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Un jeune couple est tenu à l'écart et tous les jours, quand les gardes le permettent, ils se retrouvent au travers de la fenêtre. Libye, septembre 2018. © Sara Creta/MSF

Rapport d'activité 2018 MSF Luxembourg

Plaidoyer

Un jeune couple est tenu à l'écart et tous les jours, quand les gardes le permettent, ils se retrouvent, séparés par les barreaux d'une fenêtre. Libye, septembre 2018. © Sara Creta/MSF

Plaidoyer

    Condamnés à mourir en mer ou à être détenus arbitrairement en Libye dans des conditions inhumaines

    Les conséquences dévastatrices de la criminalisation des ONG effectuant des opérations de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée pour la vie et la santé de milliers de migrants

    2 297 personnes se sont noyées ou ont disparu en Méditerranée en 2018. La majorité de ces décès se sont produits dans les eaux internationales entre la Libye, l'Italie et Malte, le long de ce qui reste la route migratoire la plus meurtrière du monde. Des milliers de personnes qui ont réussi à survivre ont été interceptées en mer et, avec le soutien de l'UE, ont été renvoyées de force en Libye en violation du droit international. En Libye, les réfugiés et les migrants sont régulièrement victimes de mauvais traitements, de torture, d'exploitation et de conditions de détention inhumaines, avec de graves répercussions sur leur santé physique et mentale.

    En 2018, le navire de recherche et de sauvetage Aquarius, géré par SOS Méditerranée en partenariat avec MSF, a sauvé 3 184 personnes. Cependant, en juin, le gouvernement italien nouvellement élu a pris la décision de fermer ses ports à tous les réfugiés et migrants secourus, laissant l’Aquarius et les quelques 630 hommes, femmes et enfants se trouvant à bord errer inutilement en mer. Cette décision a provoqué une onde de choc à travers l'Europe et a créé un dangereux précédent qui a paralysé les activités de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée. Par la suite, les gouvernements n'ont pas réussi à trouver une solution pérenne afin de partager la responsabilité de l’accueil des survivants débarquant sur les côtes européennes. Les survivants et les navires qui les ont secourus sont donc souvent restés bloqués en mer pendant des jours, voire des semaines, jusqu'à ce que des accords ad hoc puissent être conclus au cas par cas.

    En août et septembre, l’Aquarius a subi de nouvelles pressions politiques. Bien que conforme à la réglementation maritime et aux spécifications techniques, le navire a été déchu de son pavillon et de son immatriculation, d'abord par Gibraltar, puis par le Panama, suite aux pressions du gouvernement italien. Privé de pavillon, l’Aquarius n'a pas pu quitter le port de Marseille pour venir en aide aux personnes se trouvant en détresse en mer Méditerranée.

    La campagne de longue date visant à criminaliser les ONG qui apportent de l’aide aux réfugiés et migrants s'est intensifiée en novembre lorsque le Bureau du Procureur général de Catane a demandé la mise sous séquestre de l’Aquarius pour de prétendues anomalies observées dans la gestion des déchets à bord. Nous avons immédiatement interjeté appel et réfuté les allégations selon lesquelles nous nous étions livrés à des activités criminelles ou que la nourriture et les vêtements jetés des survivants présentaient un quelconque risque de transmission de maladies comme le VIH, la tuberculose ou la gale, mais ces procédures judiciaires non dénuées de motivation politique ont encore réduit nos chances de continuer à sauver des vies en mer.

    À la fin de l'année, MSF et SOS Méditerranée n'ont eu d'autre choix que de mettre fin aux opérations de sauvetage de l’Aquarius.

    Alors que les gouvernements européens se dérobent à leurs responsabilités et réduisent la capacité des organisations à offrir leur aide aux migrants et réfugiés, la crise humanitaire en Méditerranée centrale continue de présenter des défis à long terme. Tant que des réfugiés, des migrants et des demandeurs d'asile se noient ou sont renvoyés de force en Libye en violation du droit international, MSF cherchera des moyens de les atteindre et de leur fournir des soins médicaux et humanitaires vitaux.

    Karline Kleijer

    responsable des urgences chez MSF

    Aujourd’hui, l’Europe soutient directement les retours forcés et revendique des « résultats » sur la question migratoire. Soyons clair sur ce que sous-entendent ces résultats : un manque d’assistance en mer qui permettrait de sauver des vies ; des enfants, des femmes et des hommes renvoyés à une détention arbitraire sans aucune chance d’en réchapper ; et la création d’un environnement qui décourage tous les bateaux de répondre à leur obligation de porter secours aux personnes en détresse.

     

    Quand des médicaments vitaux menacent la santé au Pakistan

    Lutter contre l'abus de médicaments qui accélèrent les accouchements

    Au Pakistan, le recours abusif aux médicaments pour déclencher le travail présente d’importants risques pour la santé des mères et des nouveau-nés. Afin d’accélérer l’accouchement ou d’éviter des consultations hospitalières coûteuses, des médicaments tels que l’oxytocine sont souvent administrés à tort, en dehors des établissements de santé. Face au constat alarmant dressé dans le cadre d’une étude en recherche opérationnelle menée au sein de son hôpital à Timergara, MSF a mis en place une formation destinée aux professionnels de santé pour mettre fin à cette pratique dangereuse.

    L’oxytocine est une hormone utilisée de manière sûre dans le monde entier pour la prévention des hémorragies du post-partum. Pour déclencher le travail, elle ne doit être administrée que par un gynécologue ou un autre médecin dans un établissement de santé permettant une surveillance étroite de la mère et de l’enfant à naître. Utilisé correctement, ce médicament peut sauver la vie d’innombrables mères et enfants.

    En 2015, l’unité de recherche opérationnelle LuxOR de MSF a mené, à Timergara, une étude sur le lien entre l’utilisation non réglementée d’oxytocine et certaines complications maternelles et néonatales. Cette étude a fourni des preuves solides sur les risques associés : la probabilité de rupture utérine était plus de trois fois plus élevée pour les femmes recevant de l’oxytocine dans le cadre d’un accouchement difficile ou d’un travail prolongé avant d’arriver à l’hôpital, et le risque d’asphyxie ou de mort à la naissance était significativement plus important pour leurs bébés.

    Or, l’oxytocine est disponible sans ordonnance, moyennant quelques centimes seulement, dans de nombreuses pharmacies au Pakistan, où elle est couramment employée pour accélérer le travail et soulager la douleur. Mères, beaux-parents, autres membres de la famille ou de la communauté... tous veulent accélérer l’accouchement au maximum pour éviter les longs trajets entre leurs villages reculés et l’hôpital ou économiser les frais de prise en charge.

    En collaboration avec le ministère de la Santé du Pakistan, MSF a mis en place une stratégie de lutte contre le recours abusif aux médicaments pour le déclenchement du travail. Cette stratégie s’adresse aussi bien aux professionnels de santé et au personnel hospitalier qu’aux patients, aux communautés et aux autorités.

    Samuel Sieber

    conseiller en politiques et pratiques au sein de l’unité opérationnelle LuxOR de MSF

    Nous avons traduit les résultats et les conclusions de notre étude en des messages clairs pour défendre la cause auprès des autorités. Nous avons également lancé une campagne de sensibilisation à la radio et sur les réseaux sociaux, mené des activités de promotion de la santé auprès des communautés, et proposé une formation au personnel sanitaire.