions de vie de la population qui n’a pas accès aux soins, parce que trop peu de centres médicaux sont encore actifs ou parce qu’elle ne peut pas se payer le transport jusqu’à ceux-ci. La plupart des centres ne sont en outre ouverts que quelques heures par jour, ne peuvent compter que sur des effectifs limités et souffrent d’un manque chronique de matériel et de médicaments.

    C’est dans ce contexte d’effondrement du système de santé que les équipes de MSF dispensent des soins de santé à une population qui a du mal à se déplacer, paralysée par le danger, le coût de la vie, la pauvreté. Il n’est pas rare que nos équipes entendent des tirs de roquettes ou des bombardements, certains hôpitaux étant très proches des lignes de front.

    Les hôpitaux que nous gérons sont souvent les seules infrastructures médicales disponibles dans un rayon pouvant parfois aller jusqu’à une centaine de kilomètres.

    João Martins

    chef de mission de MSF au Yémen

    Des civils, y compris des enfants, ont été tués et mutilés parce qu'ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Personne ne devrait vivre au quotidien avec la peur d'être bombardé ; encore une fois, nous voyons des civils, victimes de frappes aériennes, se battre pour leur vie dans les hôpitaux.

     

    ACTIVITÉS DES ÉQUIPES MSF AU YÉMEN

    DE MARS 2015 À OCTOBRE 2018

     

    91 574

    personnes soignées avec des blessures liées à la violence

    973 095

    patients reçus aux urgences dans des infrastructures MSF et dans celles soutenues par MSF

    76 436

    interventions chirurgicales

    34 189

    enfants admis en service pédiatrique

    64 032

    accouchements

    14 130

    cas de paludisme guéris

    114 646

    cas suspects de choléra détectés

    4 760

    tonnes de matériel et équipement médical envoyées

    MSF travaille dans 13 hôpitaux et centres de santé au Yémen et apporte son soutien à plus de 20 hôpitaux ou centres de santé répartis dans 12 gouvernorats yéménites. Plus de 2 200 travailleurs MSF ont apporté leur aide sur place.

    BANGLADESH

    Une crise qui se prolonge dans le district de Cox’s Bazar

    MSF continue de répondre aux besoins médicaux et humanitaires des réfugiés rohingyas, dont environ un million ont cherché refuge au Bangladesh. Au cours du second semestre de l’année 2017, ainsi que durant les trois premiers mois de 2018, nous avons intensifié nos opérations à Cox's Bazar en réponse à l'afflux massif de Rohingyas, suite à une nouvelle vague de violence ciblée des militaires du Myanmar qui a commencé en août 2017.

    La plupart vivent dans des abris précaires dans des campements surpeuplés, soumis aux risques d’inondation et de coulée de boue, où la qualité des services d'hygiène et d'assainissement est médiocre et où l’eau potable manque. Les principales maladies que nous traitons, comme les infections des voies respiratoires et les maladies de la peau, sont directement liées aux mauvaises conditions de vie.

    En 2018, les équipes MSF ont dû faire face à des épidémies de diphtérie, de rougeole et de varicelle, épidémies qui reflètent le manque d'accès des Rohingyas aux vaccinations de routine et aux soins de santé de base au Myanmar. En collaboration avec le ministère de la Santé du Bangladesh, nous avons effectué des vaccinations massives contre le choléra, la diphtérie et la rougeole, ainsi que des vaccinations de routine dans la plupart des établissements de santé. À la fin de l'année, les foyers avaient été maîtrisés, bien qu'il y ait eu encore quelques cas de diphtérie. Nous avons également traité plusieurs centaines de cas de varicelle, une maladie qui peut entraîner des complications chez les femmes enceintes et les personnes dont le système immunitaire est affaibli.

    En outre, nous avons réalisé une intervention massive en matière d'approvisionnement en eau et d'assainissement dans les camps, grâce à la mise en place de deux systèmes de distribution d'eau au bénéfice de centaines de milliers de personnes. Nous avons effectué des forages et installé des puits tubulaires, construit des latrines et des douches, et distribué des filtres à eau domestiques.

    Entre les mois d’août 2017 et décembre 2018, les équipes de MSF ont réalisé un million de consultations médicales pour les réfugiés et la communauté locale.

    Près de 9 % (92 766) de nos 1,05 million de consultations concernaient des cas de diarrhée aiguë, dont la plupart touchait des enfants de moins de cinq ans, particulièrement vulnérables à cette maladie à laquelle ils peuvent succomber si elle n'est pas traitée.

    Tessy Fautsch

    coordinatrice médicale MSF dans le district de Cox’s Bazar

    Sur les 25 camps de réfugiés qui existent dans la région, la mission où je travaille couvre 3 camps de réfugiés, où vivent 100 000 personnes. Il faut s’imaginer qu’en tout, ces 25 camps de réfugiés représentent environ 1 million de personnes. C’est vraiment immense, la densité de population est extrême, les gens vivent littéralement les uns sur les autres.

     

    ACTIVITÉS DES ÉQUIPES MSF AU BANGLADESH

    de août 2017 à décembre 2018

     

    1,05 million

    de consultations

    6 547

    personnes soignées contre la diphtérie

    4 885

    personnes soignées contre la rougeole

    49 401

    consultations en santé mentale

    2 192

    naissances médicalement assistées

    35 392

    consultations prénatales

    RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

    Ebola continue de faire peur

    Le 1er août 2018, une épidémie d’Ebola est déclarée dans la région du nord Kivu, dans le nord-est de la RDC. C’est la dixième épidémie d’Ebola qui frappe le pays depuis ces 40 dernières années et la seconde en 2018, une épidémie ayant affecté la région de l’Equateur (la neuvième en RDC), dont la fin avait été déclarée en juillet.

