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[FOCUS ] Coronavirus : les systèmes de santé à l'épreuve de la pandémie

Une infirmière au travail à l'hôpital régional de Zugdidi pour la tuberculose, dans la région de Samegrelo en Géorgie, où MSF a commencé à travailler en 2006. © Daro Sulakauri/MSF
Focus 

    1. Contexte

    Le 11 mars 2020, l'OMS a qualifié l’épidémie de Covid-19 de « pandémie »

    Également appelé « coronavirus », il s'agit d'un nouveau virus contagieux dont beaucoup d’éléments restent encore à comprendre. Le niveau élevé de soins de soutien et de soins intensifs requis a imposé un lourd fardeau à certains des systèmes hospitaliers les plus avancés du monde. Contrairement à la grippe par exemple, il n'y a pas de pré-immunité connue, pas de vaccin, pas de traitement spécifique et tout le monde peut potentiellement être contaminé. Cette épidémie, par l'ampleur et la rapidité de sa propagation au niveau mondial a un impact énorme sur les systèmes de soins de santé dans les pays touchés.

    Dans l’état actuel des connaissances, on sait que le Covid-19 est une maladie respiratoire bénigne pour la grande majorité des patients qui le contractent (estimée à 80 % des cas confirmés), mais on note un taux plus élevé de complications assez graves pour les personnes vulnérables (personnes âgées et personnes avec des comorbidités) par rapport à d'autres virus comme la grippe. Selon les données actuelles, entre 15 et 20 % des patients atteints de Covid-19 doivent être hospitalisés afin d’assurer une surveillance continue et une prise en charge étroite. 6 % du total des cas confirmés nécessitent une prise en charge en soins intensifs (environ 30 % des personnes hospitalisées).

    2. Prévention

    Le lavage fréquent des mains et la distanciation sociale sont des mesures recommandées pour prévenir la propagation du virus

    3. Décryptage

    Quelles sont les priorités, les contraintes et les actions de MSF pour lutter contre le coronavirus ?

    Clair Mills, directrice du département médical de MSF à Paris, revient sur la réponse de nos équipes à la pandémie de Covid-19 en cours. En France, mais aussi en Italie et en Iran, pays violemment touchés par le virus, et également dans les pays où le système de santé est plus fragile.

    4. Évolution de la pandémie

    Suivre la propagation du virus

    Pour suivre la propagation du virus, les chercheurs du Center for Systems Science and Engineering de l'Université Johns Hopkins ont créé une carte interactive qui est mise à jour quotidiennement pour montrer le nombre et l'emplacement des cas de Covid-19 à travers le monde.

    5. Un virus méconnu

    La maladie est appelée Covid-19 : abréviation de Corona Virus Disease qui a émergé en 2019

    Elle est causée par un virus découvert début janvier 2020 en Chine et identifiée comme faisant partie de la famille des coronavirus. Le virus semble être transmis par des gouttelettes propagées par la toux, qui peut être respiré, ou infecter les surfaces que les gens touchent. Ce virus affecte le système respiratoire. Les principaux symptômes comprennent une faiblesse générale et de la fièvre ; de la toux, une pneumonie et des difficultés à respirer à un stade ultérieur. Le nez qui coule et les éternuements, qui sont souvent observés dans d'autres maladies respiratoires comme la grippe ou le rhume, sont largement absents chez les patients atteints par le Covid-19.

    Sur la base des données connues à ce jour, un pourcentage important de personnes qui développent une forme grave de la maladie ont besoin d'une hospitalisation à long terme avec des soins très spécialisés. Environ 20 % du nombre confirmé de personnes infectées ont besoin en moyenne de 3 à 4 semaines de surveillance étroite avec un niveau élevé de soins, y compris une thérapie de soutien à l'oxygène. Environ 6 % des cas confirmés deviendront critiques et nécessiteront des soins intensifs spécialisés pendant plusieurs semaines, avec notamment le recours à des ventilateurs mécaniques.

    Plusieurs facteurs rendent ce virus particulièrement inquiétant. S’agissant d’un nouveau virus, il n’y a pas d’immunité acquise ; pas moins de 35 candidats vaccins sont actuellement en phase d’étude, mais les avis des experts concordent : aucun vaccin utilisable à vaste échelle ne sera disponible avant au moins 12 à 18 mois. Le taux de létalité, qui n’est par définition calculé que sur la base des patients identifiés, et que l’on peine donc à estimer avec précision, semble se situer autour de 1 %.
    Clair Mills, directrice médicale chez Médecins Sans Frontières dans un entretien daté du 13 mars

    Hospitaliser autant de personnes pendant si longtemps à un niveau de soins aussi élevé représente un véritable défi, y compris pour les systèmes de santé les plus avancés. Médecins Sans Frontières est très préoccupée par les conséquences dans les pays où les systèmes de santé sont fragiles, et qui auront encore plus de difficultés s'ils doivent faire face à un grand nombre de patients atteints par le coronavirus. Et les connaissances sont limitées sur le virus : sa capacité de transmission dans les zones tropicales, la co-infection avec d'autres maladies comme le paludisme, la dengue, la tuberculose ou la rougeole… qui sont des maladies extrêmement répandues.

