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L'inexorable routine

Histoires de patients

Mohammed, 28 ans, attend de savoir s'il peut se rendre en Jordanie pour bénéficier de l’intervention chirurgicale dont il a besoin pour retrouver l'usage de sa jambe. Gaza, septembre 2018. © Alva Simpson White/MSF

Histoires de patients

    Mohammed

    « J'ai été blessé pendant la manifestation de la 'Grande marche du retour' du vendredi 6 avril 2018. Je savais que c'était dangereux mais j'y suis quand même allé – comme tout le monde. J'étais juste là debout quand j'ai été touché. J'ai senti la balle briser l'os.

    J'ai déjà subi six interventions, dont des opérations de débridement [pour éliminer les tissus morts et les corps étrangers de la blessure] et une opération pour refermer la plaie. Puis, après la fermeture de la plaie, on m'a dit que je devrais peut-être subir une amputation.

    Au début, je venais tous les jours à la clinique de MSF pour recevoir des traitements. Maintenant, je viens trois fois par semaine pour de la physiothérapie et pour changer les pansements à la jambe. Après la physiothérapie, je me sens mieux. Les spasmes diminuent et mes muscles bougent mieux.

    Pourquoi suis-je allé manifester ? Je suis comme tout Palestinien : nous avons connu des tas de conflits avec Israël et ça ne finit jamais. Je suis allé manifester à la frontière parce que c'est notre droit et que c'est notre terre. J'étais là uniquement dans ce but.

    Je ne suis pas retourné là-bas. Je ne peux plus bouger. Je reste à la maison. Je dors quelques heures, puis la douleur me réveille. Si je pouvais retrouver l'usage de ma jambe, je pourrais peut-être retourner travailler et avoir un avenir. »

    Abu Hashim, physiothérapeute de MSF à Gaza

    « Des fractures telles que celle de Mohammed se produisent après un traumatisme causé par un impact d'une force considérable. Les tissus mous ont été détruits et l'os a été émietté. Mohammed a aussi subi une greffe de peau.

    Mais le problème le plus compliqué dans la blessure de Mohammed est la section totale du nerf péronier commun, ce qui l'empêche de relever le pied, et de marcher correctement. Il pourrait être handicapé à vie. La physiothérapie est très douloureuse pour lui, mais vitale pour éviter une raideur de la jambe et pour faire travailler les muscles. »

    Radio de la jambe droite de Mohammed, tenue par des fixations externes

    La perte osseuse est trop grande pour que la fracture se réduise d'elle-même. Il faudra de multiples interventions, y compris de la chirurgie reconstructive, un type de soins dont seules quelques rares personnes peuvent bénéficier à Gaza.
    © Alva Simpson White/MSF

    Eyad

    « Quand je dors, c’est comme si des poignards me transperçaient la jambe »

    Eyad, 22 ans, s’est fait tirer dans la jambe pendant les manifestations de la « Grande marche du retour » à Gaza, le 14 mai 2018, l’une des journées les plus meurtrières dont ont été témoins les équipes de MSF durant les cinq mois de manifestations. Il nécessite une greffe osseuse et une intervention de chirurgie reconstructive des membres, mais ces services ne sont actuellement pas disponibles dans la bande de Gaza. Le cas d’Eyad a été accepté par l’hôpital chirurgical spécialisé de MSF à Amman, en Jordanie, mais pour les habitants de Gaza, demander l’autorisation de quitter le territoire auprès des autorités israéliennes est un processus long et difficile, qui aboutit souvent à un refus.

    « Je me souviens encore très précisément du jour où je me suis fait tirer dessus : la balle est entrée dans ma jambe comme une piqûre, puis j’ai senti une sensation chaude sur mon autre jambe. Je me suis penché et j’ai vu beaucoup de sang. Je me suis rendu compte que j’avais été blessé. J’avais tellement mal. Après que la balle est entrée dans ma jambe, j’ai commencé à trembler, j’avais l’impression que de l’électricité me traversait le corps. Au début, j’ai été stupéfié par ce que j’ai vu. J’ai cru que j’allais perdre ma jambe et être amputé.

    J’ai été blessé le 14 mai 2018. Comme beaucoup de Palestiniens, j’ai été touché à la jambe. Ça montre bien à quel point l’armée israélienne a été barbare envers nous ce jour-là. Je suis allé aux manifestations parce que j’aime mon pays et que j’essaye de le défendre. Je voulais montrer à tout le monde que nous avons droit à nos terres et le droit de récupérer nos maisons. La manifestation était pacifique. Puis l’armée israélienne a commencé à tirer. Je savais que ça allait être dangereux donc j’y suis allé seul. Je ne voulais pas que mes amis soient blessés ou tués. Je voulais libérer notre terre, nos maisons, nos lieux sacrés. Les Israéliens peuvent prendre ce qu’ils veulent ; je veux juste qu’ils nous rendent notre terre. Ma mère a tenté de me convaincre de ne pas y aller et m’a supplié de rester à la maison. Elle a appelé mes grands-parents pour tenter de me persuader. Mais ils n’ont pas pu m’arrêter. J’étais décidé.

    Depuis que je me suis fait tirer dessus, j’ai du mal à dormir. Quand je dors, c’est comme si des poignards me transperçaient la jambe et de l’électricité me passait dans tout le corps. Je ne bouge pas beaucoup, je ne sors plus, sauf si je suis obligé. Je préfère ne pas trop bouger parce que ça fait trop mal. Mes parents et mes frères et sœurs s’occupent de moi: ils prennent bien soin de moi. Ils m’apportent tout ce dont j’ai besoin. Tout ce que j’espère, c’est que je puisse un jour marcher de nouveau normalement.»