    Cette dixième épidémie que subit la RDC est devenue la plus importante de son histoire depuis la découverte du virus en 1976 dans l’ex-Zaïre, tout proche de la rivière Ebola. Malgré une mobilisation massive et coordonnée entre plusieurs acteurs-clés tels que l’Organisation mondiale de la Santé, le ministère de la Santé congolais et des ONG dont MSF, l’épidémie n’est toujours pas sous contrôle, et impose notamment aux équipes de MSF de redoubler d’efforts et d'adapter ses activités pour pouvoir envisager de l'éradiquer.

    En date du 04 mai 2019, 1 554 personnes ont été contaminées, dont 1 029 n’ont pas survécu à cette dixième épidémie d’Ebola.

    Les piliers traditionnels de la réponse au virus Ebola :

    • prendre en charge les patients diagnostiqués et les isoler ;
    • conduire des activités de sensibilisation pour identifier de nouveaux patients ;
    • mettre en place un dépistage et un suivi des contacts des patients ;
    • mettre en oeuvre des activités de promotion de la santé pour informer la population des risques liés à la proximité avec les personnes infectées et la manière d’éviter ces risques ;
    • garantir le soutien aux soins de santé primaires réguliers ;
    • enfin, assurer des enterrements répondant aux normes de sécurité afin d’éviter les infections.

    restent essentiels pour tenter d’endiguer la propagation de l’épidémie et de couper les chaînes de transmission.

    Dans cette zone qui a été marquée par des décennies d’affrontements entre groupes armés et où l’insécurité perdure, implémenter les mesures pour endiguer l’épidémie est déjà un défi ; mais sans l’acceptation des communautés, cela devient encore beaucoup plus complexe.

    Les précédentes épidémies d'Ebola ont démontré l'importance d'obtenir l'acceptation des communautés. Sans la coopération des communautés, les malades et les morts restent cachés, les personnes ne se rendent pas dans les centres de traitement ou trop tardivement et les agents de santé risquent menaces ou agressions.

    Rafael Van den Bergh

    membre de LuxOR

    Depuis ma première expérience Ebola au Libéria en 2014, que de chemin parcouru, les centres de traitement ont beaucoup évolué : des soins plus avancés, de nouveaux traitements, des essais cliniques pour de possibles traitements contre Ebola, des salles d’isolement individuelles, etc. ; mais toutes ces nouveautés ne peuvent contribuer à rendre la riposte contre Ebola plus efficace sans la collaboration active des communautés.

     

    GAZA

    Des besoins chirurgicaux urgents pour les blessés de la « marche du retour »

    Durant les manifestations, organisées le long du grillage qui sépare Gaza d’Israël depuis le 30 mars 2018, 6 500 personnes ont été blessées par balles. De nombreux patients ont perdu d’importants morceaux d’os de leur jambe, parfois dix centimètres ou plus, pulvérisés par des balles réelles tirées par l’armée israélienne. Près de 90 % d’entre elles ont été blessées au niveau des membres inférieurs. Certaines souffrent d’infections au niveau des os (ostéomyélite) qu’il faut absolument traiter.

    Des milliers de Palestiniens risquent l’amputation, le handicap à vie ou l’impossibilité de revenir à une vie normale. Les effets économiques et sociaux de cette hécatombe se répercuteront sur une société déjà au bord du gouffre. MSF a fourni des soins à environ la moitié des blessés de la « marche du retour », à la suite de leur traitement initial dans les hôpitaux locaux, et les blessures que MSF rencontre sont particulièrement graves.

    MSF a ouvert des services d'hospitalisation, renforcé ses équipes chirurgicales et soigné des centaines de personnes quotidiennement dans ses cliniques. Cependant, il manque encore de lits pour traiter ces patients, ainsi que de médecins disposant de l'expertise nécessaire pour lutter contre les infections résistantes ou effectuer des chirurgies complexes.

    Les patients nécessitent une attention médicale continue ; avec le temps qui passe, le risque d’infection s’accroît, et avec lui, le risque de perdre un membre.

    Aujourd’hui, la capacité de prise en charge reste insuffisante dans la bande de Gaza pour le traitement des infections et pour la chirurgie reconstructive, une nécessité pour des milliers de patients.

    Par conséquent, MSF transfert des patients de Gaza vers son hôpital de chirurgie reconstructive à Amman, en Jordanie. Mais le nombre de transferts possibles par an reste en-deçà des besoins. Dans le meilleur des cas, MSF ne pourra prendre en charge qu'un quart de ces patients.

    Marie-Elisabeth Ingres

    chef de mission MSF en Palestine, lors d’une interview en mai 2018

    Ce nouveau bain de sang s’inscrit dans la continuité de la politique appliquée par l’armée israélienne ces sept dernières semaines : tirer à balles réelles sur des manifestants, considérant que toute personne s’approchant de la barrière de séparation est une cible légitime. Les blessures infligées à beaucoup des patients que nous voyons aujourd’hui à Gaza leur laisseront des séquelles à vie.