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Une radiographie montre les dégâts causés par un tir sur la jambe de Yousri*, un patient pris en charge par MSF à l’hôpital Al-Awda de Gaza. Palestine. Janvier 2019. ©Jacob Burns/MSF

L'inexorable routine

Quelques mots du contexte

Une radiographie montre les dégâts causés par un tir sur la jambe d'un patient pris en charge par MSF à l’hôpital Al-Awda à Jabalia, au nord de Gaza. Palestine. Janvier 2019. © Jacob Burns/MSF

Quelques mots du contexte

    Des besoins chirurgicaux urgents pour les blessés de la «marche du retour»

    • Depuis mars 2018, des milliers de personnes sont blessées par balle lors de manifestations dans la bande de Gaza.
    • MSF prend en charge la majorité des patients ayant besoin de soins chirurgicaux complexes et ayant contracté une infection aux os.
    • Mais face à un tel afflux et à la gravité des blessures, les capacités médicales sur place restent insuffisantes ; avec pour conséquence une prise en charge médicale tardive et une dégradation de la condition des patients.
    • Afin de soulager le ministère de la Santé palestinien, l’une des solutions est de référer des patients vers des hôpitaux compétents.
    • Le Centre Hospitalier de Luxembourg (CHL) est le 1er hôpital européen à s’être engagé dans cette voie.

     

    D'après l'Organisation mondiale de la Santé, entre le 30 mars 2018 et le 31 août 2019, 7 545 personnes ont été blessées par des balles de l'armée israélienne pendant les manifestations le long de la clôture qui sépare Gaza et Israël. Près de 90% ont été touchées au niveau des membres inférieurs.

    Marie-Elisabeth Ingres

    chef de mission MSF en Palestine

    Nous n’imaginions pas qu’un tel nombre de personnes seraient blessées par balles pendant les manifestations de la «marche du retour». Ces rassemblements ont tourné au bain de sang, avec une régularité implacable, mois après mois, au point de presque nous y habituer.

     

    La moitié des blessures étaient des fractures ouvertes, souvent avec de graves lésions osseuses, beaucoup avec de sévères pertes de tissus et des dommages importants aux nerfs et au système vasculaire.

    Ces blessures complexes et sévères exigent un suivi long et minutieux.

    MSF et d'autres organisations médicales ont pratiqué de la chirurgie vitale initiale sur certains blessés, tandis que le ministère de la Santé a, dans la plupart des cas, dispensé les soins de première ligne, en stoppant les hémorrhagies et en plaçant des fixations externes chez les patients présentant des fractures plus sévères ou complexes.

    Lynn

    chirurgienne orthopédique

    La plupart des patients que nous opérons ont, soit les os brisés, soit des blessures très sévères aux tissus mous accompagnées de lésions nerveuses ou vasculaires. Ils ont parfois tout cela en même temps. Leur convalescence sera extrêmement longue, sans parler des nombreuses chirurgies qu’ils devront subir et de la période de rééducation nécessaire avant de pouvoir marcher de nouveau. Leur vie ne sera plus jamais la même.

     

    Beaucoup de ces patients ont ensuite été admis chez nous pour d'autres actes chirurgicaux destinés à nettoyer et refermer de grandes plaies béantes et pour le renouvellement régulier des pansements.

    Infographie qui montre les chiffres de l'année 2018

    Les fractures ouvertes présentent un risque d'infection osseuse. Ce risque est évalué à 25-40%, d'après l'expérience acquise par MSF dans d'autres zones de conflits au Moyen-Orient. Les capacités de laboratoire manquent à Gaza, il est donc impossible de faire les tests de détection des infections chez la plupart des patients. Or, le processus de reconstruction osseuse ne peut commencer qu'une fois la plaie stabilisée et exempte d'infection. Ensuite, ces patients auront encore besoin de longues périodes de soins et de physiothérapie pour retrouver le fonctionnement normal des membres gravement blessés.

    Depuis mars 2018, MSF n'a cessé d'augmenter sa capacité chirurgicale, notamment en ouvrant une unité d'hospitalisation à l'hôpital Al Awda à Jabalia, en pratiquant de la chirurgie orthopédique et plastique dans les hôpitaux d'Al Shifa et Dar Al Salam. Aujourd'hui, MSF gère cinq cliniques fournissant pansements, physiothérapie et gestion de la douleur.

    Entre le 30 mars et le 31 décembre 2018, nous avons admis plus de 8 000 patients dans nos unités postopératoires, dont 3 780 souffraient de traumatismes. Nous avons changé 107 140 pansements et assuré près de 66 000 séances de physiothérapie, opéré 1 500 patients atteints de traumatismes, et pratiqué 2 320 interventions chirurgicales.

    Malgré l’augmentation massive de nos activités, le système de santé de Gaza, déjà affaibli par plus de 10 ans de blocus, reste incapable de faire face aux grands nombres de patients avec des blessures complexes.

    Les ressources médicales disponibles à Gaza étant limitées, la possibilité de référer les patients qui le nécessitent vers des hôpitaux étrangers s'avère plus que nécessaire.

    Dr Joanne Liu

    ex-présidente internationale de Médecins Sans Frontières (MSF)

    Voilà un exemple de soutien possible. Je reviens de la bande de Gaza, où 26 000 personnes ont été blessées lors de la marche du retour depuis un an. Plusieurs milliers de jeunes ont subi des fractures compliquées et souffrent d’infections au niveau des os (ostéomyélite) qu’il faut absolument traiter. Pour cela, nous avons besoin de capacités médicales supplémentaires.

    Dans la bande de Gaza, nous disposons de cinq cliniques et de trois équipes chirurgicales, mais cela ne nous permet de traiter que 25% des blessés au maximum. Nous cherchons donc à la fois des personnes qui peuvent se déployer sur place et des pays qui peuvent prendre en charge les blessés sur leur territoire.*

     

    *Propos du Dr Joanne Liu, lorsqu'elle expliquait en mars 2019 quel soutien le Luxembourg pouvait apporter concrètement à certaines crises.