    6. Un risque majeur pour les systèmes de santé les plus fragiles

    Répondre à une épidémie potentielle de Covid-19 alors que les systèmes de santé sont déjà fragiles

    Les équipes MSF interviennent dans de nombreux pays du monde pour assurer l’accès aux soins aux populations vivant en situation précaire, et soutenir des systèmes de santé fragiles ou éprouvés par la guerre. Au risque que ces systèmes soient rapidement débordés par le coronavirus, s’ajoutent les restrictions en matière de voyages qui limitent la capacité de notre personnel international à se déplacer dans différents pays. Dans ce contexte néanmoins, la force de MSF est de pouvoir s’appuyer sur le personnel employé localement qui représente 90 % de son personnel dans les pays d’intervention. Une pression mondiale pèse également sur la production de certaines ressources médicales, en particulier les équipements de protection individuelle des professionnels de santé, dont les masques.

    Les activités médicales se poursuivent dans les projets MSF, mais il est difficile de prévoir les capacités futures en approvisionnement de certains matériels essentiels, tels que les masques chirurgicaux, les compresses, les gants et les produits chimiques nécessaires au diagnostic du coronavirus. Un risque de pénurie existe également en raison du manque de production de médicaments génériques et des difficultés d'importation de médicaments essentiels (par exemple les antibiotiques et les antirétroviraux) dues aux mesures de confinement, à la réduction de la production de produits de base, à l'arrêt des exportations, à la réaffectation ou au stockage de médicaments et de matériel pour le coronavirus.

    APPROVISIONNEMENT
    « Un des nerfs de la guerre contre le Covid-19 est la disponibilité des équipements de protection, et notamment les masques et les gants utilisés pour les examens médicaux, etc. L’anticipation de pénuries entraîne des réquisitions de la part de nombreux États, qui peuvent tourner en réflexes d’accaparement : dans le contexte actuel, ces équipements devraient au contraire être considérés comme des biens communs à utiliser de façon rationnelle et appropriée, et donc à allouer en priorité aux soignants exposés au virus, partout dans le monde. »
    Clair Mills, directrice médicale chez MSF

    Dans ce contexte, la protection des patients et du personnel de santé est essentielle, c'est pourquoi les équipes MSF se préparent à d'éventuels cas de coronavirus dans leurs projets. Dans les endroits où le risque de cas est le plus élevé, cela signifie qu'elles doivent s'assurer que des mesures de contrôle de l'infection sont en place, et mettre en place un système de dépistage au niveau du triage, des zones d'isolement et des actions de sensibilisation. Dans la plupart des pays où MSF intervient, les équipes travaillent en coordination avec l'OMS et les ministères de la Santé pour voir comment aider en cas de surcharge liée à des patients atteints du Covid-19 et dispensent des formations sur le contrôle des infections dans les établissements de santé.

    7. Déplacés, réfugiés et migrants particulièrement exposés

    Le sort des populations en situation précaire nous alarme

    MSF est extrêmement préoccupée par la manière dont le Covid-19 pourrait affecter les populations vivant dans des environnements précaires tels que les sans-abri, les personnes installées dans des camps, qu’elles soient réfugiées ou déplacées, en France, en Irak, au Liban, en Grèce ou au Bangladesh, les populations touchées par les conflits au Yémen ou encore en Syrie. Ces personnes vivent dans des conditions difficiles, propices aux épidémies, et leur accès aux soins est déjà réduit.

    Les systèmes de santé fragiles de certains pays où nous intervenons ne seront pas en mesure de prendre en charge un afflux important de patients.

    Les équipes de MSF  continuent de s'assurer que tous les patients sur ses projets actuels sont pris en charge, tout en ayant des équipes médicales préparées à gérer des cas potentiels de coronavirus.

    8. Le personnel de santé en première ligne

    La sécurité du personnel médical doit être une priorité absolue

    Dans ce contexte, il est primordial de préserver l'accès aux soins de santé, tant pour les patients atteints de Covid-19 que pour tout autre patient. Cela signifie qu'il faut veiller à ce que les hôpitaux ne soient pas débordés et que le personnel de santé puisse faire face au nombre de patients nécessitant des soins intensifs, tout en continuant à fournir des traitements à d'autres patients qui en ont également besoin.

    FREINER L'ÉPIDÉMIE
    « À défaut d’arrêter la propagation de l’épidémie, les mesures prises actuellement par de nombreux pays pourraient la freiner, en ralentissant l’augmentation des cas et en limitant le nombre de patients sévères que les systèmes de santé auraient à gérer en même temps. Il s’agit de réduire le nombre de cas mais aussi de les échelonner dans le temps, en évitant la congestion des services d’urgence et de soins intensifs. »
    Clair Mills, directrice médicale chez MSF

    La sécurité du personnel médical doit être une priorité absolue dans tous les établissements de soins. Le risque d'être infecté pour les travailleurs de santé, en première ligne face au virus, est important, d'autant plus dans des structures submergées et avec des équipements de protection individuelle en nombre limité.

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