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Rapport d'activité 2017 MSF Luxembourg

Plaidoyer

Un mineur non accompagné pose pour une photo, le dos tourné à la caméra, à l'intérieur d'une usine désaffectée et décrépie que les réfugiés utilisent comme abri temporaire, à Sid, en Serbie, le 17 juillet 2017. © Marko Drobnjakovic

Plaidoyer

    Les conséquences dévastatrices des politiques migratoires européennes

    Externalisation des frontières : les mauvaises pistes de l’UE

    Depuis l’accord EU-Turquie de 2016, les politiques migratoires européennes visent à stopper le flux de migrants en externalisant les frontières de l’Europe, quelles que soient les conséquences dévastatrices sur les vies et la santé de milliers de personnes, exposées à des niveaux alarmants de violence et de non-respect des droits les plus élémentaires.

    Par exemple, l’Union européenne a débloqué 46 millions d’euros€ pour la formation des garde-côtes libyens qui ont reçu la mission d’intercepter les embarcations de migrants en mer Méditerranée. Des hommes, des femmes, des mineurs et de jeunes enfants sont renvoyés par la force vivre dans des conditions inhumaines dans les centres de détentions en Libye.

    Ils sont privés de toute dignité et subissent quotidiennement de mauvais traitements (travail forcé, enlèvement et torture, violences sexuelles, humiliations et privations, etc.).

    Des voies sûres et légales de migration comme seule alternative

    Parce que les demandeurs de protection internationale ont besoin d’une échappatoire et de protection, il faudrait créer des voies sûres et légales de migration vers l’Europe. Ils pourraient alors traverser les frontières en toute sécurité. C’est la seule façon de respecter les droits humains.

    Avec la fermeture des frontières, des milliers de migrants se retrouvent bloqués dans des camps en Europe ou coincés dans des no man's land. Ils sont contraints d'attendre, sans savoir combien de temps ils devront rester là où ils sont. L'incertitude quant à leur avenir est terrible. Ce qui affecte leur santé mentale. En Serbie par exemple, plus de la moitié des personnes enregistrées dans les camps sont des mineurs (2 500 sur 4 500) dont 700 enfants sont non accompagnés ou séparés de leurs parents. De janvier à juin 2017, 25 % (31) d’enfants vus dans un centre de soins par les psychologues de MSF présentaient des symptômes d'anxiété et 11 % (14) des symptômes de dépression.

    Pour qu’une politique humaine devienne la priorité des pays européens, il faudrait changer de stratégie : au lieu de tout miser sur le refoulement des « migrants », le respect des droits humains devrait être placé au centre des préoccupations des politiques migratoires. Mais lorsque les pays européens considèrent que la souffrance de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants est le prix à payer pour le contrôle de ses frontières, ce n’est pas simplement le droit à l’asile et à la protection qui n’est pas garanti, c’est l’Europe elle-même qui renonce à ses propres valeurs en investissant dans des solutions qui produisent de l’extrême violence à l’encontre d’êtres humains abandonnés sans aucune forme de protection.

    L’Union européenne et donc, le Luxembourg, complices d’un système de détention arbitraire en Libye

    En septembre, MSF dénonce la politique migratoire européenne de rétention des migrants en Libye qui sont exposés à des niveaux de violence et d’exploitations abjects.

    Dr Joanne Liu

    Présidente internationale de MSF, dans une tribune publiée en septembre

    J’étais dans quelques-uns de ces centres ; j’y ai rencontré des personnes traitées comme des marchandises. Les gens sont entassés dans des pièces sombres et sales, sans ventilation. Ils vivent les uns sur les autres et défèquent sur le ciment. Les hommes nous racontent comment, par petits groupes, ils sont forcés de courir nus dans la cour jusqu'à tomber d’épuisement. Les geôliers violent les femmes avant d’exiger qu’elles contactent leurs familles, implorant qu’on leur envoie de l'argent pour qu’elles puissent s’extraire de ce cauchemar. Toutes les personnes que j'ai rencontrées étaient en larmes, suppliant encore et encore de sortir de là.

     

    Hépatite C : MSF s’associe à l’opposition au brevet sur le sofosbuvir en Europe

    Médecins Sans Frontières a déposé le 27 mars un dossier d’opposition au brevet détenu par le laboratoire pharmaceutique Gilead sur le sofosbuvir, un médicament contre l’hépatite C, auprès de l’Office européen des brevets, afin d’améliorer l’accès à ce médicament-clé pour le traitement de millions de personnes affectées par la maladie.

     

    Le sofosbuvir est un médicament-clé de la plupart des combinaisons thérapeutiques pour le traitement de l’hépatite C. Il fait partie des antiviraux à action directe qui, depuis leur arrivée sur le marché il y a quatre ans, ont permis d’améliorer de manière significative les taux de guérison des patients. En Europe, les prix pratiqués par Gilead atteignent 55 000 euros pour le traitement qui dure douze semaines, tandis qu’aux États-Unis, le prix initialement fixé par Gilead était de 84 000 dollars par traitement, soit environ 1 000 dollars par comprimé. Au Luxembourg, le traitement de 3 mois coûte 52 000 euros. Or, des études ont montré que le coût de production d’un comprimé de sofosbuvir est inférieur à un euro.

    Les pays où Gilead est protégé par le brevet et dans lesquels il détient de facto le monopole du sofosbuvir ne peuvent importer ou produire des versions génériques du médicament. Attaquer le brevet ou s’y opposer, c’est espérer qu’il soit ainsi révoqué ou que sa durée de validité soit raccourcie, permettant l’arrivée de médicaments génériques et une réduction drastique des prix.

    Début novembre 2017, MSF a annoncé avoir conclu un accord pour l’achat de versions génériques du sofosbuvir, à 1,40 dollar par jour, soit 120 dollars pour un traitement de 12 semaines.

    Dr Vic Arendt

    Président de la Fondation MSF pour la Recherche Humanitaire

    On estime que 71 millions de personnes sont atteintes d’hépatite C dans le monde, et elles devraient toutes pouvoir recevoir ce traitement efficace, où qu’elles vivent, y compris en Europe. Le sofosbuvir est aujourd’hui hors d’atteinte pour des millions de patients car il est trop cher, et le traitement n’est pas disponible – ou il est rationné à cause de son prix – dans de nombreux pays d’intervention de MSF, comme la Russie, ou des pays dits ‘à revenus intermédiaires’ comme la Thaïlande et le Brésil. Un bon médicament ne sert à rien si les patients qui en ont besoin ne peuvent y accéder. En mettant tous les malades sous traitement, pourtant, on éliminerait le réservoir de la maladie. Plus de malade, plus de virus, plus de contamination. Le sofosbuvir, s’il était accessible à tous, permettrait d’envisager l’éradication de la maladie.