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RD Congo

Le choléra fait rage au Sud Kivu

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    Une épidémie de choléra ravage le Sud Kivu. La ville de Minova en est le dernier épicentre avec plus de 1 200 cas rapportés depuis la fin juillet. Les centres de santé de la région sont sous la pression d’un afflux de patients et du risque que la situation empire encore.

    Au Centre de Traitement du Choléra (CTC) de l’Hôpital Général de Minova (CTC), Elisabeth Chihemba est assise silencieusement au côté de son fils de trois ans, Elis Kamo. Alité, l’enfant semble abattu, inerte ; il est relié à un mince tube qui compense l’eau que les vomissements et la diarrhée lui font perdre en quantité abondante. Elisabeth et Elis sont dans la salle C du CTC, réservée aux cas les plus sévères. Autour d’eux se trouve une rangée de lits, la plupart occupés par des enfants, assis ou couchés, tandis que leurs mères entrent et sortent de la pièce, aident à nettoyer leurs enfants, ou tentent de nourrir leurs bébés.

    Ce jour-là, la salle d’attente du CTC est pleine. Certains patients, parmi eux de nombreux enfants, se trouvent dans un état de déshydratation sévère et sont rapidement mis sous perfusion de fluides par intraveineuse. D´autres, après le triage, seront transférés, selon leur degré d’infection, dans l’une des trois salles de traitement. Des familles regroupées à l’extérieur du centre regardent la scène avec une anxiété visible. Il y avait seulement 19 lits pour 46 patients. Nombre de ces derniers étaient allongés sur le sol dans des conditions insalubres.

    Il y avait seulement 19 lits pour 46 patients. Nombre de ces derniers étaient allongés sur le sol dans des conditions insalubres.

    Lorsqu’une équipe de Médecins Sans Frontières est arrivée dans cette ville du Sud-Kivu, début août, pour évaluer la situation, elle a constaté que les centres de santé étaient très mal équipés pour gérer la situation. «Il y avait seulement 19 lits pour 46 patients. Nombre de ces derniers étaient allongés sur le sol dans des conditions insalubres», raconte Aude Thomet, coordinatrice d’urgence pour MSF au Sud Kivu. «De plus, il n’y avait qu’une infirmière pour leur prise en charge et le système de triage n’existait pas. Le Bureau Central de la Zone de Santé n’avait presque pas de fluides intraveineux, de sels de réhydratation orale ou de chlore, produits essentiels pour traiter les patients et contenir l’épidémie».

    Face à une situation qui s’aggrave de jour en jour, MSF a décidé d’intervenir rapidement : les équipes ont réorganisé le centre de traitement du choléra et le circuit des patients. Elles ont ajouté 100 lits pour l’hospitalisation. De plus, MSF a fourni des médicaments, du matériel médical et logistique pour assurer une prise en charge médicale de qualité et un bon fonctionnement du CTC. Enfin, l’organisation a détaché son personnel dans les structures appuyées pour gérer l’épidémie en collaboration avec le personnel du ministère de la Santé.

    Les relations commerciales entre Minova et la ville voisine de Goma, capitale du Nord Kivu, où une épidémie de choléra a sévi en juin de cette année, pourraient être à l’origine de la récente flambée de cas de choléra à Minova et de la propagation des cas dans toute la zone. La population se déplace fréquemment entre les deux villes, distantes d’une quarantaine de kilomètres, ce qui a pu favoriser la transmission de la maladie. C’est actuellement la saison sèche dans cette partie de la République démocratique du Congo et la pénurie d’eau a sans doute fourni l’étincelle ayant mené à l’explosion de l’épidémie.

    Dans la plupart des quartiers de Minova, le manque d’eau est frappant : les ruelles sont remplies d’enfants, d’adolescents et de femmes qui vont et viennent avec des bidons jaunes. Ils y transportent une eau souvent puisée directement dans le lac ou dans les quelques fontaines que ne sont pas encore taries.

    Matin et soir, je dois consacrer plus d’une heure pour aller chercher de l’eau potable à l’un des rares robinets qui fonctionne encore dans la ville.

    «Minova n’a pas d’eau», se lamente Elisabeth. «Matin et soir, je dois consacrer plus d’une heure pour aller chercher de l’eau potable à l’un des rares robinets qui fonctionne encore dans la ville. Pour le reste je puise l’eau du lac comme tant d’autres personnes». Le lac est probablement contaminé. Mais n’ayant pas le choix, les gens sont contraints d’y puiser l’eau, tout en sachant qu’elle peut être infectée. L’analyse faite par MSF de la provenance des patients arrivés au CTC montre que plus de 50 % d´entre eux viennent d’un quartier de la ville proche du lac, mais très loin de toute source d’eau potable.

    Une dizaine de points de chloration ont été mis en place par les autorités locales en collaboration avec la Croix Rouge locale pour que les gens puissent purifier l’eau puisée dans le lac. Mais pour une population de 200 000 personnes, ce n’est toujours pas suffisant.

    Il est urgent que les mesures préventives pour contenir cette épidémie et couper les chaines de transmission de la maladie soient renforcées.

    «Il est urgent que les mesures préventives pour contenir cette épidémie et couper les chaines de transmission de la maladie soient renforcées», déclare Francisco Otero y Villar, Chef de mission de MSF en RDC. «Il faut mettre en place davantage de points de chloration, effectuer la pulvérisation des domiciles des personnes infectées et mener une campagne de sensibilisation de la population. Augmenter l’approvisionnement en eau potable et équiper les centres de santé d’intrants essentiels pour traiter le cholera sont également essentiels pour freiner la propagation de l’épidémie».

    Dans une province, le Sud Kivu, où les acteurs humanitaires sont peu présents, mobiliser les acteurs et les ressources nécessaires s’avère difficile et retarde la mise en œuvre d’une réponse globale. Dans ce contexte, MSF a dû étendre son soutien à d’autres zones, comme dans la ville de Bukavu, où les cas de choléra continuent également à augmenter. Le jour suivant, lors d’une nouvelle visite au CTC, le fils d’Elisabeth a l’air de se porter un peu mieux. Il bouge, mais il est encore faible. «Il a vomi quatre fois la nuit dernière et deux fois déjà ce matin», explique Elisabeth.

    De nouveaux patients continuent à arriver. Le nombre de personnes hospitalisées est resté stable malgré les décharges quotidiennes. À l’heure actuelle, environ 70 personnes sont en traitement à Minova, 67 à Bukavu, 18 à Bulenga et 22 à Baraka. Depuis début août, MSF a pris en charge près de 1 200 patients.

    Le soir même, Elris a cessé de vomir. Ses yeux sont grand ouverts. Le fluide intraveineux a été stoppé. Elris restera en observation pour un jour encore avant d’être déplacé dans une autre salle du CTC, où il recevra moins de soins intensifs. «Je me sens mieux car il guérit lentement», dit Elisabeth. «Si cela continue, nous pourrons être à la maison dans deux jours.»

    Le choléra est endémique au Sud Kivu, où des cas sont rapportés chaque année. La dernière épidémie de cette envergure a éclaté en 2013, avec plusieurs centaines de cas à Bukavu et Minova. À l’époque, l’équipe d’urgence de MSF avait également appuyé le ministère de la Santé pour la prise en charge des patients et les mesures de prévention de l’épidémie.

    * Image principale : un groupe de femmes attendent dans la salle de triage du centre de traitement du choléra (CTC) à Minova. © Arjun Claire